Fleurons de l'économie belge, membres historiques de la Bourse de Bruxelles et du Bel20, valeurs en vue au tournant du siècle, pépites tombées en désuétude, Agfa-Gevaert, Bekaert, EVS, Deceuninck, Tessenderlo et IBA ont déjà fait couler beaucoup d'encre dans la presse financière. La décennie écoulée a toutefois été nettement moins faste, au point que pour un investisseur novice, ces noms évoqueront bien peu de choses. Aujourd'hui, ces anciennes stars font à nouveau parler d'elles et espèrent toute un destin similaire à D'Ieteren qui a reconquis sa place dans le Bel20.
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Fleurons de l'économie belge, membres historiques de la Bourse de Bruxelles et du Bel20, valeurs en vue au tournant du siècle, pépites tombées en désuétude, Agfa-Gevaert, Bekaert, EVS, Deceuninck, Tessenderlo et IBA ont déjà fait couler beaucoup d'encre dans la presse financière. La décennie écoulée a toutefois été nettement moins faste, au point que pour un investisseur novice, ces noms évoqueront bien peu de choses. Aujourd'hui, ces anciennes stars font à nouveau parler d'elles et espèrent toute un destin similaire à D'Ieteren qui a reconquis sa place dans le Bel20. Autrefois connue du grand public pour ses pellicules photographiques, Agfa-Gevaert a longtemps fait partie du Bel20 grâce, notamment, à son développement dans l'impression (presse, etc.) et la radiographie. Une imprimerie et un hôpital sur deux dans le monde étaient ainsi clients du groupe anversois. Mais le virage numérique s'est avéré beaucoup plus serré qu'escompté et les résultats ont dérapé, d'autant plus que le groupe doit supporter de lourds engagements de pension. Après un long passage à vide de 14 ans, le titre a signé un net rebond à la fin août alors que le groupe semble enfin accélérer sa mue. Il a ainsi trouvé un acquéreur pour sa division offset (impression, etc.), sa plus importante en termes de chiffre d'affaires mais peu rentable et avec peu de perspectives de développement. La valeur de revente (92 millions d'euros tout compris) est certes limitée pour une division dégageant des ventes annuelles de plus de 700 millions d'euros mais il satisfait Kris Kippers, l'analyste de Degroof Petercam. Celui-ci attribuait en effet une valeur négative à cette activité en raison des restructurations continues. Aujourd'hui, Agfa-Gevaert va pouvoir se recentrer sur l'imagerie médicale (et solutions IT pour la gestion des flux), l'impression numérique et ses spécialités (impression grand format, films pour circuits imprimés, membranes Zirfon pour les projets de production d'hydrogène, etc.). Pour Kris Kippers, l'Agfa 2.0 est enfin arrivé et les perspectives de croissance du groupe sont au beau fixe, justifiant un relèvement de son conseil à acheter. KBC Securities est aussi passé à l'achat. Cependant, tous les problèmes n'ont pas disparu, comme ses importants engagements de pension qui restent lourds ou une rentabilité faiblarde même sans sa division offset. Le pari est donc attractif mais pas sans risque. La société liégeoise du ralenti TV était la star des années paires, quand les grands événements sportifs dopaient ses ventes et le locations d'équipements pour ralentis. Progressivement, le groupe a toutefois vu sa rentabilité fondre. Entre 2008, année record grâce aux Jeux olympiques de Pékin, et 2021, sa marge opérationnelle est passée de 60% à 27%. Ses perspectives de croissance avaient aussi disparu dans le sillage du ralentissement de son marché. Une embellie semble toutefois en cours. Son chiffre a rebondi de près de 50% en 2021. Et cette année a bien commencé avec une croissance de 10% au premier semestre et l'annonce d'un contrat record de 50 millions de dollars sur 10 ans aux Etats-Unis. EVS n'a pas dévoilé l'identité du client mais souligne que l'incursion des grands groupes technologiques dans le monde de la retransmission sportive est très prometteuse en termes d'activités. Trois analystes sur quatre sont actuellement à l'achat sur le titre qui cote huit fois les bénéfices de 2021. La seule grosse incertitude est l'évolution de la rentabilité. Le groupe liégeois a récemment limité les dégâts en capitalisant une partie de ses frais de développement qui ne seront ainsi pris en charge que progressivement. Selon Michael Roeg de Degroof Petercam, son profit opérationnel aurait chuté de 23% (au lieu de +2%) sans cet artifice comptable au premier semestre. Le tréfileur courtraisien a longtemps été connu pour ses clôtures, activité qu'il a pourtant vendue en 2005. En 2009-2010, le titre s'envole, dépassant les 80 euros, contre moins de 40 euros avant la crise alors que ses bénéfices doublent. Toutefois, il apparaît que la soudaine amélioration de sa rentabilité était liée au segment du fil à scier pour les panneaux photovoltaïques. Rapidement, la concurrence s'intensifie, le solaire ralentit et les résultats de Bekaert se normalisent. Aujourd'hui, les principaux produits du groupe sont les fibres d'acier pour le renforcement du béton, les câbles d'acier pour pneus, les fils à scier pour différentes utilisations... Le groupe mise aussi sur les énergies renouvelables avec ses produits classiques à base de fil d'acier mais aussi en se développant dans l'hydrogène vert. Une stratégie qui semble porter ses fruits. Bekaert a établi un trimestre record en 2021 et annoncé un nouveau plan de rachat d'actions propres en février. Il a aussi clôturé le premier semestre sur des ventes en hausse de 24%. Toutefois, cela reflète surtout l'envolée des prix et des coûts, son profit opérationnel sous-jacent étant resté stable. Par ailleurs, le groupe n'a plus répété cet été son objectif d'atteindre sur l'ensemble de l'année la même croissance organique des ventes qu'au premier trimestre (19%), signe que le ralentissement de l'économie pourrait commencer à peser. Même à six fois le bénéfice prévu pour cette année (5,20 euros par action), la prudence reste donc de mise. Entré en Bourse en 1925, puis une deuxième fois pour de bon en 1937, Tessenderlo fait partie des meubles sur Euronext Bruxelles. En difficulté, le groupe français Entreprise minière et chimique (EMC) aujourd'hui disparu cède en 1996 une partie de ses actions et perd la majorité du capital. Le développement du groupe dans la gélatine et les engrais aux Etats-Unis et au Brésil attise les convoitises et le titre s'envole vers des plus hauts toujours inégalés. Après l'explosion de la bulle technologique, les résultats ne sont pas tout à fait au rendez-vous alors que les résultats de ses activités historiques (tubes et canalisations en plastique) fondent. En 2013, le spécialiste flamand des métiers à tisser surprend et annonce le rachat de la participation de 27,5% de l'Etat français dans Tessenderlo. Luc Tack, artisan du redressement de Picanol, reprend les rênes du groupe chimique qui se recentre sur son segment agricole (engrais spécialisés et produits de protection des plantes) et la biovalorisation (gélatines, protéines, graisses produites à partir de déchets animaux). En Bourse, le titre évolue latéralement depuis le début du siècle mais a rebondi cet été. Tout d'abord, ses résultats semestriels ont convaincu avec un bond de 27% de son chiffre d'affaires et de 44% de son profit opérationnel. Ensuite, Luc Tack a annoncé sa volonté de fusionner Picanol et Tessenderlo après un premier échec en 2015. Cette fois, l'offre émane de Tessenderlo qui propose 2,43 de ses propres actions par titre Picanol. Les analystes demeurent attentistes (deux sur trois ont un avis neutre) alors que la fusion ne permettra pas de générer de synergies. Toutefois, à sept fois les bénéfices et avec de réelles perspectives de croissance, Tessenderlo intègre déjà une importante décote de holding. Une opportunité à réserver aux investisseurs patients! Le spécialiste néolouvaniste de la protonthérapie, une forme de radiothérapie plus précise pour le traitement du cancer, a déjà connu deux périodes fastes: à la fin du siècle dernier et en 2016-2017. A chaque fois, les arguments sont les mêmes: la perspective d'un développement accéléré de la protonthérapie, la hausse du carnet de commandes et des perspectives de rentabilité. Début 2017, ces promesses semblaient enfin se concrétiser jusqu'à une série d'avertissements sur résultats. L'arrivée d'un nouveau concurrent américain, Varian, et le ralentissement du marché pèsent sur ses ventes et surtout ses marges. De 56 euros, le titre rechute jusqu'à moins de 7 euros en 2020. Cet été, l'action a repris des couleurs. Ses chiffres semestriels ont rassuré avec un bond de 17% des revenus et une marge opérationnelle qui est passée de 0,5% à 2,9%, ce qui reste toutefois loin des 15% ciblés il y a quelques années. IBA semble aussi avoir consolidé son leadership mondial dans la protonthérapie, étant seul en lice pour un important appel d'offres en Espagne. Suffisant pour inciter David Vagman d'ING de relever son avis de vendre à conserver. Mais tout excès d'optimisme serait prématuré. IBA est certes promis à une belle croissance, mais la rentabilité demeure une incertitude de taille. D'autant plus que l'environnement inflationniste actuel ne facilite pas la gestion des coûts, notamment salariaux. Entre 2016 et 2021, son ratio masse salariale/chiffre d'affaires est passé de 18,4% à 26,4%, expliquant largement la détérioration de sa marge opérationnelle. Faisant partie des leaders mondiaux des profilés de portes et fenêtres ainsi que des revêtements de façade en PVC, le groupe ne s'est jamais véritablement remis de la crise (immobilière) de 2008. D'abord affecté par le recul du marché, il a ensuite été contraint de se diversifier en lançant une gamme en aluminium en 2017. Il s'est aussi développé dans les pays émergents et tout particulièrement en Turquie (un marché important pour les profilés en PVC). Ces dernières années, Deceuninck a également réussi à réduire son endettement. Le tout lui a permis d'enregistrer une des ventes record en 2021 et au premier semestre 2022. Le titre cote un peu plus de huit fois son bénéfice par action de l'année dernière (0,27 euro) et affiche un rendement de dividende brut de près de 3%. Deceuninck pourrait aussi profiter d'une accélération de la rénovation énergétique des bâtiments (remplacement des châssis, ajout d'une isolation des murs masquée par un bardage en PVC ou composite de bois). Mais à court terme, les perspectives sont surtout marquées par l'incertitude avec la hausse des coûts des matières premières, la situation en Europe de l'Est et la remontée des taux qui est de nature à freiner les investissements des ménages. Degroof Petercam a ainsi retiré Deceuninck de sa liste de valeurs préférées. Le titre intéressera surtout les investisseurs audacieux à long terme.