Littéralement, le private equity, ce sont les actions privées, c'est-à-dire les actions d'entreprises qui ne sont cotées pas en Bourse. En tant que tel, il est donc aussi vieux que la société par actions dont les origines remontent au 12e siècle. Toutefois, le private equity, ou capital-investissement, ne recouvre pas l'ensemble des sociétés non cotées, mais rassemble différentes stratégies de financement. La plus médiatique, le leveraged buy out (LBO), ou rachat avec effet de levier, consiste à racheter ou prendre le contrôle d'une entreprise éventuellement cotée, ou d'une activité, en finançant une importante partie de l'opération par endettement. Le growth capital (capital-développement) concerne l'acquisition d'une participation, souvent minoritaire, dans une société ayant besoin de capitaux pour poursuivre son développement ou se restructurer. Le venture capital (capital-risque) est comparable, mais cible des entreprises moins matures, typiquement des start-up. Bien qu'elles ne soient pas les seules, ces trois stratégies recouvrent en quelque sorte l'ensemble du cycle de vie d'une entreprise.

Cartes de voeux

Si l'on se concentre sur les LBO, le premier boom du private equity remonte au début des années 1980, notamment quand l'ancien secrétaire au Trésor des Etats-Unis, William Simon, et un groupe d'investisseurs ont racheté le fabricant de cartes de voeux Gibson Greetings pour 80 millions de dollars.

Malgré quelques couacs, des périodes d'exubérance et de crise, le secteur n'a cessé de se développer, tout particulièrement depuis le début de ce siècle. A peine ralentie par la crise financière de 2008-2009, l'industrie du private equity a ainsi connu une croissance exponentielle ces 10 dernières années. Au niveau mondial, les actifs sous gestion sont passés de 1.712 milliards de dollars en 2010 à 4.418 milliards fin 2020 selon Preqin, société de recherche et de consultance spécialisée dans les investissements alternatifs.

Croissance exponentielle

Et c'est loin d'être fini. Preqin prévoit en effet que le private equity, ou capital-investissement, va croître de plus de 15% par an au cours des prochaines années. En 2025, il pèserait ainsi plus de 9.000 milliards de dollars dans le monde, dépassant l'ensemble des autres investissements alternatifs combinés: dette privée (non cotée), hedge funds, investissements immobiliers, infrastructures et ressources naturelles.

Des perspectives radieuses que Preqin explique notamment par la demande des investisseurs. "Nous pensons que ces derniers continueront à délaisser progressivement les fonds d'actions cotées gérés activement au profit d'instruments passifs (fonds indiciels, ETF, etc., Ndlr) et du private equity." Le capital-investissement profite aussi de l'environnement de taux bas.

Preuve de l'engouement des investisseurs, 25 grandes firmes de private equity mondiale disposaient à la mi-août de plus de 500 milliards de dollars à investir selon une étude de Standard & Poor's.

9.000 milliards

En dollars, le montant estimé des investissements en "private equity" en 2025. Il était encore de 4.418 milliards fin 2020, selon le bureau Preqin.

Besoins des entreprises

Le private equity répond aussi à une demande des entreprises. D'une part, elles ont besoin de fonds propres, que ne peuvent leur offrir les banques, pour financer leur développement. La consolidation, la numérisation, la nécessité d'internationalisation (même pour les PME) ou l'automatisation sont autant de défis qui nécessitent d'importants capitaux.

D'autre part, les entreprises ont de moins en moins accès à la Bourse. Selon les données de la Banque mondiale, le nombre de sociétés cotées dans l'Union européenne a chuté de près de 8.000 en 2001 à 5.800 en 2018. C'est encore pire aux Etats-Unis où le nombre d'entreprises domestiques cotées a chuté de plus de 8.000 en 1996 à un peu plus de 4.000 aujourd'hui.

Plusieurs éléments peuvent être évoqués pour expliquer ce désamour. D'un côté, le durcissement de la réglementation renchérit les coûts d'une cotation et impose aux entreprises cotées de dévoiler davantage d'informations. D'un autre, l'activisme de certains investisseurs ou des vendeurs à découvert est susceptible de nuire à la stratégie de l'entreprise.

Plusieurs groupes ont même décidé de quitter la Bourse ces dernières années comme les opérateurs télécoms français Altice (Patrick Drahi) et Iliad (Xavier Niel), la banque d'affaires hexagonale Natixis, les groupes belges Sioen, Duvel Moortgat, CMB et Pairi Daiza, ou les géants américains Kraft Heinz, EQ Office et Reader's Digest.

L'ère de licornes

La tendance est également accentuée par le développement du capital-investissement dont les leaders mondiaux disposent désormais de moyens suffisants pour financer tout type d'entreprises.

Le private equity n'est ainsi plus considéré comme l'antichambre de la Bourse, mais comme une méthode de financement à part entière. Un marché qui peut aussi compter sur ses géants comme le montre le classement des licornes du bureau d'analyse CB Insights. ByteDance, le groupe chinois propriétaire de TikTok, est ainsi valorisé à 140 milliards de dollars. En Bourse, cela le positionnerait dans le top 100 mondial.

Et ce n'est pas un cas à part. La fintech américaine Stripe, la célèbre entreprise spatiale d'Elon Musk SpaceX, la fintech suédoise Klarna et la plateforme de conception graphique australienne Canva sont valorisées à entre 40 et 100 milliards de dollars.

Financements publics

Les outils de capital-investissement sont aussi utilisés par les institutions publiques comme le détaillaient récemment nos confrères français de Private Equity Magazine. Partout, "des collectivités locales s'emparent des outils du capital-investissement pour soutenir leurs entreprises, consolider leurs filières emblématiques et accroître l'attractivité de leur territoire", notamment grâce à l'appui des fonds européens Feder.

En Belgique, les invests comme Noshaq, finance.brussels ou Sambrinvest, pour ne citer qu'eux, sont aussi des investisseurs en private equity. Et les derniers plans de relance mis en place pour soutenir la reprise post-coronavirus auront également recours aux outils de capital-investissement, même s'ils privilégieront les prêts afin de ne pas bousculer l'actionnariat d'entreprises fragilisées.

Littéralement, le private equity, ce sont les actions privées, c'est-à-dire les actions d'entreprises qui ne sont cotées pas en Bourse. En tant que tel, il est donc aussi vieux que la société par actions dont les origines remontent au 12e siècle. Toutefois, le private equity, ou capital-investissement, ne recouvre pas l'ensemble des sociétés non cotées, mais rassemble différentes stratégies de financement. La plus médiatique, le leveraged buy out (LBO), ou rachat avec effet de levier, consiste à racheter ou prendre le contrôle d'une entreprise éventuellement cotée, ou d'une activité, en finançant une importante partie de l'opération par endettement. Le growth capital (capital-développement) concerne l'acquisition d'une participation, souvent minoritaire, dans une société ayant besoin de capitaux pour poursuivre son développement ou se restructurer. Le venture capital (capital-risque) est comparable, mais cible des entreprises moins matures, typiquement des start-up. Bien qu'elles ne soient pas les seules, ces trois stratégies recouvrent en quelque sorte l'ensemble du cycle de vie d'une entreprise. Si l'on se concentre sur les LBO, le premier boom du private equity remonte au début des années 1980, notamment quand l'ancien secrétaire au Trésor des Etats-Unis, William Simon, et un groupe d'investisseurs ont racheté le fabricant de cartes de voeux Gibson Greetings pour 80 millions de dollars. Malgré quelques couacs, des périodes d'exubérance et de crise, le secteur n'a cessé de se développer, tout particulièrement depuis le début de ce siècle. A peine ralentie par la crise financière de 2008-2009, l'industrie du private equity a ainsi connu une croissance exponentielle ces 10 dernières années. Au niveau mondial, les actifs sous gestion sont passés de 1.712 milliards de dollars en 2010 à 4.418 milliards fin 2020 selon Preqin, société de recherche et de consultance spécialisée dans les investissements alternatifs. Et c'est loin d'être fini. Preqin prévoit en effet que le private equity, ou capital-investissement, va croître de plus de 15% par an au cours des prochaines années. En 2025, il pèserait ainsi plus de 9.000 milliards de dollars dans le monde, dépassant l'ensemble des autres investissements alternatifs combinés: dette privée (non cotée), hedge funds, investissements immobiliers, infrastructures et ressources naturelles. Des perspectives radieuses que Preqin explique notamment par la demande des investisseurs. "Nous pensons que ces derniers continueront à délaisser progressivement les fonds d'actions cotées gérés activement au profit d'instruments passifs (fonds indiciels, ETF, etc., Ndlr) et du private equity." Le capital-investissement profite aussi de l'environnement de taux bas. Preuve de l'engouement des investisseurs, 25 grandes firmes de private equity mondiale disposaient à la mi-août de plus de 500 milliards de dollars à investir selon une étude de Standard & Poor's. Le private equity répond aussi à une demande des entreprises. D'une part, elles ont besoin de fonds propres, que ne peuvent leur offrir les banques, pour financer leur développement. La consolidation, la numérisation, la nécessité d'internationalisation (même pour les PME) ou l'automatisation sont autant de défis qui nécessitent d'importants capitaux. D'autre part, les entreprises ont de moins en moins accès à la Bourse. Selon les données de la Banque mondiale, le nombre de sociétés cotées dans l'Union européenne a chuté de près de 8.000 en 2001 à 5.800 en 2018. C'est encore pire aux Etats-Unis où le nombre d'entreprises domestiques cotées a chuté de plus de 8.000 en 1996 à un peu plus de 4.000 aujourd'hui. Plusieurs éléments peuvent être évoqués pour expliquer ce désamour. D'un côté, le durcissement de la réglementation renchérit les coûts d'une cotation et impose aux entreprises cotées de dévoiler davantage d'informations. D'un autre, l'activisme de certains investisseurs ou des vendeurs à découvert est susceptible de nuire à la stratégie de l'entreprise. Plusieurs groupes ont même décidé de quitter la Bourse ces dernières années comme les opérateurs télécoms français Altice (Patrick Drahi) et Iliad (Xavier Niel), la banque d'affaires hexagonale Natixis, les groupes belges Sioen, Duvel Moortgat, CMB et Pairi Daiza, ou les géants américains Kraft Heinz, EQ Office et Reader's Digest. La tendance est également accentuée par le développement du capital-investissement dont les leaders mondiaux disposent désormais de moyens suffisants pour financer tout type d'entreprises. Le private equity n'est ainsi plus considéré comme l'antichambre de la Bourse, mais comme une méthode de financement à part entière. Un marché qui peut aussi compter sur ses géants comme le montre le classement des licornes du bureau d'analyse CB Insights. ByteDance, le groupe chinois propriétaire de TikTok, est ainsi valorisé à 140 milliards de dollars. En Bourse, cela le positionnerait dans le top 100 mondial. Et ce n'est pas un cas à part. La fintech américaine Stripe, la célèbre entreprise spatiale d'Elon Musk SpaceX, la fintech suédoise Klarna et la plateforme de conception graphique australienne Canva sont valorisées à entre 40 et 100 milliards de dollars. Les outils de capital-investissement sont aussi utilisés par les institutions publiques comme le détaillaient récemment nos confrères français de Private Equity Magazine. Partout, "des collectivités locales s'emparent des outils du capital-investissement pour soutenir leurs entreprises, consolider leurs filières emblématiques et accroître l'attractivité de leur territoire", notamment grâce à l'appui des fonds européens Feder. En Belgique, les invests comme Noshaq, finance.brussels ou Sambrinvest, pour ne citer qu'eux, sont aussi des investisseurs en private equity. Et les derniers plans de relance mis en place pour soutenir la reprise post-coronavirus auront également recours aux outils de capital-investissement, même s'ils privilégieront les prêts afin de ne pas bousculer l'actionnariat d'entreprises fragilisées.