Disneyland pour instagrameurs

Les décors sont graphiques, colorés, décalés, humoristiques. L'éclairage est travaillé. Les conditions sont réunies pour obtenir des clichés parfaits à partager sur les réseaux sociaux. Dans les caves de Tour et Taxis, ce " musée pop-up ", ouvert depuis le 2 octobre, s'adresse aux jeunes de 15 à 30 ans. Même si certaines installations s'apparentent à des oeuvres pop et contemporaines, ceci n'est pas une expo. Ni une ode au selfie. L'objectif ? Passer un bon moment entre amis ou en famille. Et, pourquoi pas, connecter les générations, notamment celles qui méconnaissent l'influence de l'image et des réseaux sociaux.
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Les décors sont graphiques, colorés, décalés, humoristiques. L'éclairage est travaillé. Les conditions sont réunies pour obtenir des clichés parfaits à partager sur les réseaux sociaux. Dans les caves de Tour et Taxis, ce " musée pop-up ", ouvert depuis le 2 octobre, s'adresse aux jeunes de 15 à 30 ans. Même si certaines installations s'apparentent à des oeuvres pop et contemporaines, ceci n'est pas une expo. Ni une ode au selfie. L'objectif ? Passer un bon moment entre amis ou en famille. Et, pourquoi pas, connecter les générations, notamment celles qui méconnaissent l'influence de l'image et des réseaux sociaux. Le parcours s'inspire de concepts apparus aux Etats-Unis, notamment le Museum of Ice Cream, né en 2016, qui s'est décliné à New York, Los Angeles, San Francisco et Miami. Ludique et interactif. Ces espaces sont conçus pour leur photogénie et pour pouvoir être touchés. Tout le contraire des " vrais " musées, qui s'intéressent pourtant au concept : " Ils sont curieux et viennent vers nous pour comprendre comment adapter leurs propres parcours d'exposition et les rendre plus attractifs auprès des jeunes. ", constate Hannes Coudenys, un des organisateurs du Smile Safari. Certains annonceurs ont perçu l'opportunité d'imprimer leur marque dans les décors du Smile Safari. Loin des polémiques sur la malbouffe, les visiteurs prennent naïvement la pause sous l'arche de McDonald's, partageant ensuite les clichés à grand renfort de hashtags. Pas étonnant, puisque le commissaire de l'exposition, si l'on peut dire, est avant tout publicitaire : patron de l'agence Hurae, Hannes Coudenys est ravi d'explorer ces nouvelles voies du marketing, en association avec l'agence City Cubes. Smile Safari joue avec les codes des réseaux sociaux. Les organisateurs ont d'ailleurs voulu tester les limites de la censure de Facebook et d'Instagram avec un décor de seins nus. " Aussitôt postée, la photo est censurée ", s'amuse Hannes Coudenys. Mais le culte du statut sur les réseaux sociaux connaît aussi des dérives. Hallstatt, village typique suisse de 800 âmes, a vu débarquer 1 million de visiteurs l'année passée, pressés de se prendre en selfie. Certains musées et certaines villes, comme Milan ou Pampelune, interdisent les perches à selfie, par sécurité pour les oeuvres ou les passants. Le célèbre canyon Antelope, en Arizona, attire environ 600 touristes de l'heure, provoquant une pollution de l'environnement. Faut-il donc absolument se rendre sur place pour se prendre en photo ? Smile Safari, avec sa mini réplique du canyon, pose la question. Aujourd'hui, un selfie dans un endroit spécifique est un trophée. Il est un nouveau symbole de statut qui motive les touristes et followers du monde entier à se déplacer et à se photographier. A Paris, par exemple, l'hôtel Metropolitan mise sur Instagram (24.000 abonnés) pour faire sa pub. Son atout ? La superbe vue qu'offre une fenêtre de sa suite Eiffel, louée à 730 euros. Elle est probablement la plus instagramée au monde. Les photos de l'influenceuse katie.one (434.000 abonnés) devant la célèbre fenêtre dépassent largement les 30.000 likes. Smile Safari, qui ne bénéficie d'aucun subside, mise, lui, sur ses entrées (21 euros, soit bien plus que pour un musée) pour rentrer dans ses frais. Mais aussi sur les sponsors et les partenariats. L'espace peut être loué pour des événements. Il est déjà réservé pour le tournage d'un clip, l'enregistrement d'une émission de télé et l'organisation d'un shooting photo. Après Bruxelles, le safari pourrait aussi voyager vers la France, les Pays-Bas ou le Luxembourg. En attendant, les compteurs à likes tournent. Le nombre de publications sur Instagram affichant le hashtag #smilesafari était déjà supérieur à 500, trois jours à peine après l'ouverture.