Dans un premier temps, cela concernera uniquement les personnes les plus riches car la mesure prise par la banque privée Puilaetco Dewaay vise ses clients qui ont au moins 5 millions d'euros sous forme liquide. Vous me direz que cela ne concerne pas tout le monde, mais comme vous le savez aussi, c'est le début, et après, comme toujours, les moins fortunés seront aussi concernés. D'ailleurs, les épargnants plus modestes, qui ont choisi de faire fructifier leur épargne via la banque on line Degiro, verront leurs dépôts de plus de 2.500 euros être taxés aussi à partir du 15 novembre ! Or, pour avoir 2.500 euros sur son compte, il ne faut pas être très riche non plus.

Soyons clairs, il s'agit là du début d'un mouvement. En Suisse, au Danemark et dans une centaine de banques en Allemagne, les dépôts des épargnants sont déjà taxés. Nous sommes donc arrivés dans un monde paradoxal puisque l'épargne, fruit de notre labeur, est aujourd'hui taxée ou le sera bientôt. Ne l'oublions que l'épargnant moyen n'est pas très gâté aujourd'hui s'il veut laisser dormir ses économies sur un livret d'épargne, il recevra au maximum 0,11% s'il ne touche pas à son argent pendant un an. Or 0,11%, c'est une misère, et comme je le répète, si vous enlevez l'inflation et les frais bancaires, l'épargnant moyen est aussi en taux négatif.

Question : pourquoi une banque privée (les autres vont suivre ne vous faites aucune illusion) fait-elle payer ses clients les plus riches lorsqu'ils laissent leur épargne sous forme de cash ? Simplement parce que la banque elle-même est taxée sur ses excédents de cash. Les banques belges déposent leur surplus en cash chaque soir auprès de la banque centrale européenne (BCE). Or, cette banque centrale leur impose depuis le 12 septembre dernier une pénalité de 0,50% sur ces excédents de cash. En d'autres mots, nos banques sont taxées de 0,50% sur leurs excédents de liquidités et elles veulent évidemment répercuter cette taxe sur leurs clients. Il faut dire qu'en 2018, cette pénalité a coûté 400 millions d'euros aux banques belges...

Jusqu'à présent, ces banques n'osaient pas franchir le pas et répercutaient cette taxe de 0,50% sur les grandes entreprises qui ont des comptes avec d'immenses sommes en cash. Le tabou étant les particuliers, les banques avaient peur de la réaction de leurs clients. Une banque privée vient de briser ce tabou uniquement pour des clients fortunés, mais les autres banques vont suivre, et sans doute pour des montants bien moindres... En fait, le discours des prochains mois sera simple, ou nous acceptons de nous faire taxer sur notre épargne ou nous acceptons de ne pas l'être mais alors la banque nous demandera de placer nos économies en actions. En résumé, nous serons taxés si nous cherchons la sécurité (livrets) et nous ne serons pas taxés si nous prenons un risque (actions). C'est le résultat de la politique monétaire de la BCE...