D'abord, les bonnes nouvelles. L'économie s'est étonnamment vite remise sur pied l'an dernier.

87.000 emplois créés

La Belgique a connu une reprise très dynamique, plus forte qu'attendu, après une chute du PIB de 5,7% en 2020 (-6,5% dans la zone euro), un rebond de 6,1% en 2021 (contre 5,2% "seulement" dans la zone euro). Une reprise à la fois plus forte que lors de la grande crise financière, mais aussi plus forte que chez nos voisins. "Nous avons rattrapé, dès le troisième trimestre de l'an dernier, le niveau de PIB que la Belgique affichait juste avant la crise sanitaire", précise le gouverneur de la Banque nationale Pierre Wunsch. Et cette tonicité s'est traduite par des créations d'emplois : 68.000 salariés et 19.000 indépendants de plus en 2021, avec un nombre d'emplois de 3,6% plus important qu'avant la crise sanitaire. "C'est donc une prestation particulièrement bonne dans un environnement de stabilisation du PIB", note Pierre Wunsch, qui ajoute que cela signifie les entreprises sont relativement optimistes face à l'avenir et n'hésite pas à embaucher.

"Nous savons aussi que la crise a été asymétrique, avec des baisses d'activité très importantes dans certains secteurs, comme l'horeca. Mais à la fin 2021, la reprise est visible dans presque tous les secteurs", dit-il.

Ces développements ont eu des effets sur les inégalités. Les jeunes, les femmes ont été davantage touchés, mais nous voyons aussi qu'une grande partie de ces inégalités causées par la crise a disparu à la fin 2021. "Seul point négatif, c'est la hausse du chômage de longue durée. C'est peut-être une question de temps pour que certains retrouvent leur place sur le marché du travail, mais cela peut aussi signifier que certains, qui ont perdu leur travail ne sont plus en état d'en retrouver un. Il faudra attendre avant de tirer une analyse", ajoute Pierre Wunsch.

Retour monétaire à la normale

Du côté de la politique monétaire menée par la BCE, Pierre Wunsch continue de plaider pour un progressif retour à la normale. "La crise a été bien gérée, et il y a e une forme de complémentarité entre la politique monétaire et la politique budgétaire, observe-t-il. Il n'y a pas eu de coordination explicite, mais quand l'économie va mal et que la BCE n'a pas atteint sin objectif d'inflation de 2%, la recommandation en termes de politique monétaire était évidente". La BCE a fait beaucoup, notamment via un programme spécial de rachat d'actifs de plus de 1.800 milliards d'euros. "Nous avons pu assez bien gérer la crise malgré le fait que les taux étaient déjà très bas. La politique monétaire a pu rester opérante parce que le taux nominal est resté inférieur à la croissance nominale. C'étaient des circonstances très particulières et au fil des trimestres qui viennent nous devrons assister à une normalisation", poursuit le gouverneur de la BNB, qui précise que "une des raisons pour lesquelles nous voulons retourner à une inflation de 2% est que cela crée de l'espace en termes de politique monétaire. En augmentant l'inflation, nous avons plus de marge pour diminuer les taux d'intérêt réels s'il le fallait".

"La phase de soutien est derrière nous"

Mais, souligne Pierre Wunsch, la politique qui a eu le plus d'impact pour soutenir l'économie a été la politique budgétaire. Si les gens ne pouvaient plus aller au restaurant, baisser les taux n'allait pas les faire revenir.

La crise a été bien gérée, dit-il, mais il était important que les mesures prises ne soient pas permanentes. Mais avec les mécanismes de chômage temporaire et de droit passerelle pour les indépendants, nous avons pu être assez ciblés. Nous n'en avons pas fait trop au niveau macroéconomique, et nous avons bien ciblé au niveau micro-économique". En chiffre, en 2021, les efforts des pouvoirs publics ont encore coûté 13,9 milliards d'euros l'an dernier: 3,9 milliards pour la gestion de la crise sanitaire en tant que telle, 5,2 milliards de soutien aux revenus des ménages et 4,8 milliards de soutien aux entreprises.

Mais très vite, et cela a surpris, cette reprise a buté sur des contraintes d'offres : tensions sur le marché du travail, goulets d'étranglement dans les chaînes d'approvisionnement, hausse des prix de certaines matières premières et de l'énergie, ... Le nombre de postes vacants sur le total des emplois est plus importants chez nous qu'ailleurs : la Belgique compte 4,7% de postes vacants (c'est même 5,2% en Flandre, 3,8% en Wallonie et 3,6% à Bruxelles), contre 2,4% au sein de l'Union européenne. Et par secteurs, les vacances d'emploi représentent 11,4% dans l'horeca, près de 9% dans le secteur informatique et 6,4% dans a construction... "Cette situation devrait faciliter la mise en place de réformes sur le marché du travail, et notamment en matières de recherche de travail, on peut être plus exigeant si l'on sait que des "jobs" sont disponibles, ajoute Pierre Wunsch.

"C'est le message le plus important de notre rapport : la phase de la crise où il fallait tout faire pour soutenir l'économie est derrière nous" affirme Pierre Wunsch. "Non seulement nous n'avons plus tellement besoin de soutenir la demande, mais dans un environnement où il y a des contraintes d'offre, en poursuivant le soutien, nous risquons d'ajouter de l'huile sur le feu de l'inflation, inflation qui semble moins temporaire que ce que l'on aurait pu croire" ajoute-t-il. "Mener des politiques de soutien de la demande aujourd'hui n'est donc pas une politique économique appropriée".

D'autant qu'au niveau budgétaire, il convient de profiter de la reprise pour se remettre à constituer des réserves.

Objectif 2,9%

"Au plus nous pouvons ancrer des engagements crédibles, au plus la politique (budgétaire) sera effective, estime encore Pierre Wunsch. Je ne plaide pas pour une réduction trop rapide des déficits, c'est difficile politiquement. Mais il est très important de se donner un cap clair pour rassurer les marchés et faire comprendre au niveau politique que l'on va devoir aller vers des déficits plus faibles".

En termes budgétaires si nous ne faisons rien, notre déficit va tendre vers 6% du PIB et notre dette continue de monter, rappelle-t-il. "Et comme la probabilité de connaître à nouveau une récession dans les dix ans qui viennent est élevée, si nous ne faisons rien et s'il faut ajouter encore 2 ou 3% de déficit pour contrer les effets de cette nouvelle crise, nous allons aller vers 8 ou 9% de déficit. Et à ce moment, le risque est important de ne plus avoir les choses sous contrôle".

Certes, au niveau européen le but officiel est de ramener la dette à 60% du PIB. Peu réaliste, pour Pierre Wunsch, qui rappelle qu'il faudrait alors ramener les déficits publics à zéro avant la fin de la décennie. "En toute franchise, je ne pense pas que cet objectif soit ni très réaliste, ni très souhaitable".

Reste alors l'objectif atteignable qui consiste à stabiliser la dette pour qu'elle soit d'environ 100% du PIB en 2043. "Dans ce scénario, nous devons diminuer le déficit à 2,9% en moyenne pour les vingt prochaines années", explique le patron de la BNB. Certains pourraient se dire qu'on y est presque puisque si l'on évacue l'impact budgétaire des mesures covid, le déficit budgétaire 2021 devrait tourner aux alentours de 3,2%. Mais attention, dit Pierre Wunsch, qui note sans effort, la dynamique de nos finances publiques fait en sorte que le déficit tend naturellement à gonfler et à aller vers 6% du PIB, en raison notamment de l'impact du vieillissement de la population. Et puis, l'économie connaîtra sûrement dans le futur de nouveaux chocs. Donc pour viser un déficit annuel moyen de 2,9% sur vingt ans, il faut ramener, dans les années fastes, ce déficit à un niveau clairement inférieur à 2,9%".

Autrement dit, il faut vraiment s'atteler aux réformes structurelles, message récurrent des gouverneurs successifs de la BNB depuis longtemps, rappelle Pierre Wunsch. Et on ajoutera que ce n'est pas trop le moment de promettre de nouveaux cadeaux budgétaires...

D'abord, les bonnes nouvelles. L'économie s'est étonnamment vite remise sur pied l'an dernier.87.000 emplois créésLa Belgique a connu une reprise très dynamique, plus forte qu'attendu, après une chute du PIB de 5,7% en 2020 (-6,5% dans la zone euro), un rebond de 6,1% en 2021 (contre 5,2% "seulement" dans la zone euro). Une reprise à la fois plus forte que lors de la grande crise financière, mais aussi plus forte que chez nos voisins. "Nous avons rattrapé, dès le troisième trimestre de l'an dernier, le niveau de PIB que la Belgique affichait juste avant la crise sanitaire", précise le gouverneur de la Banque nationale Pierre Wunsch. Et cette tonicité s'est traduite par des créations d'emplois : 68.000 salariés et 19.000 indépendants de plus en 2021, avec un nombre d'emplois de 3,6% plus important qu'avant la crise sanitaire. "C'est donc une prestation particulièrement bonne dans un environnement de stabilisation du PIB", note Pierre Wunsch, qui ajoute que cela signifie les entreprises sont relativement optimistes face à l'avenir et n'hésite pas à embaucher."Nous savons aussi que la crise a été asymétrique, avec des baisses d'activité très importantes dans certains secteurs, comme l'horeca. Mais à la fin 2021, la reprise est visible dans presque tous les secteurs", dit-il.Ces développements ont eu des effets sur les inégalités. Les jeunes, les femmes ont été davantage touchés, mais nous voyons aussi qu'une grande partie de ces inégalités causées par la crise a disparu à la fin 2021. "Seul point négatif, c'est la hausse du chômage de longue durée. C'est peut-être une question de temps pour que certains retrouvent leur place sur le marché du travail, mais cela peut aussi signifier que certains, qui ont perdu leur travail ne sont plus en état d'en retrouver un. Il faudra attendre avant de tirer une analyse", ajoute Pierre Wunsch.Retour monétaire à la normale Du côté de la politique monétaire menée par la BCE, Pierre Wunsch continue de plaider pour un progressif retour à la normale. "La crise a été bien gérée, et il y a e une forme de complémentarité entre la politique monétaire et la politique budgétaire, observe-t-il. Il n'y a pas eu de coordination explicite, mais quand l'économie va mal et que la BCE n'a pas atteint sin objectif d'inflation de 2%, la recommandation en termes de politique monétaire était évidente". La BCE a fait beaucoup, notamment via un programme spécial de rachat d'actifs de plus de 1.800 milliards d'euros. "Nous avons pu assez bien gérer la crise malgré le fait que les taux étaient déjà très bas. La politique monétaire a pu rester opérante parce que le taux nominal est resté inférieur à la croissance nominale. C'étaient des circonstances très particulières et au fil des trimestres qui viennent nous devrons assister à une normalisation", poursuit le gouverneur de la BNB, qui précise que "une des raisons pour lesquelles nous voulons retourner à une inflation de 2% est que cela crée de l'espace en termes de politique monétaire. En augmentant l'inflation, nous avons plus de marge pour diminuer les taux d'intérêt réels s'il le fallait". "La phase de soutien est derrière nous"Mais, souligne Pierre Wunsch, la politique qui a eu le plus d'impact pour soutenir l'économie a été la politique budgétaire. Si les gens ne pouvaient plus aller au restaurant, baisser les taux n'allait pas les faire revenir.La crise a été bien gérée, dit-il, mais il était important que les mesures prises ne soient pas permanentes. Mais avec les mécanismes de chômage temporaire et de droit passerelle pour les indépendants, nous avons pu être assez ciblés. Nous n'en avons pas fait trop au niveau macroéconomique, et nous avons bien ciblé au niveau micro-économique". En chiffre, en 2021, les efforts des pouvoirs publics ont encore coûté 13,9 milliards d'euros l'an dernier: 3,9 milliards pour la gestion de la crise sanitaire en tant que telle, 5,2 milliards de soutien aux revenus des ménages et 4,8 milliards de soutien aux entreprises.Mais très vite, et cela a surpris, cette reprise a buté sur des contraintes d'offres : tensions sur le marché du travail, goulets d'étranglement dans les chaînes d'approvisionnement, hausse des prix de certaines matières premières et de l'énergie, ... Le nombre de postes vacants sur le total des emplois est plus importants chez nous qu'ailleurs : la Belgique compte 4,7% de postes vacants (c'est même 5,2% en Flandre, 3,8% en Wallonie et 3,6% à Bruxelles), contre 2,4% au sein de l'Union européenne. Et par secteurs, les vacances d'emploi représentent 11,4% dans l'horeca, près de 9% dans le secteur informatique et 6,4% dans a construction... "Cette situation devrait faciliter la mise en place de réformes sur le marché du travail, et notamment en matières de recherche de travail, on peut être plus exigeant si l'on sait que des "jobs" sont disponibles, ajoute Pierre Wunsch. "C'est le message le plus important de notre rapport : la phase de la crise où il fallait tout faire pour soutenir l'économie est derrière nous" affirme Pierre Wunsch. "Non seulement nous n'avons plus tellement besoin de soutenir la demande, mais dans un environnement où il y a des contraintes d'offre, en poursuivant le soutien, nous risquons d'ajouter de l'huile sur le feu de l'inflation, inflation qui semble moins temporaire que ce que l'on aurait pu croire" ajoute-t-il. "Mener des politiques de soutien de la demande aujourd'hui n'est donc pas une politique économique appropriée".D'autant qu'au niveau budgétaire, il convient de profiter de la reprise pour se remettre à constituer des réserves.Objectif 2,9%"Au plus nous pouvons ancrer des engagements crédibles, au plus la politique (budgétaire) sera effective, estime encore Pierre Wunsch. Je ne plaide pas pour une réduction trop rapide des déficits, c'est difficile politiquement. Mais il est très important de se donner un cap clair pour rassurer les marchés et faire comprendre au niveau politique que l'on va devoir aller vers des déficits plus faibles". En termes budgétaires si nous ne faisons rien, notre déficit va tendre vers 6% du PIB et notre dette continue de monter, rappelle-t-il. "Et comme la probabilité de connaître à nouveau une récession dans les dix ans qui viennent est élevée, si nous ne faisons rien et s'il faut ajouter encore 2 ou 3% de déficit pour contrer les effets de cette nouvelle crise, nous allons aller vers 8 ou 9% de déficit. Et à ce moment, le risque est important de ne plus avoir les choses sous contrôle".Certes, au niveau européen le but officiel est de ramener la dette à 60% du PIB. Peu réaliste, pour Pierre Wunsch, qui rappelle qu'il faudrait alors ramener les déficits publics à zéro avant la fin de la décennie. "En toute franchise, je ne pense pas que cet objectif soit ni très réaliste, ni très souhaitable".Reste alors l'objectif atteignable qui consiste à stabiliser la dette pour qu'elle soit d'environ 100% du PIB en 2043. "Dans ce scénario, nous devons diminuer le déficit à 2,9% en moyenne pour les vingt prochaines années", explique le patron de la BNB. Certains pourraient se dire qu'on y est presque puisque si l'on évacue l'impact budgétaire des mesures covid, le déficit budgétaire 2021 devrait tourner aux alentours de 3,2%. Mais attention, dit Pierre Wunsch, qui note sans effort, la dynamique de nos finances publiques fait en sorte que le déficit tend naturellement à gonfler et à aller vers 6% du PIB, en raison notamment de l'impact du vieillissement de la population. Et puis, l'économie connaîtra sûrement dans le futur de nouveaux chocs. Donc pour viser un déficit annuel moyen de 2,9% sur vingt ans, il faut ramener, dans les années fastes, ce déficit à un niveau clairement inférieur à 2,9%".Autrement dit, il faut vraiment s'atteler aux réformes structurelles, message récurrent des gouverneurs successifs de la BNB depuis longtemps, rappelle Pierre Wunsch. Et on ajoutera que ce n'est pas trop le moment de promettre de nouveaux cadeaux budgétaires...