Cette semaine, la firme de consultance McKinsey a publié une étude qui passe au crible les résultats d'un millier de banques dans le monde. Et sa conclusion est étonnante. D'un côté du classement, les 210 banques les plus profitables réussissent à offrir un rendement sur fonds propres de plus de 15%. Elles sont localisées à plus de 70% en Amérique du Nord et dans les pays asiatiques émergents. A l'autre bout du classement : un tiers du groupe (354 institutions pour être précis) ne résisterait pas à un retournement de la conjoncture et à une entrée en récession. Ces 354 banques, situées pour 80% d'entre elles en Europe et dans les pays développés d'Asie, ne réussissent à dégager qu'une rentabilité sur fonds propres de 1,6%, bien moi...

Cette semaine, la firme de consultance McKinsey a publié une étude qui passe au crible les résultats d'un millier de banques dans le monde. Et sa conclusion est étonnante. D'un côté du classement, les 210 banques les plus profitables réussissent à offrir un rendement sur fonds propres de plus de 15%. Elles sont localisées à plus de 70% en Amérique du Nord et dans les pays asiatiques émergents. A l'autre bout du classement : un tiers du groupe (354 institutions pour être précis) ne résisterait pas à un retournement de la conjoncture et à une entrée en récession. Ces 354 banques, situées pour 80% d'entre elles en Europe et dans les pays développés d'Asie, ne réussissent à dégager qu'une rentabilité sur fonds propres de 1,6%, bien moins donc que les coûts de financement de ces fonds propres. Ce sont des banques zombies. Le plus étonnant n'est pas que certaines banques européennes ou asiatiques ne soient pas rentables. Le plus étonnant est qu'elles puissent survivre. Alors bien sûr, le monde financier vit aujourd'hui dans un environnement qui, sans être parfait, n'est pas catastrophique non plus : certes les taux sont très bas, surtout en Europe, et cela mine les marges d'intérêt des banquiers. Mais la demande de crédits hypothécaires reste tonique et la croissance économique, tout en étant relativement faible, parvient encore à créer de nombreux emplois et la Banque centrale européenne procure du financement très, très bon marché. Mais que se passera-t-il quand la conjoncture ralentira, quand les volumes de crédits diminueront, quand les licenciements se multiplieront, quand le nombre des faillites augmentera et quand, donc, le nombre des accidents de crédits des ménages et des entreprises progressera ? Bref, que se passera- t-il lorsqu'un retournement de cycle, comme il y en a toujours à un moment donné, surgira ? Ces banques ne survivront pas. La notion d'entreprises zombies est d'abord apparue dans le monde non financier. On voulait désigner par là les entreprises qui se trouvent en concurrence avec des sociétés qui ont su capter les gains de productivité substantiels offerts par la technologie et le digital. Les entreprises zombies n'ont pas réussi cette mutation et se sont petit à petit " vidées de leur sang ", leur modèle suranné créant des hémorragies de rentabilité. Dans un monde économique normal, les zombies n'existent pas. Les entreprises meurent et laissent la place aux nouvelles. Mais ce n'est pas ce qui se passe aujourd'hui. La raison, ce sont les taux d'intérêt très bas, qui leur ont permis de tenir en se finançant bon marché et en masquant la faiblesse de leur profit. La baisse des taux a agi comme un fard qui a caché la pâleur mortelle de ces vieilles structures, dont la présence empêche l'arrivée de nouvelles entreprises, plus dynamiques. Ce que l'étude de McKinsey démontre, et que l'on n'avait pas vu sans doute aussi clairement, c'est que l'époque des taux négatifs dans laquelle nous sommes entrés depuis 2015 a zombifié la totalité de l'économie, jusqu'au domaine financier. Selon le consultant, seules 20% des banques créent la totalité de la valeur ajoutée du secteur bancaire. Le reste végète, survit ou est déjà mort sans le savoir. Les banques qui veulent avoir un avenir ne doivent pas seulement rationaliser les coûts, mais repenser leur modèle. La bonne nouvelle c'est que l'on voit que cela bouge très fort, dans notre pays, où beaucoup d'acteurs embrassent les défis de la révolution digitale avec un bel entrain et redéfinissent leur modèle. La mauvaise, c'est qu'il n'y aura pas, dans le monde bancaire, de place pour tout le monde. Et que les zombies, un jour où l'autre, rejoindront les cimetières pour ne plus en sortir.