Marianne Collin, allure impeccable et esprit vif, a intégré depuis le 1er janvier dernier le comité de direction de Belfius. Au sein de cette équipe de sept personnes qui dirige la banque détenue à 100% par l'Etat belge, et dont fait partie l'actuel CEO Marc Raisière, elle occupe la fonction de chief risk officer (CRO). A ce poste, la trentenaire a pour mission de superviser et de gérer les risques auxquels est exposée la banque. Surtout, cette Namuroise, qui habite désormais Bruxelles, est l'une des rares femmes à occuper un poste en vue dans le monde financier en Belgique et la première à siéger au comité de direction de Belfius.

Un mentor nommé Luc Coene

A ce titre, et comme les autres hauts responsables du bancassureur au logo rouge et blanc, la CRO occupe au 33e étage de l'ancienne tour Rogier un bureau offrant une vue imprenable sur la capitale. Cette ascension dans les hautes sphères de Belfius, Marianne Collin ne la doit toutefois pas à un parcours de plusieurs années tout entier dédié à la même institution bancaire. Non, elle n'a rejoint Belfius que début 2017, il n'y a même pas trois ans, et cela en tant qu'adjointe de son prédécesseur, l'ancien chief risk officer de la banque, Eric Hermann.

Par contre, son début de carrière à la Banque nationale et ses années passées aux côtés de l'ancien gouverneur Luc Coene, décédé début janvier 2017, sont clairement à l'origine de son arrivée dans le top de la banque. " En fait, Luc a été un peu mon mentor, nous confie Marianne Collin, c'était quelqu'un de très intelligent et de très humain. Une très belle personne, avec de belles valeurs, qui faisait passer l'intérêt général avant tout. C'est lui qui m'a envoyée dans les cabinets ministériels, avant de revenir ensuite à la BNB et de passer chez Belfius. "

Cabinets ministériels

Nous sommes alors en 2008. Entrée quatre ans plus tôt au service des études de la BNB, où elle planche sur des questions de politique monétaire, cette économiste formée aux Facultés universitaires Notre-Dame de la Paix à Namur et à la KULeuven, a envie de changer d'air. C'est ainsi que Luc Coene, à l'époque vice-gouverneur de la BNB, lui propose de rejoindre le cabinet du Premier ministre de l'époque, un certain Guy Verhofstadt. A l'origine, la mission ne devait durer que trois mois. Mais de fil en aiguille, Marianne Collin se découvre une vraie passion pour la chose publique. " Cela été une très belle expérience au niveau personnel, dit-elle, j'ai vraiment eu le sentiment qu'en réfléchissant suffisamment à long terme, il était possible de changer la société. Travailler sur des modèles, etc., comme je le faisais à la Banque nationale, c'est quand même très loin de la réalité de tous les jours. En politique par contre, on peut essayer de vraiment changer le quotidien des gens. " C'est ainsi, qu'entre 2008 et 2011, la jeune femme se consacre pleinement durant trois ans à la coalition violette en tant que conseillère au sein de quatre cabinets ministériels Open Vld, travaillant successivement pour Guy Verhofstadt, Patrick Dewael, Karel De Gucht et Guy Vanhengel.

Nous pouvons vraiment jouer un rôle en tant que facilitateur de financement des investissements du futur, pour s'assurer que la Belgique investit vraiment dans l'avenir.

Le sauvetage de Dexia

Mais Luc Coene, encore lui, la rappelle ensuite pour l'épauler dans divers dossiers. Marianne Collin se voit ainsi ré-intégrer la BNB mais dans un autre service que celui des études, celui en charge de la stabilité financière du système bancaire belge. Un département où, d'emblée, l'attend le cas épineux du groupe bancaire franco-belge Dexia, pris dans la tourmente de la crise des dettes européennes et qui finalement éclatera à l'automne 2011 pour donner naissance à Belfius. " J'ai travaillé directement sur le démantèlement du groupe dans la mesure où j'étais responsable de la préparation des négociations avec les Etats et les banques centrales, le plan de résolution et les discussions avec la Commission européenne : cela m'occupait à 150% ! "

Suite à l'entrée en vigueur de la nouvelle loi de 2012 accordant de nouveaux pouvoirs à la BNB, Marianne Collin se voit ensuite confier des responsabilités sur le terrain du contrôle des banques et de la mise en place de mesures macro-prudentielles - corsets réglementaires imposés aux banques pour éviter de nouvelles crises : création d'un comité spécifique, monitoring de l'ensemble des risques du système financier, etc. Un job de supervision du secteur financier belge qui l'amène à se rendre régulièrement au siège de la Banque centrale européenne, à Francfort où l'une de ses interventions frappe... un certain Marc Raisière.

La passion de l'intérêt général

Il faudra deux années au CEO de Belfius pour convaincre la principale intéressée de rejoindre la banque. Mais finalement, fin 2016, elle décide de franchir le pas et passe de l'autre côté de la barrière. " En rejoignant Belfius, je suis en effet passée du statut de contrôleur à celui de contrôlée, et je suis sans doute aujourd'hui la personne au sein de la banque qui a aujourd'hui le plus de contact avec les régulateurs ", sourit-elle.

Ce qui lui plaît chez Belfius ? " Cette dimension liée à l'intérêt général et de l'économie belge que l'on retrouve à différents niveaux de la banque. Nous sommes actifs sur tous les segments de l'économie, évidemment dans le secteur public où se trouvent nos racines, et où je pense que nous pouvons vraiment jouer un rôle en tant que facilitateur de financement des investissements du futur, pour s'assurer que la Belgique investit vraiment dans l'avenir. Notre pays a besoin de projets d'infrastructure pour lesquels il est difficile de mettre tout le monde autour de la table. Les investissements publics aujourd'hui ne compensent pas l'amortissement du stock : les autoroutes, les écoles, etc. Il y a un besoin criant d'investissement net dans l'économie belge depuis de longues décennies. Cela se voit, cela se sent. Je pense que Belfius, avec d'autres partenaires publics mais aussi privés, peut faciliter ces investissements. A côté de cela, nous finançons les entreprises et les entrepreneurs belges en activant l'épargne de nos clients retail, nous luttons contre le blanchiment, etc. Bref, nous jouons un rôle sociétal important ", soutient-elle faisant allusion à la baseline de la nouvelle stratégie du groupe : Meaningful and inspiring for the Belgian society, together.

Du krach boursier aux cyberattaques

C'est donc avec cette idée de " contribuer ensemble à une société plus juste ", comme elle dit, que cette adepte des 20 km de Bruxelles cornaque aujourd'hui une équipe de 200 personnes chargées de veiller au respect des réglementations imposées aux banques ( compliance) et à la maîtrise des risques ( risk management) auxquels la banque publique est exposée. " Cela comprend non seulement la supervision des risques traditionnels liés à une remontée brutale des taux d'intérêt ou au contraire à une période de taux d'intérêt bas avec un ralentissement économique, mais aussi les dangers de krach boursier et les risques géopolitiques qui tendent à prendre de l'importance depuis quelques années et créent de nombreuses volatilités sur les marchés. De nouveaux risques émergent aussi, à savoir les risques non financiers. Sans oublier aussi le rôle énorme que jouent les banques dans la lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme, etc. Dans ce contexte, afin d'être plus efficace, il devient essentiel d'avoir plus de collaboration au sein du secteur et avec les autorités publiques, que ce soient les autorités de régulation - la BNB - ou les autorités fiscales et la CTIF ( la cellule qui traque l'argent sale, Ndlr). Et puis, dans le monde numérique d'aujourd'hui, les risques opérationnels comme les cyberattaques, la fraude, la sécurité des bâtiments et des employés, la protection des données, etc., sont des risques qui augmentent et qui in fine se traduisent par des risques de réputation. Une erreur, qui au départ peut être banale et qui fait partie de la vie d'une banque, peut aujourd'hui rapidement mettre à mal notre réputation. Or, Belfius attache énormément d'importance aux valeurs et à l'image qu'elle véhicule ", conclut la jeune banquière.