Dans l'univers de la tech, on connaît bien les "mafias", ces écosystèmes qui se créent autour d'une start-up à succès, de leurs fondateurs et de leurs employés et qui donnent naissance à de nouvelles start-up. Il y a eu la "mafia Skynet", la "mafia Netlog" ou encore la "mafia Take Eat Easy". Dans un autre genre, il existe celle de Real Impact Analytics, devenue Riaktr. De cette start-up en forte croissance spécialisée dans les datas télécoms ont émergé plusieurs autres projets.
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Dans l'univers de la tech, on connaît bien les "mafias", ces écosystèmes qui se créent autour d'une start-up à succès, de leurs fondateurs et de leurs employés et qui donnent naissance à de nouvelles start-up. Il y a eu la "mafia Skynet", la "mafia Netlog" ou encore la "mafia Take Eat Easy". Dans un autre genre, il existe celle de Real Impact Analytics, devenue Riaktr. De cette start-up en forte croissance spécialisée dans les datas télécoms ont émergé plusieurs autres projets. Parmi eux, la bruxelloise Accountable, société fondée par Alexis Eggermont, Nicolas Quarré et Hassan Ayed. Les trois jeunes entrepreneurs ont vu dans l'accompagnement des indépendants une vraie opportunité de marché. "J'ai été indépendant pour Riaktr et j'ai connu les difficultés que le statut peut impliquer, le stress que les obligations et les inconnues, notamment au niveau financier, peuvent engendrer", se souvient Nicolas Quarré. C'est grâce à leurs fonds propres (200.000 euros) que les fondateurs mettent leur idée sur pied: développer une application (mobile et web) permettant aux indépendants de gérer leurs finances. Faire en sorte qu'ils génèrent leurs factures en quelques clics, scannent l'ensemble des reçus de dépenses et fassent les calculs TVA, le tout relié en temps réel à leur compte en banque. La première version (non disponible au public) séduit leur premier cercle ( family, friends and fools) avant de réaliser, fin 2018, un beau "tour de seed" de 1,7 million d'euros auprès du fonds anglais Connect Ventures et de business angels belges dont Jeremy Le Van (ex-Sunrise) et les fondateurs de la start-up gantoise OTA Insight. Un joli montant pour une jeune pousse qui n'avait encore placé aucun produit sur le marché! De quoi lancer leur solution en Belgique dans un premier temps. D'abord de manière totalement gratuite, histoire de recruter les premiers utilisateurs. Ensuite avec une offre de type freemium: les petits indépendants peuvent utiliser l'application gratuitement pour quelques documents par mois, mais en cas d'usage plus intensif, le service devient payant via un abonnement mensuel à 10 ou 20 euros. Une manière d'ubériser les comptables? "Pas du tout, rétorque Nicolas Quarré. Cela n'a jamais été notre volonté. La raison d'être d'Accountable consiste à proposer aux indépendants un moyen simple de comprendre et maîtriser leurs finances, notamment l'incertitude liée aux impôts. Les comptables ne sont pas nos ennemis. Nous sommes complémentaires et travaillons d'ailleurs avec 300 fiduciaires. En réalité, nous intervenons en amont en permettant une tenue des comptes de manière simple et automatisée. Et le comptable intervient en phase finale, comme sur le dernier kilomètre." Le public cible d'Accountable? A la base, les fondateurs de la start-up avaient imaginé toucher essentiellement des consultants, soit en personne physique, soit en société de management. Mais aujourd'hui, l'application serait utilisée par tous types de petits indépendants. "On est le reflet de la typologie des indépendants belges, insiste le boss de la jeune pousse: 7% de nos utilisateurs sont des carrossiers". Et 60% des inscrits se situeraient en Flandre... Aujourd'hui, plus de 10.000 indépendants belges (ils étaient la moitié au premier trimestre 2020) utiliseraient Accountable, gratuitement ou en payant un abonnement. La start-up ne donne pas de précision sur le nombre d'abonnés payants, ni sur son chiffre d'affaires, mais laisse entendre qu'actuellement "40% de ceux qui testent le produit convertissent". Comme la plupart des jeunes entrepreneurs ambitieux, le trio de fondateurs ne s'est rapidement pas satisfait du petit marché belge. Au printemps 2020, au plus fort de la crise covid, la start-up s'est lancée à l'assaut d'un deuxième marché en Europe: l'Allemagne. Un pays choisi pour la taille de son marché, son nombre important d'indépendants et sa complexité fiscale importante (comme en Belgique). Le business y est piloté par une petite équipe ("moins de 10 personnes"). Si d'après les fondateurs, le produit a dès le départ été pensé pour être développé à l'international et peut être lancé par des équipes réduites, la vraie difficulté réside dans l'adaptation locale: "Les marchés européens sont tous différents, observe Nicolas Quarré. Cela implique une compréhension fine de ce que veut l'utilisateur. Un indépendant allemand n'est pas un indépendant belge. Il faut comprendre les comportements des utilisateurs et en être proche". C'est qu'en bon "enfant du web", la start-up mise comme beaucoup sur l'expérience des utilisateurs qu'elle veut placer au centre de ses développements. Comme les Gafam. D'ailleurs, aujourd'hui, Accountable entend développer une série de nouveaux services pour ses utilisateurs avec l'idée de leur "apporter plus de valeur". Et d'ainsi renforcer la nécessité de l'abonnement. Un exemple? La start-up a noué un partenariat avec easyvest qu'elle recommande à ses utilisateurs en recherche d'une solution d'épargne-pension. Et le trio d'entrepreneurs ne compterait pas s'arrêter là: d'autres fonctionnalités se trouveraient sur la roadmap, comme l'intégration dans l'appli des informations liées à la pension par exemple, mais aussi l'intégration d'autres monnaies que l'euro, des envois automatisés, la facturation récurrente, etc. Bref, couvrir toujours plus de cas d'usage et de demandes de clients. La logique? Rendre Accountable tellement pratique qu'il devient difficile de s'en passer, et donc de couper son abonnement. Et cela, sans forcément augmenter le prix dudit abonnement. Le calcul de ce type de jeunes pousses est inspiré de la sacro-sainte "satisfaction utilisateurs" mise en avant par tous les précurseurs du numérique. Un client pleinement satisfait et qui utilise beaucoup l'appli (50% des utilisateurs ouvrent Accountable au moins une fois par semaine) est un client qui reste. Ce n'est donc pas sur de nouvelles fonctionnalités payantes ou sur une augmentation du prix que mise la firme pour doper son business, mais sur la profondeur du marché. D'abord aller convaincre plus d'indépendants belges (il y a de la marge: "actuellement 7 à 8% des nouveaux indépendants en Belgique ouvrent un compte Accountable"). Ensuite, confirmer sa présence en Allemagne. Enfin, attaquer de nouveaux pays. En ligne de mire: la France, voisin naturel pour une firme bruxelloise, ou le Royaume-Uni, d'où provient l'un de ses meilleurs investisseurs. Le choix ne serait pas encore arrêté. Ce qui est certain, c'est que pour y parvenir, Accountable peut compter sur 5,7 millions d'euros levés, en septembre 2021, auprès des fonds britanniques Stride.VC et Connect Ventures.