Dernière des quatre banques actives en Belgique à le faire, BNP Paribas Fortis a présenté vendredi passé ses résultats pour le premier semestre. Des résultats atypiques, compte tenu de l'impact de la crise sanitaire, mais néanmoins qualifiés de "robustes" par le CEO Max Jadot.
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Dernière des quatre banques actives en Belgique à le faire, BNP Paribas Fortis a présenté vendredi passé ses résultats pour le premier semestre. Des résultats atypiques, compte tenu de l'impact de la crise sanitaire, mais néanmoins qualifiés de "robustes" par le CEO Max Jadot. Malgré le coronavirus et la persistance de taux bas, la première banque du pays a en effet réussi à dégager entre début janvier et fin juin un bénéfice net, certes en recul de 23% par rapport au premier semestre 2019, mais largement positif et qui s'établit pour ce premier semestre à 804 millions d'euros. Sensible, la baisse s'explique en grande partie par le montant prévu pour faire face à la crise qui augmente la probabilité de faillites des débiteurs. BNP Paribas Fortis a ainsi mis de côté 360 millions pour absorber d'éventuelles pertes sur des crédits. C'est 144 millions de plus qu'au cours du premier semestre 2019 mais une bonne partie de cet argent mis de côté est liée à un dossier en particulier : la faillite de FNG (Brantano, Fred & Ginger, etc.). Un dossier pour lequel certains estiment l'exposition de BNP Paribas Fortis à 75 millions d'euros. Quoi qu'il en soit, la première banque du pays ne s'attend visiblement pas à ce que la crise débouche sur une vague de faillites. Le coussin de sécurité qu'elle a constitué pour couvrir les pertes est nettement moins important que celui de ses principales concurrentes. Avec un bénéfice divisé par cinq pour ce premier semestre (à 210 millions d'euros), KBC à ainsi provisionné près d'un milliard d'euros pour l'ensemble du groupe (y compris donc pour ses filiales en Europe de l'Est). Un peu moins de la moitié de cette somme est d'ailleurs réservée rien que pour la Belgique. Quant à Belfius (dont le bénéfice a chuté de 93 % à 21 millions d'euros) et ING Belgique (à peine 26 millions de résultat avant impôts), elles ont respectivement mis de côté 393 et 338 millions d'euros, ce qui n'est pas rien compte tenu de leur portefeuille de crédits aux entreprises qui est moins important que celui de BNP Paribas Fortis. Bien sûr, le pire n'est jamais certain. Ce n'est pas parce qu'une banque constitue des provisions qu'il y aura forcément matérialisation du risque sous-jacent, c'est-à-dire le non-remboursement d'un emprunt par une entreprise en difficulté. Constituer des provisions est un réflexe de prudence. Et faire des prévisions par les temps qui courent n'est pas évident. D'ailleurs, au-delà de ce coût du risque qui explose et qui rabote au passage les profits, les BNP Paribas Fortis et compagnie résistent plutôt bien à la crise au premier semestre, tant sur le plan opération- nel (IT, etc.) que sur le plan des fondamentaux (revenus, coûts, fonds propres). Il est tout de même frappant d'observer que derrière ces importantes provisions se cachent en fait des visions macroéconomiques très différentes. En clair, BNP Paribas Fortis se montre plus optimiste pour la reprise que ses concurrents. Même s'il reconnaît qu'il y a encore beaucoup d'incertitude quant à son impact réel, Max Jadot se dit convaincu de la forte résilience des entreprises belges et s'attend à "un retour à la situation pré-Covid pour le milieu de l'année 2022". Ce qui, selon lui, peut expliquer pourquoi d'autres banques sont plus conservatrices et provisionnent plus. A commencer par KBC et son patron Johan Thijs, estimant pour sa part qu'il n'y aura pas de retour à la normale avant 2023. Alors, qui a tort, qui a raison ? L'avenir le dira. Mais une chose est sûre : comme c'est souvent le cas en finance, le diable est une fois de plus dans les détails.