Il y a quatre ans, la vie souriait à Tom van Aken. Le CEO d'Avantium venait de conclure un formidable accord avec le géant de la chimie BASF concernant la construction d'une grande usine dans le port d'Anvers, destinée à produire l'ingrédient le plus important du PEF, un plastique à base de fructose. Avantium a alors fait son entrée en bourse. Mais un an et demi plus tard, l'accord avec BASF a volé en éclats. Avantium a alors perdu plus de 68 millions d'euros et le cours de l'action s'est effondré. Tom Van Aken ne s'est pas laissé abattre, a racheté ses parts et a décidé de construire une usine beaucoup plus petite pour la production de FDCA à Delfzijl, aux Pays-Bas (voir l'encadré Qu'est-ce que le PEF ?).
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Il y a quatre ans, la vie souriait à Tom van Aken. Le CEO d'Avantium venait de conclure un formidable accord avec le géant de la chimie BASF concernant la construction d'une grande usine dans le port d'Anvers, destinée à produire l'ingrédient le plus important du PEF, un plastique à base de fructose. Avantium a alors fait son entrée en bourse. Mais un an et demi plus tard, l'accord avec BASF a volé en éclats. Avantium a alors perdu plus de 68 millions d'euros et le cours de l'action s'est effondré. Tom Van Aken ne s'est pas laissé abattre, a racheté ses parts et a décidé de construire une usine beaucoup plus petite pour la production de FDCA à Delfzijl, aux Pays-Bas (voir l'encadré Qu'est-ce que le PEF ?).Aujourd'hui, le financement touche presque à sa fin, notamment grâce à une récente levée de fonds de 28 millions d'euros et à un accord d'approvisionnement signé avec le spécialiste belge du PET, Resilux. Cet accord ouvre la voie à un accord de financement avec les banques, après quoi la construction de l'usine pourra commencer. Pour Tom Van Aken, cette usine, qui sera opérationnelle en 2023, ne constitue que la première phase de sa stratégie de conquête du monde avec le PEF. "On dit de cette alternative qu'elle pourrait renverser la situation et résoudre la problématique des plastiques polluants", explique le CEO d'Avantium. La semaine dernière, il a également annoncé qu'Avantium allait prendre en charge la production du second composant du PEF, les glycols végétaux. À cette fin, Avantium souhaite fonder une joint venture avec Cosun Beet Company, spécialisé dans la betterave sucrière. Ils ont pour projet de construire et exploiter une usine d'ici 2025.Vous avez traversé de nombreuses épreuves depuis 2017TOM VAN AKEN. "BASF n'était pas le partenaire idéal. Notre partenariat était fructueux en matière de technologie et de production, mais nous ne partagions pas la même vision des choses en ce qui concernait la mise sur le marché du produit. BASF voulait une production et des applications à grande échelle. Cette séparation était nécessaire. Nous avons obtenu tous les droits sur la technologie et racheté toutes les actions. Bien sûr, c'était très douloureux. Il suffit de voir comment le cours des actions s'est effondré. Mais nous avons pu prendre notre destin en main. Sur le plan personnel, c'est très apaisant. J'ai pu prendre le contrôle."Mais vous êtes presque revenu au point de départ. Vous avez dû trouver un autre endroit, et voir plus petit.TOM VAN AKEN. "Je serai le premier à admettre que nous avons perdu du temps à cause de la joint venture. Toutefois, notre programme n'a pas changé. L'usine sera opérationnelle en 2023, comme nous l'avions prévu avec BASF. La seule chose qui a changé, c'est que l'usine sera plus petite, et que le prix de notre produit sera donc plus élevé."Qui utilisera votre produit ?TOM VAN AKEN. "Nous avions déjà conclu des accords avec la société d'embouteillage néerlandaise Refresco, avec l'entreprise japonaise Toyobo, leader du marché des films en polyester, avec le brésilien-américain Terphane, qui produit des films destinés à l'emballage alimentaire, et avec le propriétaire d'une grande marque de produits alimentaires et de boissons. Nous avons récemment conclu un accord avec Resilux. Grâce à lui, nous sommes certains d'écouler au moins la moitié de notre production. C'était une exigence des banques. Nous sommes donc confiants, nous arriverons à clôturer le financement de l'usine afin de pouvoir nous lancer dans sa construction, qui coûtera 150 millions d'euros."Quelles matières premières utilisez-vous pour produire du PEF ?TOM VAN AKEN. "Du sirop de fructose, provenant principalement du blé et du maïs. Nous travaillons sur une deuxième génération de matières premières non comestibles, comme les copeaux de bois et les déchets agricoles dans une usine pilote. Mais pour l'instant, cette étude a lieu à très petite échelle.Quel est votre public cible ?TOM VAN AKEN. "Nous sommes une petite entreprise, ce qui implique que nous devons faire certains choix. Nous nous concentrons sur l'embouteillage et les films plastiques. Toutefois, nous avons d'autres applications en vue, comme les fibres pour les textiles, les tapis et les pneus de voiture. Nous nous intéressons également aux plastiques techniques pour le secteur automobile et à l'industrie de la peinture. Mais ce ne sont que des projets. Les bouteilles et les films ont la priorité. Dans les supermarchés, la viande, le poisson et le fromage sont emballés avec du film plastique. La plupart de ces films sont constitués de nombreuses couches de plastique, ce qui les rend non recyclables. La majorité des consommateurs font de leur mieux pour trier le plastique qu'ils achètent malgré eux. C'est donc assez frustrant que leurs efforts finissent quand même à l'incinérateur. Nous espérons pouvoir remplacer ces films par des films en PEF".De quoi avez-vous besoin pour percer ?TOM VAN AKEN. "Notre produit doit avoir des applications commerciales. Il doit pouvoir être utilisé dans des bouteilles et des emballages destinés à la vente dans des supermarchés. D'un point de vue technologique et commercial, nous sommes prêts. Nous avons effectué de nombreux essais avec des clients, et rien ne s'est produit que nous puissions qualifier de revers, ou qui mette à mal notre potentiel sur le marché. Mieux encore, nous avons maintenant une idée beaucoup plus précise de comment utiliser le PEF afin d'utiliser moins de plastique et comment réutiliser ce matériau. Et s'il se retrouve dans la nature -- ce qui n'est pas l'objectif -- il ne s'y accumulera pas, contrairement aux plastiques que nous utilisons actuellement. Le PEF est entièrement biodégradable. Les plastiques ordinaires prennent des centaines d'années pour disparaître. Cette perceptive a été un vrai déclencheur pour nos clients."Combien de temps faut-il pour que le PEF se décompose dans la nature ?TOM VAN AKEN. "Dans une usine de compostage, il avait complètement disparu en un an, alors que le PET ne se décompose pas du tout dans de telles conditions. Les bactéries et les micro-organismes peuvent digérer le PEF. Nous pensons que le PEF se décompose environ cent fois plus vite que le PET. Et il faut environ 500 ans pour que ce dernier disparaisse."Dirk De Cuyper, CEO de Resilux, ne semble pas encore convaincu. Pour lui, il s'agit d'un produit de niche, très cher.TOM VAN AKEN. "Les entreprises ne vont pas mettre de côté leurs produits pour quelque chose qui n'est pas encore sur le marché. Le PEF peut d'abord être utilisé en même temps que le PET. Aujourd'hui, le PET est associé à d'autres produits, comme le nylon, pour correspondre aux besoins du marché. Le nylon lui confère les propriétés nécessaires à la conservation des boissons gazeuses, par exemple. Très peu de gens réalisent que de nombreuses bouteilles en plastique contiennent une couche de nylon. Ce nylon pose d'énormes problèmes, car l'association PET - nylon ne peut pas être recyclée. Ces bouteilles finissent à l'incinérateur. Pour éviter cela, il suffit de remplacer le nylon par du PEF."D'autres acteurs restent dubitatifs. Assurer la moitié de la production de la future usine de Delfzilj est un combat.TOM VAN AKEN. "En tant que CEO, certains sujets me préoccupent, mais trouver des partenaires pour écouler notre production n'en fait pas partie. Nous avons une très longue liste de clients potentiels. Je suis certain d'une chose : cette usine ne sera pas en mesure de répondre à la demande. Notre stratégie consiste à vendre une licence à d'autres parties après le démarrage, afin qu'elles puissent construire une usine plus grande pour répondre à la demande."Avez-vous déjà contacté des personnes intéressées ?TOM VAN AKEN. "Plusieurs acteurs nous ont approchés pour parler de plus grandes usines. Mais cette industrie reste très conservatrice. Ils attendent de voir si l'usine fonctionne comme prévu et si le matériau est effectivement aussi bon qu'Avantium le prétend."Coca-Cola et Danone ont déjà investi dans Avantium. Nous n'en entendons plus vraiment parler.TOM VAN AKEN. "Nous avons un contrat d'approvisionnement avec un acteur majeur des fast moving consumer goods. Les grandes marques nous soutiennent. Mais notre stratégie consistant à construire d'abord une petite usine d'une capacité de 5 000 tonnes signifie que le prix du PEF est de 8 à 10 euros par kg. Un montant trop élevé pour ces grands acteurs. Ils seront intéressés quand le prix sera de 4 à 5 euros. Ce n'est possible qu'en construisant de plus grandes usines. C'est également le prix que nous avions établi avec BASF, et dont vous avez besoin pour fabriquer des emballages capables de concurrencer le verre, les canettes et la plupart des emballages multicouches.La phase suivante pourrait comprendre des usines produisant 200 000 à 300 000 tonnes. Le prix pourrait alors atteindre 2 euros par kilo. Nous pourrions alors devenir de véritables concurrents sur le marché des plastiques. Les entreprises attendent désormais que les prix baissent. Je suis sûr qu'elles nous suivent de près, car il s'agit de l'un des rares produits qui peuvent réellement s'attaquer au problème du plastique. Je considère leur discrétion actuelle comme le calme avant la tempête."Envisagez-vous une collaboration plus rapprochée avec Resilux ?TOM VAN AKEN. "Notre accord porte sur un contrat d'approvisionnement, mais aussi sur la manière dont nous pouvons nous rapprocher dans les années à venir. C'est très prometteur. Travailler avec une entreprise comme Resilux, pilier de l'industrie de l'emballage, est une énorme validation de notre activité. Cela nous permet de développer davantage notre activité."Quel est votre business model ?TOM VAN AKEN. "Il est comparable à celui d'une entreprise de biotechnologie qui développe un médicament. Dans une phase initiale, il n'est pas souhaitable de travailler avec une grande entreprise pharmaceutique, car il faut être innovant, rapide et flexible. Mais si le médicament doit être vendu dans le monde entier, un accord avec une entreprise disposant de la taille et des machines nécessaires est souvent idéal. C'est également le cas pour Avantium. Cela peut se faire par le biais d'un partenariat ou par une licence."Une reprise serait-elle possible ?TOM VAN AKEN. "Oui, bien sûr. Si quelqu'un veut faire de ce produit un produit de grande envergure et est mieux à même de le faire qu'Avantium, je serais certainement ouvert à une reprise La question est de savoir quel est le bon moment. Notre président est Edwin Moses, l'ancien CEO d'Ablynx. Nous travaillons donc avec un spécialiste de cette dynamique. C'est très utile. La richesse de l'expérience qu'il apporte est également très pertinente pour la phase dans laquelle Avantium se trouve actuellement."Le Green Deal a-t-il une influence pour vous ?TOM VAN AKEN. "Oui. On remarque très clairement une évolution sur le marché des plastiques. Le développement durable s'impose. Les premières avancées ont eu lieu : L'Europe a interdit toutes sortes de produits en plastique à usage unique. La nécessité d'un changement se fait de plus en plus forte. Tout le monde s'attend à ce que cette dynamique se poursuive et ait une influence considérable sur le monde des fast moving consumer goods, et principalement sur l'industrie de l'emballage. L'Europe est en avance sur les États-Unis et l'Asie, mais à terme, les réglementations concernant la production circulaire et les matériaux durables s'imposeront partout. Toutes ces évolutions sont positives pour notre activité."Avez-vous de la concurrence ?TOM VAN AKEN. "D'autres acteurs s'intéressent au PEF, mais nous sommes bien plus avancés. Ils construisent une usine pilote, alors que la nôtre fonctionne depuis déjà dix ans."Quand Avantium atteindra-t-il son seuil de rentabilité ?TOM VAN AKEN. "À partir de 2024, notre usine de Delfzijl devrait générer un chiffre d'affaires annuel de 40 à 50 millions d'euros. Nous pouvons donc considérer 2024 comme notre année charnière, ou presque. Mais nous voulons aussi investir dans notre prochaine technologie, qui nous permettra de produire du glycol végétal à partir de sucre. Cela influence le seuil de rentabilité.Vous êtes PDG depuis un peu plus de quinze ans. La situation évolue-t-elle plus lentement que prévu ?TOM VAN AKEN. "Je me suis rendu compte il y a déjà bien longtemps que c'est un travail de longue haleine, qui demande beaucoup de persévérance. C'est un marathon, je peux le confirmer. Mais combien de fois dans une vie avez-vous l'occasion de développer une solution qui aura un impact international sur quelque chose d'aussi fondamental que les emballages et les plastiques ? Regardez les livres d'histoire : peu d'entreprises ont lancé un nouveau polymère sur le marché. C'est un privilège de faire partie d'un tel projet. 2023 approche à grands pas. Mon rêve se réalisera alors : voir ce produit dans les rayons du supermarché."