Il y a quelques mois, la pénurie des talents faisait du partage de travailleurs une solution élégante. De nos jours, alors que le chômage économique pour cas de force majeure est toujours très utilisé et que les faillites menacent, le même partage des talents s'avère toujours une solution aussi élégante. Seul hic, contrairement à la France où la mise à disposition de salariés est inscrite dans le code du travail, en Belgique, cette mise à disposition est rigoureusement interdite, principalement pour éviter le dumping social ou le body shopping (sous-traitance de main-d'oeuvre à court terme, souvent dans les TIC). Mais il existe des exceptions à la loi de 1987 qui règle la mise à disposition. La première est évidemment l'intérim.
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Il y a quelques mois, la pénurie des talents faisait du partage de travailleurs une solution élégante. De nos jours, alors que le chômage économique pour cas de force majeure est toujours très utilisé et que les faillites menacent, le même partage des talents s'avère toujours une solution aussi élégante. Seul hic, contrairement à la France où la mise à disposition de salariés est inscrite dans le code du travail, en Belgique, cette mise à disposition est rigoureusement interdite, principalement pour éviter le dumping social ou le body shopping (sous-traitance de main-d'oeuvre à court terme, souvent dans les TIC). Mais il existe des exceptions à la loi de 1987 qui règle la mise à disposition. La première est évidemment l'intérim. " Quand Decathlon, pendant la pandémie, a conclu un accord avec Colruyt pour le partage de travailleurs, ils ont eu recours à l'intérim, explique Kathelijne Verboomen, directrice du centre de connaissances d'Acerta, le prestataire de services RH. Et c'est logique, même si c'est plus cher : l'intérim est une solution plug and play. C'est facile et rapide à mettre en place. Nous disons aujourd'hui que malgré l'interdiction, il existe des moyens parfaitement légaux de partager ses travailleurs. " Le centre de connaissances d'Acerta remplit deux fonctions. Une légale, qui vise à mettre en adéquation les payrolls et les contrats avec la législation en vigueur. L'autre repose sur l'innovation. Ces derniers temps, le centre s'intéresse de plus près à l'autonomie des salariés, ou comment envisager la philosophie de l'indépendant tout en étant salarié, à la flexibilité au travail qui va de l'équilibre vie privée-vie professionnelle au télétravail en passant par l'épargne du temps de travail lancé à l'époque de la loi Peeters sur le travail faisable et, enfin, au partage des travailleurs. Ce partage est une des solutions possibles pour sortir de la crise sanitaire et réduire ses coûts sans licencier. L'urgence générée par la crise du Covid-19 a poussé Acerta à accélérer la mise en ligne d'une plateforme inédite en Belgique chez les prestataires de services RH (hors intérim). Cette plateforme, appelée Bridge, a pour vocation de stimuler ce partage des salariés et de créer un lien entre les entreprises. Trois cas de figure peuvent se présenter. " Il y a d'abord le pont social dans le cas d'une restructuration ou d'une fusion, confie Kathelijne Verboomen. Ou dans le cas d'une entreprise en difficulté qui veut éviter les licenciements collectifs ou la faillite. Le partage de salariés peut aussi faire partie du plan social. L'avantage est évidemment que l'employeur garde le lien avec son employé et peut le faire revenir quand les choses vont mieux. Quant au salarié, il reste attaché à son entreprise et, pour certains, ce maintien de l'identité est très important. C'est le cas de figure qui risque de servir le plus dans les prochaines semaines. A côté du pont social, nous avons aussi le talent bridge. Dans ce cas précis, le partage d'un salarié permet de disposer, au sein de l'entreprise, d'un talent rare et souvent coûteux et de n'en supporter que partiellement les frais. Enfin, le flex bridge permet soit de gérer les périodes de rush et d'accalmie, soit de disposer de personnel qualifié seulement à temps partiel et uniquement le temps vraiment nécessaire. L'exemple le plus évident est celui de la secrétaire médicale qui gère les cabinets de plusieurs médecins dans sa semaine. " En plus de ces trois piliers, Kathelijne Verboomen voit aussi deux applications supplémentaires au partage des employés. L'une a trait à la formation. " On peut très bien imaginer que, dans l'optique du développement d'un talent, on le prête à une autre entreprise. Par exemple, un employé d'Acerta, actif dans le payroll, pourrait très bien aller apprendre les soft RH chez un de nos clients. Enfin, la réintégration des malades de longue durée est un autre chemin possible. Ces salariés ont besoin de reprendre leurs marques et de retrouver du rythme. Sur un plan émotionnel, c'est parfois plus facile de le faire chez un autre employeur avant de retrouver son poste initial. " En créant Bridge, Acerta entend stimuler le partage des travailleurs mais aussi démontrer les possibilités légales de le pratiquer. En plus de l'intérim, le prestataire en a identifié huit, mais elles demandent évidemment une mise en place sur mesure. Outre la coentreprise, les multiples contrats de travail simultanés et (partiellement) actifs ou le passage, partiel, à un statut d'indépendant complémentaire, la plus sécurisante demeure le contrat de travail unique avec plusieurs employeurs. " C'est un concept qui découle de la jurisprudence, poursuit Kathelijne Verboomen, puisque cette forme juridique n'existe pas dans la législation. Mais c'est une solution innovante qui a déjà fait ses preuves et que nous proposons de façon active après des expériences très concrètes. Ce co-emploi ne figure pas dans le droit du travail et il convient de régler la situation sur mesure pour les clients impliqués. Ce que nous nous engageons à faire évidemment. Notamment : qui fait le décompte salarial ? qui établit le règlement de travail ? comment sont gérées les déclarations ONSS ou les fiches fiscales ? Enfin, Acerta trouvera aussi la solution la plus adaptée si, par exemple, les commissions paritaires ou les barèmes salariaux ne sont pas les mêmes... Enfin, il existe aussi le concept de prêt à une autre entreprise avec délégation d'autorité. Il se base sur une autre exception légale et suppose des conditions très strictes. " Le partage des salariés n'est évidemment pas neuf. La preuve par l'intérim ou la plateforme de matchmaking pour l'échange de talents mise en place par Agoria, qui souffre le plus de la pénurie de main-d'oeuvre qualifiée. Rappelons aussi qu'en avril, au plus fort de la pandémie, le " superkern " avait temporairement assoupli la législation en matière de mise à disposition d'employés à destination de secteurs critiques pour, entre autres, soutenir le secteur de l'horticulture qui ne trouvait pas de saisonniers. Bridge a été lancée par Acerta la première semaine de juillet ( www.acerta.be/bridge-fr). Un bouton permet aux entreprises intéressées de partager leurs travailleurs ou d'engager du personnel supplémentaire de se faire connaître du prestataire de services RH. " Cela fonctionne déjà pas mal, conclut Kathelijne Verboomen. Il faut dire que deux secteurs, que je ne peux malheureusement pas révéler ici, nous ont déjà sollicité pour y mettre le partage des travailleurs en place. Deux situations sont rencontrées. Soit il s'agit d'un mariage où deux entreprises veulent partager. C'est évidemment le plus simple à mettre en place et Acerta se charge de tout bétonner. Soit il s'agit d'une demande unilatérale et, comme pour Agoria, il faut qu'il y ait séduction et adéquation entre l'offre et la demande. " Pour être tout à fait complet, signalons qu'il ne faut pas être un client d'Acerta pour s'inscrire sur la plateforme. Elle est ouverte à toutes les entreprises, même si leurs payrolls sont gérés par un concurrent.