La banque suédoise Seb a autorisé à nouveau début mars l'investissement dans le secteur de la défense pour six de ses fonds afin, selon elle, de "soutenir et défendre la démocratie, la liberté, la stabilité et les droits humains", tout en excluant les entreprises liées à des armes controversées, selon une déclaration transmise à l'AFP.

Les analystes de la banque américaine Jefferies relèvent pour leur part que le conflit russo-ukrainien "a conduit à une réévaluation généralisée des politiques concernant le secteur de l'aérospatial et de la défense par les gestionnaires européens d'actifs ESG", qui utilisent des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance.

Même l'Union européenne s'y met, qui a publié, une semaine avant l'invasion russe, une liste d'initiatives concernant la défense et la sécurité, dont la promesse que les politiques de la Commission européenne "telles que les initiatives sur le financement durable, restent cohérentes avec les efforts de l'UE pour faciliter l'accès suffisant de l'industrie européenne de la défense au financement et aux investissements.

Les lobbies de la défense étaient fortement opposés à son exclusion du projet de "taxonomie sociale" européenne, un classement des activités cohérentes avec des objectifs sociaux définis par la Commission. Il n'y a pas de développement durable possible sans sécurité et pas de sécurité sans défense, plaident-ils à l'unisson.

Pour Éric Trappier, président du Conseil des industries de défense françaises (Cidef), classer la défense comme investissement non socialement responsable "ne va pas toucher Dassault, Airbus ou Naval Group en premier". "Cela va toucher les petits dans les territoires qui ont du mal à avoir des fonds propres, qui ont du mal à avoir des prêts pour arriver à faire leurs investissements", a défendu le PDG de Dassault Aviation, devant l'Assemblée nationale le 30 mars.

Un Rafale C, construit par Dassault Aviation., BELGA/Gérard Gaudin
Un Rafale C, construit par Dassault Aviation. © BELGA/Gérard Gaudin

Flambée des cours

Compte tenu de la situation actuelle en Ukraine, le marché a nettement réévalué à la hausse la valeur des titres de la défense. Après l'invasion, l'allemand Rheinmetall a bondi de 38% en trois jours, le français Thalès de 22% et l'italien Leonardo de 25%. Depuis le début de l'année, ils ont tous grimpé de plus de 50%, et même +150% pour Rheinmetall, alors que les indices des places européennes perdent autour de 10% dans le même temps.

Ces performances alléchantes ne manquent pas d'attirer les investisseurs. D'autant plus que "le Label ISR (investissement socialement responsable, ndlr) français n'exclut pas la défense", rappelle Marie-Aude Laguna, maître de conférence à l'université Paris-Dauphine. Seules les armes controversées, telles que définies par les traités d'Oslo et d'Ottawa (mines anti-personnel, armes à sous-munitions), sont exclues par la plupart des réglementations, et parfois les armes nucléaires.

Au niveau européen, la réglementation SFDR sur les investissements durables n'interdit pas non plus l'armement, il vise juste "à plus de transparence", précise Mme Laguna. "Or les labels jouent un rôle crucial pour attirer les clients", ajoute-t-elle.

"Ce n'est pas à nous (gérants de portefeuilles) de définir ce qui est bien ou pas bien, on laisse le choix aux clients", souligne Léa Dunand-Chatellet, directrice du pôle investissement responsable chez DNCA Finance. "Mais il faut être crédible, et présenter correctement ce qui relève de la défense dans les portefeuilles", observe-t-elle.

Selon les analystes de Jefferies, 40% des actifs ESG gérés par des fonds en Europe, sur un total de 3.000 milliards d'euros comptabilisés dans leur étude, sont exposés au secteur de la défense.

Bien sûr, il existe aussi des portefeuilles qui excluent la défense. Au final "les sociétés d'actifs proposent un menu de portefeuilles avec des fonds qui incluent de la défense et d'autres qui l'excluent, chacun s'y retrouve", observe Marie-Aude Laguna.

La banque suédoise Seb a autorisé à nouveau début mars l'investissement dans le secteur de la défense pour six de ses fonds afin, selon elle, de "soutenir et défendre la démocratie, la liberté, la stabilité et les droits humains", tout en excluant les entreprises liées à des armes controversées, selon une déclaration transmise à l'AFP.Les analystes de la banque américaine Jefferies relèvent pour leur part que le conflit russo-ukrainien "a conduit à une réévaluation généralisée des politiques concernant le secteur de l'aérospatial et de la défense par les gestionnaires européens d'actifs ESG", qui utilisent des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance. Même l'Union européenne s'y met, qui a publié, une semaine avant l'invasion russe, une liste d'initiatives concernant la défense et la sécurité, dont la promesse que les politiques de la Commission européenne "telles que les initiatives sur le financement durable, restent cohérentes avec les efforts de l'UE pour faciliter l'accès suffisant de l'industrie européenne de la défense au financement et aux investissements.Les lobbies de la défense étaient fortement opposés à son exclusion du projet de "taxonomie sociale" européenne, un classement des activités cohérentes avec des objectifs sociaux définis par la Commission. Il n'y a pas de développement durable possible sans sécurité et pas de sécurité sans défense, plaident-ils à l'unisson.Pour Éric Trappier, président du Conseil des industries de défense françaises (Cidef), classer la défense comme investissement non socialement responsable "ne va pas toucher Dassault, Airbus ou Naval Group en premier". "Cela va toucher les petits dans les territoires qui ont du mal à avoir des fonds propres, qui ont du mal à avoir des prêts pour arriver à faire leurs investissements", a défendu le PDG de Dassault Aviation, devant l'Assemblée nationale le 30 mars.Compte tenu de la situation actuelle en Ukraine, le marché a nettement réévalué à la hausse la valeur des titres de la défense. Après l'invasion, l'allemand Rheinmetall a bondi de 38% en trois jours, le français Thalès de 22% et l'italien Leonardo de 25%. Depuis le début de l'année, ils ont tous grimpé de plus de 50%, et même +150% pour Rheinmetall, alors que les indices des places européennes perdent autour de 10% dans le même temps.Ces performances alléchantes ne manquent pas d'attirer les investisseurs. D'autant plus que "le Label ISR (investissement socialement responsable, ndlr) français n'exclut pas la défense", rappelle Marie-Aude Laguna, maître de conférence à l'université Paris-Dauphine. Seules les armes controversées, telles que définies par les traités d'Oslo et d'Ottawa (mines anti-personnel, armes à sous-munitions), sont exclues par la plupart des réglementations, et parfois les armes nucléaires. Au niveau européen, la réglementation SFDR sur les investissements durables n'interdit pas non plus l'armement, il vise juste "à plus de transparence", précise Mme Laguna. "Or les labels jouent un rôle crucial pour attirer les clients", ajoute-t-elle. "Ce n'est pas à nous (gérants de portefeuilles) de définir ce qui est bien ou pas bien, on laisse le choix aux clients", souligne Léa Dunand-Chatellet, directrice du pôle investissement responsable chez DNCA Finance. "Mais il faut être crédible, et présenter correctement ce qui relève de la défense dans les portefeuilles", observe-t-elle.Selon les analystes de Jefferies, 40% des actifs ESG gérés par des fonds en Europe, sur un total de 3.000 milliards d'euros comptabilisés dans leur étude, sont exposés au secteur de la défense. Bien sûr, il existe aussi des portefeuilles qui excluent la défense. Au final "les sociétés d'actifs proposent un menu de portefeuilles avec des fonds qui incluent de la défense et d'autres qui l'excluent, chacun s'y retrouve", observe Marie-Aude Laguna.