Malgré les restrictions imposées par la crise sanitaire, le flagship store de la banque digitale Aion sur l'avenue de la toison d'or rencontre un franc succès. Quelques entrepreneurs se renseignent sur le contenu du pack Business Max. "Il offre aux entreprises une série d'outils numériques qui les soulagent d'un tas de tâches administratives", explique Kim Van Esbroeck. "90 pour cent de nos clients sont des particuliers, et seulement 10 pour cent sont des entreprises et des indépendants. Nous voulons réduire cet écart avant le début de l'année prochaine."
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Malgré les restrictions imposées par la crise sanitaire, le flagship store de la banque digitale Aion sur l'avenue de la toison d'or rencontre un franc succès. Quelques entrepreneurs se renseignent sur le contenu du pack Business Max. "Il offre aux entreprises une série d'outils numériques qui les soulagent d'un tas de tâches administratives", explique Kim Van Esbroeck. "90 pour cent de nos clients sont des particuliers, et seulement 10 pour cent sont des entreprises et des indépendants. Nous voulons réduire cet écart avant le début de l'année prochaine."La Malinoise de 42 ans est bien connue dans le secteur financier, principalement pour ses années à la tête de Bancontact. Aujourd'hui, elle dirige Aion. Cette banque digitale est un projet du géant américain de l'investissement Warburg Pincus, qui a repris les activités belges de la Banca Monte dei Paschi en 2019. Le business model a été entièrement revu et l'ancienne banque italienne a pris un tout nouveau départ sous le nom de Aion au début de cette année. Ici, les clients reçoivent un service à la Netflix. Un abonnement premium à 19 euros par mois (39 euros pour les entreprises) leur donne accès à une vaste gamme de services financiers, tous frais inclus. Pendant ce temps, Davy Kestens est occupé près de la machine à café. L'entrepreneur limbourgeois (32 ans) s'est fait connaitre en Belgique en partant à la conquête de la Silicon Valley à 23 ans et en y fondant la plateforme Sparkcentral. Deux ans plus tard, il vendait son entreprise et rentrait en Belgique. Mais son âme d'entrepreneur ne voulait pas s'arrêter en si bon chemin. Davy Kestens fonde alors Cake, une application bancaire qui permet à ses utilisateurs de centraliser leurs comptes en banques et d'avoir une vue d'ensemble de leurs revenus et de leurs dépenses. Son objectif est d'améliorer le bien-être financier des clients. Depuis peu, les comptes Aion peuvent être associés à Cake, ce qui offre aux nouveaux clients Aion un chèque de bienvenue de 25 euros. "Ainsi, nous nous soutenons en tant que nouveaux acteurs sur le marché", explique Kim Van Esbroeck. Aion et Cake se sont associés. Les deux entreprises partagent-elles la même philosophie ? KIM VAN ESBROECK. "Aion veut rendre rentable l'argent de ses clients. (rires) Les gens n'ont pas l'habitude qu'une banque les aide à gagner de l'argent."DAVY KESTENS. "C'est la même chose pour Cake. Nous voulons que les opérations bancaires de nos clients ne leur coûtent rien et leur rapportent juste de l'argent. La différence avec Aion, c'est que nous ne sommes pas une banque. Cake est une entreprise qui gère des données, avec une application qui permet de centraliser tous les comptes en banque. De cette manière, les clients ont un aperçu de toutes leurs dépenses. En outre, nous commercialisons leurs données rendues anonymes et agrégées. Nous partageons ensuite les revenus que nous en tirons avec les clients. Puisque les données valent aujourd'hui de l'or, pourquoi les clients ne pourraient-ils pas en profiter ?" KIM VAN ESBROECK. "Nous partons tous les deux de la même philosophie : le client passe en premier. La plupart des gens savent combien leur coûte leur compte à vue, mais ils n'ont pas conscience de l'ampleur des nombreux frais cachés."Quels sont ces frais cachés ? KIM VAN ESBROECK. "Les frais en cas de retrait d'argent à l'étranger, de conversion en devise étrangère, d'achat et de gestion d'un fonds d'investissement. Il y en a trop pour tous les citer. Les banques rationnelles vivent de ces coûts cachés. Leur business model repose dessus. Nous inversons cette tendance. Chez Aion, vous savez à l'avance tout ce que vous paierez. Pour ce prix, vous recevez une vaste gamme de services financiers, et vous n'aurez pas à dépenser un cent de plus. C'est une tout autre manière de gérer son argent."Comment convainquez-vous les gens qu'ils seraient mieux chez Aion ? KIM VAN ESBROECK. "Nous devons d'abord nous assurer qu'ils savent combien leur banque classique leur coûte, et ça, ça ne plaît évidemment pas aux banques. Si cela fonctionne, ils comprennent que notre offre à 19 euros par mois est plutôt bon marché. Nos services comprennent un compte-épargne avec un taux d'intérêt de 1 pour cent (0,1 % de taux de base et 0,9 % de prime de fidélité, NDLR). C'est beaucoup plus que ce qui est disponible sur le marché belge. Mais Aion recherche également le tarif le plus bas pour votre énergie, votre téléphone portable ou votre assurance automobile. Notre atout est la transparence, nous sommes allergiques aux commissions. Si une commission est obligatoire, nous transférons l'argent au client. Nous garantissons à nos clients qu'ils gagneront plus d'argent qu'ils n'en paient pour leur abonnement premium. Sinon, nous leur remboursons la différence." Cake a déjà reversé 100 000 euros à ses utilisateurs. D'où vient cet argent ? DAVY KESTENS. "Environ la moitié provient des accords commerciaux que nous concluons avec des entreprises. Via notre application, elles peuvent proposer des réductions de cashback à nos clients en fonction de leur historique de transactions. L'autre moitié provient de la vente de rapports basés sur les données de nos clients. Ceux-ci sont prêts à laisser leurs données anonymement s'ils peuvent y gagner quelque chose. En moyenne, chaque utilisateur de l'application Cake a déjà reçu plus de 10 euros. Au total, l'application compte 31 000 utilisateurs. Chaque jour, 200 de plus nous rejoignent." Ont-ils un problème avec l'abandon de leurs données privées ? DAVY KESTENS. "Si cela posait problème, Facebook n'existerait plus depuis longtemps. La transparence est une de nos valeurs centrales, comme chez Aion. Nous expliquons clairement à quoi nous servent les données et nous donnons à nos clients le contrôle de leurs données. En outre, nous protégeons la vie privée. Les partenaires de Cake n'ont pas accès aux détails des transactions individuelles. Il existe un grand malentendu à ce sujet. Pour les entreprises, les données groupées valent plus que les données individuelles."KIM VAN ESBROECK. "Les données groupées nous montrent les tendances, ce qui n'est pas le cas des données individuelles."Les banques traditionnelles aussi exploitent toujours plus les données de leurs clients. Pourquoi Cake fait-elle la différence ? DAVY KESTENS. "Chez nous, les utilisateurs y gagnent. Les banques classiques utilisent les données principalement pour vendre encore plus de produits à leurs clients et engendrer encore plus de bénéfices. Cake est neutre. Vous gagnez de l'argent, peu importe la banque où vous avez ouvert votre compte. De plus, l'argent est automatiquement versé sur votre compte. Vous n'avez rien à enregistrer ou à activer. Nous voulons que nos clients profitent de la meilleure expérience possible."KIM VAN ESBROECK. "Les banques classiques ont tendance à mettre en avant le plus possible leurs propres produits. Aion passe au crible les offres de comptes-épargne de 26 banques et offre à ses clients la possibilité de choisir la meilleure option. Nous cherchons ce qu'il y a de meilleur sur le marché pour nos clients."Dans quelle mesure avez-vous l'ambition de transformer le secteur financier ?DAVY KESTENS. "Cake n'est pas une banque. Nous présentons un nouveau business model, qui tourne autour de l'expérience des consommateurs, dans un secteur qui existe depuis des siècles. Le succès de notre application prouve qu'il y a encore beaucoup de valeur à créer dans le secteur bancaire. Je pense que nous allons réveiller certains acteurs. La plupart des banques commencent doucement à se rendre compte qu'elles doivent offrir plus que des produits financiers."KIM VAN ESBROECK. "Ces dernières années, les banques traditionnelles se sont contentées de se reposer sur leurs lauriers. Nous bouleversons les codes et cela ne peut que redynamiser le secteur. Une concurrence accrue est bénéfique pour les clients."Les banques classiques ont-elles déjà mis des choses en place ? Leurs applications mobiles sont excellentes, selon différentes études. KIM VAN ESBROECK. "Deux tiers des Belges pensent que leur banque ne fait pas assez pour leur argent ou qu'elle ne met pas assez de services à leur disposition. Ce n'est pas parce que votre application est sympa que vos clients sont satisfaits. Les clients attendent principalement de la transparence, des prix honnêtes et une bonne gestion de leurs données."DAVY KESTENS. "L'objectif n'est pas de proposer une application avec le plus de fonctionnalités possible. Acheter un ticket de bus avec via l'application d'une banque ? Je n'en suis pas convaincu. Le budget qu'une banque consacre aux droits du football pourrait plutôt être utilisé pour soutenir financièrement les clients. Une partie de la population belge est active et a donc un revenu, mais flirte toujours avec le seuil de pauvreté. Ces personnes pourraient épargner sur leurs dépenses, mais elles ne savent pas comment. C'est là qu'une banque pourrait entrer en jeu. Ce rôle social incombe aux banquiers."À quoi ressemblera le secteur financier d'ici quelques années ? KIM VAN ESBROECK. "Je m'attends à un grand changement dans les mentalités. Les banques doivent comprendre qu'elles ne sont pas le centre du monde, ce sont les clients. Le modèle traditionnel de "je suis la banque, j'ai des bureaux, les clients doivent venir vers moi s'ils veulent utiliser mes services" est dépassé. Le franc succès de bol.com et Zalando est dû au fait qu'ils accompagnent leurs clients jusque dans leur salon. DAVY KESTENS. "Notre point de départ est tout simplement à l'opposé de celui des banques. Nous voulons avoir l'impact le plus positif possible, mais nous n'avons pas l'ambition de remplacer les banques. Personne ne perdra si nous gagnons."Traduction de Sophie Brasseur