C'est ce qui s'appelle une croissance folle. En l'espace d'un an seulement, itsme a réussi à attirer plus de 3 millions de nouveaux utilisateurs. Lancée en mai 2017 par un consortium rassemblant les quatre grandes banques du pays (BNP Paribas Fortis, KBC, Belfius et ING) et les trois opérateurs télécoms (Proximus, Telenet et Orange), rejoints ensuite par la SFPI (le bras financier de l'Etat, actionnaire depuis juin 2021), l'application a ainsi doublé de taille en un an. Elle compte désormais 6,5 millions d'usagers, soit 80% de la population belge âgée de plus de 18 ans. Un chiffre unique en Europe. Même l'Estonie, leader européen dans le domaine de la numérisation, doit s'incliner. Seulement 64% des Estoniens (entre 18 et 80 ans) recourent à une Smart ID, contre 80% des Belges: entre 25 et 35 millions d'actions sont réalisées chaque mois en Belgique avec itsme.
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C'est ce qui s'appelle une croissance folle. En l'espace d'un an seulement, itsme a réussi à attirer plus de 3 millions de nouveaux utilisateurs. Lancée en mai 2017 par un consortium rassemblant les quatre grandes banques du pays (BNP Paribas Fortis, KBC, Belfius et ING) et les trois opérateurs télécoms (Proximus, Telenet et Orange), rejoints ensuite par la SFPI (le bras financier de l'Etat, actionnaire depuis juin 2021), l'application a ainsi doublé de taille en un an. Elle compte désormais 6,5 millions d'usagers, soit 80% de la population belge âgée de plus de 18 ans. Un chiffre unique en Europe. Même l'Estonie, leader européen dans le domaine de la numérisation, doit s'incliner. Seulement 64% des Estoniens (entre 18 et 80 ans) recourent à une Smart ID, contre 80% des Belges: entre 25 et 35 millions d'actions sont réalisées chaque mois en Belgique avec itsme. Si l'application a vu ses chiffres grimper en flèche et fait figure de véritable success story made in Belgium, c'est notamment en raison de la crise du covid et du confinement. Des réunions Zoom aux paiements sans contact, la pandémie a popularisé les outils digitaux auprès de nombreux Belges. Le lancement en juin 2021 du Covid Safe Ticket (CST), qui utilise itsme comme moyen d'identification, a également été pour beaucoup dans cet engouement. "Nombre de Belges ont découvert l'application via le CST, indique Stephanie De Bruyne, CEO de Belgian Mobile ID, la société qui développe itsme. Ils ont été convaincus par son intérêt et ont continué à l'utiliser après pour d'autres services sur d'autres plateformes." De fait, malgré l'abandon du CST, itsme a déjà été utilisée 135 millions de fois rien que sur les cinq premiers mois de cette année 2022, contre 230 millions d'opérations réalisées sur l'ensemble de 2021. Depuis sa création voici cinq ans, itsme est donc devenue un élément clé dans la vie de nombreux Belges pour s'identifier en ligne, confirmer des transactions ou encore signer des documents. Ne nécessitant aucun lecteur de carte, elle leur permet de se connecter facilement (y compris via smartphone) à Tax-on-web et signer leur déclaration d'impôt, de valider des opérations bancaires, d'accéder à leur dossier médical, de consulter le service des pensions, etc. De nouvelles habitudes que la crise sanitaire et la digitalisation croissante de l'économie ont encore renforcées, note Stephanie De Bruyne: "Non seulement nous sommes tous connectés à de plus en plus de services et plateformes numériques, mais la fréquence de nos connexions avec chacun de ces services numériques est elle aussi en constante augmentation. Il faut gérer toutes ces identités multiples, ces mots de passe, etc. Or, avec itsme, la procédure d'utilisation est partout la même: chaque action est simple, rapide et reconnaissable. La facilité d'utilisation de l'application est une des dimensions qui explique son succès", selon Stephanie De Bruyne. Dans un monde où tout le monde est connecté en permanence, la facilité d'utilisation n'est évidemment pas la seule chose qui compte. La sécurité reste primordiale. "C'est très important, souligne la CEO d'itsme. Nous investissons beaucoup pour assurer le meilleur niveau de sécurité. Ce n'est pas pour rien si itsme a été sélectionné pour le CST. Ce sont des données sensibles qui touchent à la vie privée des citoyens. Il fallait un moyen d'authentification pouvant garantir à 100% l'identité de la personne qui était en train de s'identifier et de télécharger son certificat de vaccination." La méthode utilisée par itsme est celle de l'authentification multi-facteurs. Au niveau de l'utilisateur: son identité numérique ne peut être utilisée qu'avec son smartphone, l'application itsme qui y est installée et son code personnel à cinq chiffres. De quoi réduire les risques de fraude, comme le phishing bancaire par exemple. Selon Febelfin, la fédération belge du secteur financier, le nombre de cas de phishing est en baisse grâce, entre autres, à la percée d'itsme et à son fonctionnement qui ne nécessite plus de partager ses codes pour se connecter ou confirmer des transactions: 9 millions d'euros de moins ont ainsi été dérobés en 2021 (- 26% par rapport à 2021).Dit autrement, "nous vivons aujourd'hui dans un monde qui évolue de plus en plus rapidement, extrêmement volatil et dans lequel la cybercriminalité augmente, pointe Stephanie De Bruyne. Dans ce monde que certains appellent VUCA ( abréviation anglaise de volatility, uncertainty, complexity and ambiguity, Ndlr), il faut pouvoir compter sur une identité des clients et des citoyens fiable. C'est devenu un enjeu stratégique pour les entreprises et les gouvernements." Si l'application cartonne, et que son chiffre d'affaires a presque doublé en 2021 pour atteindre 11,4 millions d'euros, elle reste toutefois en perte (3,4 millions). "Rares sont les entreprises de la tech qui sont rentables après cinq ans. Nous sommes en pleine croissance. Nous investissons et recrutons beaucoup", soutient Stephanie De Bruyne, qui prévoit le break-even "d'ici deux ou trois ans" et une quinzaine de recrutements supplémentaires d'ici la fin de l'année, alors que la société emploie déjà une quarantaine de personnes.Par ailleurs, itsme déploie un modèle commercial où l'utilisateur lui-même ne paie rien. Seuls les partenaires (les entreprises qui ont intégré itsme comme moyen d'identification: banques, assurances, opérateurs télécoms, notaires, avocats, fiscalistes, secrétariat sociaux, etc.), pour le moment au nombre de 250, paient un abonnement fixe par utilisateur inscrit et par an, peu importe le nombre de transactions. "Cela les incite à intégrer itsme dans tous leurs services, explique Stephanie De Bruyne. Ainsi, nous les accompagnons dans leur transformation digitale, ce qui crée aussi un effet d'entraînement sur notre croissance, et nous amène à enregistrer entre cinq et dix nouveaux partenaires par mois." L'expansion de la société passe aussi par une extension de ses services aux jeunes à partir de 16 ans, qui n'ont pour le moment pas accès à l'application, et un développement à l'international. Un premier gros contrat à l'étranger vient d'être signé avec la ville de Rotterdam pour permettre à ses employés et ses citoyens de se connecter à ses services en ligne. Après les Pays-Bas, le Luxembourg pourrait suivre. Fort de son succès en Belgique, la société espère également jouer un rôle dans le cadre du Digital Wallet, le portefeuille numérique qui sera bientôt disponible pour tous les Européens et qui permettra à tout citoyen de l'UE d'avoir accès à toutes les plateformes publiques et privées en Europe. Sans oublier le développement d'un standard pour le consentement du partage à distance de données sécurisées. Histoire, par exemple, d'autoriser à l'avenir votre futur employeur à consulter votre diplôme qui se trouve dans la base de données de votre université, de débloquer certains objets connectés, etc.