"Amazon est en train de devenir un empire international, fondé par Jeff Bezos, personne la plus riche au monde, qui dispose d'une influence très importante sur l'économie. Cela invite à un examen approfondi de leur activité", note Jane McAlevey, chercheuse au Labor Center de l'université de Berkeley, très critique de l'entreprise.

Avec la pandémie de coronavirus, Amazon est devenu incontournable dans de nombreux foyers, des livraisons de produits à l'hébergement de plateformes comme Netflix. Mais en France, où le gouvernement exige une meilleure évaluation des risques liés à la crise sanitaire, les centres de distribution sont fermés depuis un mois.

Le climat n'est pas beaucoup plus serein outre-Atlantique. Plusieurs arrêts du travail ont été organisés, un phénomène rare aux Etats-Unis. "Ils sont une minorité à faire grève, mais ils représentent des milliers, voire des centaines de milliers d'autres travailleurs qui réclament de meilleures protections, des meilleurs salaires et couvertures sociales", assure Steve Smith, directeur de la communication pour une fédération de syndicats californiens.

Les responsables d'Amazon ont le sentiment d'attaques disproportionnées, même s'ils s'attendent à être tenus à des standards plus élevés que le reste de l'industrie, étant donnée la dimension hors-norme acquise par la société. Mais les décès d'employés d'entrepôts (sept personnes, à ce stade, d'après la presse américaine) et les licenciements de salariés qui ont critiqué le groupe ont ravivé les tensions.

- Profits -

La direction a fait savoir que ces personnes ont été remerciées à cause de violations répétées du règlement - pour avoir continué à travailler après avoir été testé positif au Covid-19, notamment.

En termes de gestion de crise, Amazon a recruté 175.000 employés supplémentaires aux Etats-Unis pour faire face à l'explosion de la demande, augmenté les salariés payés à l'heure et créé un fonds de secours pour les contractuels. Elle a aussi rendu obligatoire le port des masques distribués et instauré des contrôles de température à l'entrée des entrepôts, entre autres mesures.

Fin avril, Jeff Bezos a annoncé que les 4 milliards de dollars de bénéfice opérationnel prévus pour le deuxième trimestre seraient entièrement réinvestis, notamment pour créer une infrastructure de tests du virus à grande échelle. "Amazon dépense tous ses profits sur l'atténuation des risques liés au coronavirus, tandis qu'Apple a tellement d'argent qu'il rachète des actions et augmente les dividendes", a salué Avi Greengart, spécialiste des technologies chez Techsponential.

Mais le groupe écope d'un zéro pointé auprès des militants.

"Deux dollars de plus par heure, ça ne change pas grand-chose", s'indigne Steve Smith, "alors qu'ils ont les moyens de faire de ces boulots des emplois décents, de la classe moyenne". "Amazon offre déjà ce que les syndicats demandent: 15 dollars de l'heure minimum, des couvertures sociales complètes, des opportunités de carrière, dans un cadre de travail moderne et sûr", remarque Lisa Levandowski, porte-parole du groupe.

Elle encourage les détracteurs à la comparaison avec d'autres grands employeurs.

- Démocratie -

"Il y a dix ans, les supermarchés Walmart fixaient les standards de l'industrie. Aujourd'hui, c'est la responsabilité d'Amazon, qui emploie directement ou indirectement un employé d'entrepôt sur quatre", constate Dania Rajendra, directrice d'Athena.

Cette organisation rassemble des associations qui travaillent sur les coûts sociaux et environnementaux liés aux activités du titan, de la pollution aux pratiques anti-concurrentielles, en passant par la surveillance des employés et les conditions de travail. "Nous posons la question: est-ce que Amazon brutalise les communautés de personnes concernées par son activité ?", précise Mme Rajendra.

Selon Patrick Moorhead, expert des groupes technologiques, Amazon agit plus qu'il n'y paraît, notamment pour minimiser son impact sur l'environnement. "Ils ont fait beaucoup de progrès. Le souci d'Amazon c'est surtout qu'ils ne communiquent pas assez sur leurs efforts", argumente-t-il. Mais pour Jane McAlevey, l'entreprise "mérite largement les coups qu'elle reçoit".

D'après Forbes, Jeff Bezos s'est enrichi de 25 milliards de dollars supplémentaires pendant la pandémie. La chercheuse lui reproche, comme à d'autres milliardaires américains, de ne pas payer suffisamment d'impôts tout en se donnant bonne conscience avec des dons, proportionnellement dérisoires, à des fondations caritatives.

"Le minimum requis pour assurer le fonctionnement de la démocratie, c'est la régulation des entreprises et le paiement des impôts", assène-t-elle. Elle déplore aussi l'absence de syndicats, "la seule façon d'obtenir des conditions de travail décentes". "Ils ont amassé des richesses incroyables aux dépens de la planète et de la santé de certaines communautés. Amazon devrait être nationalisée", résume-t-elle.

"Amazon est en train de devenir un empire international, fondé par Jeff Bezos, personne la plus riche au monde, qui dispose d'une influence très importante sur l'économie. Cela invite à un examen approfondi de leur activité", note Jane McAlevey, chercheuse au Labor Center de l'université de Berkeley, très critique de l'entreprise. Avec la pandémie de coronavirus, Amazon est devenu incontournable dans de nombreux foyers, des livraisons de produits à l'hébergement de plateformes comme Netflix. Mais en France, où le gouvernement exige une meilleure évaluation des risques liés à la crise sanitaire, les centres de distribution sont fermés depuis un mois. Le climat n'est pas beaucoup plus serein outre-Atlantique. Plusieurs arrêts du travail ont été organisés, un phénomène rare aux Etats-Unis. "Ils sont une minorité à faire grève, mais ils représentent des milliers, voire des centaines de milliers d'autres travailleurs qui réclament de meilleures protections, des meilleurs salaires et couvertures sociales", assure Steve Smith, directeur de la communication pour une fédération de syndicats californiens. Les responsables d'Amazon ont le sentiment d'attaques disproportionnées, même s'ils s'attendent à être tenus à des standards plus élevés que le reste de l'industrie, étant donnée la dimension hors-norme acquise par la société. Mais les décès d'employés d'entrepôts (sept personnes, à ce stade, d'après la presse américaine) et les licenciements de salariés qui ont critiqué le groupe ont ravivé les tensions.- Profits - La direction a fait savoir que ces personnes ont été remerciées à cause de violations répétées du règlement - pour avoir continué à travailler après avoir été testé positif au Covid-19, notamment. En termes de gestion de crise, Amazon a recruté 175.000 employés supplémentaires aux Etats-Unis pour faire face à l'explosion de la demande, augmenté les salariés payés à l'heure et créé un fonds de secours pour les contractuels. Elle a aussi rendu obligatoire le port des masques distribués et instauré des contrôles de température à l'entrée des entrepôts, entre autres mesures. Fin avril, Jeff Bezos a annoncé que les 4 milliards de dollars de bénéfice opérationnel prévus pour le deuxième trimestre seraient entièrement réinvestis, notamment pour créer une infrastructure de tests du virus à grande échelle. "Amazon dépense tous ses profits sur l'atténuation des risques liés au coronavirus, tandis qu'Apple a tellement d'argent qu'il rachète des actions et augmente les dividendes", a salué Avi Greengart, spécialiste des technologies chez Techsponential. Mais le groupe écope d'un zéro pointé auprès des militants. "Deux dollars de plus par heure, ça ne change pas grand-chose", s'indigne Steve Smith, "alors qu'ils ont les moyens de faire de ces boulots des emplois décents, de la classe moyenne". "Amazon offre déjà ce que les syndicats demandent: 15 dollars de l'heure minimum, des couvertures sociales complètes, des opportunités de carrière, dans un cadre de travail moderne et sûr", remarque Lisa Levandowski, porte-parole du groupe. Elle encourage les détracteurs à la comparaison avec d'autres grands employeurs.- Démocratie - "Il y a dix ans, les supermarchés Walmart fixaient les standards de l'industrie. Aujourd'hui, c'est la responsabilité d'Amazon, qui emploie directement ou indirectement un employé d'entrepôt sur quatre", constate Dania Rajendra, directrice d'Athena. Cette organisation rassemble des associations qui travaillent sur les coûts sociaux et environnementaux liés aux activités du titan, de la pollution aux pratiques anti-concurrentielles, en passant par la surveillance des employés et les conditions de travail. "Nous posons la question: est-ce que Amazon brutalise les communautés de personnes concernées par son activité ?", précise Mme Rajendra. Selon Patrick Moorhead, expert des groupes technologiques, Amazon agit plus qu'il n'y paraît, notamment pour minimiser son impact sur l'environnement. "Ils ont fait beaucoup de progrès. Le souci d'Amazon c'est surtout qu'ils ne communiquent pas assez sur leurs efforts", argumente-t-il. Mais pour Jane McAlevey, l'entreprise "mérite largement les coups qu'elle reçoit". D'après Forbes, Jeff Bezos s'est enrichi de 25 milliards de dollars supplémentaires pendant la pandémie. La chercheuse lui reproche, comme à d'autres milliardaires américains, de ne pas payer suffisamment d'impôts tout en se donnant bonne conscience avec des dons, proportionnellement dérisoires, à des fondations caritatives. "Le minimum requis pour assurer le fonctionnement de la démocratie, c'est la régulation des entreprises et le paiement des impôts", assène-t-elle. Elle déplore aussi l'absence de syndicats, "la seule façon d'obtenir des conditions de travail décentes". "Ils ont amassé des richesses incroyables aux dépens de la planète et de la santé de certaines communautés. Amazon devrait être nationalisée", résume-t-elle.