Sur Wall Street, mars 2020 a été baptisé " le mois le plus fou " de la longue histoire du Dow Jones. Ce n'était pas " le pire ", la chute de 14% étant bien inférieure à celle de septembre 1931 (-31%) mais la volatilité a crevé tous les plafonds. En additionnant les variations quotidiennes, on obtient un total de 117% pour 22 séances, c'est-à-dire plus de 5% en moyenne. Dans sa configuration, c'est pourtant un scénario assez classique, les meilleures séances suivant souvent les pires. Ce qui fait dire à Wim D'Haese, stratégiste chez Deutsche Bank, qu'il ne faut " pas essayer de prédire l'évolution des marchés et rester investi " en permanence.
...

Sur Wall Street, mars 2020 a été baptisé " le mois le plus fou " de la longue histoire du Dow Jones. Ce n'était pas " le pire ", la chute de 14% étant bien inférieure à celle de septembre 1931 (-31%) mais la volatilité a crevé tous les plafonds. En additionnant les variations quotidiennes, on obtient un total de 117% pour 22 séances, c'est-à-dire plus de 5% en moyenne. Dans sa configuration, c'est pourtant un scénario assez classique, les meilleures séances suivant souvent les pires. Ce qui fait dire à Wim D'Haese, stratégiste chez Deutsche Bank, qu'il ne faut " pas essayer de prédire l'évolution des marchés et rester investi " en permanence. Le redressement s'est confirmé par la suite alors que les banques centrales se sont engagées à racheter massivement des titres. L'agence de notation Fitch cite le chiffre d'au moins 6.000 milliards en 2020. Et la banque Morgan Stanley estime que les cinq principales banques centrales mondiales auront gonflé leur bilan de 13.000 milliards de dollars d'ici la fin de l'année prochaine. Ces interventions dépassent tout ce que l'on a connu lors de la crise financière de 2008, tant en volume qu'au niveau des conditions. La Réserve fédérale américaine (Fed) a inclus dans ses programmes de rachat les obligations dites " pourries ", c'est-à-dire avec une note financière spéculative. Quant à la Banque centrale européenne (BCE), elle a renforcé ses rachats d'obligations d'entreprises et rompu avec son principe de proportionnalité entre Etats. Comme au cours des 12 dernières années, les rachats des banques centrales ont fait pression sur les taux. Que cela soit aux Etats-Unis ou en Europe, le loyer de l'argent est au plus bas. D'autant plus après la réunion de la Fed de juin. Les argentiers américains y " ont laissé entendre qu'ils ne relèveraient pas les taux avant fin 2022, rappelle Nadège Dufossé, stratégiste chez Candriam. La BCE appliquera probablement une politique assez similaire ". Pourtant, " les nombreuses mesures budgétaires des gouvernements ont intrinsèquement un effet inflationniste, épingle Vincent Juvyns, stratégiste chez JP Morgan AM. Mais les banques centrales n'ont d'autres choix que de maintenir les taux bas pour soulager la charge de la dette pour les Etats ainsi que de nombreux ménages et entreprises. Ce qu'elles ont déjà fait par le passé, notamment après la Seconde Guerre mondiale. " Sur les marchés des taux, c'est donc plus que jamais " plus bas plus longtemps ". Pourtant, selon les spécialistes, le marché des obligations offre encore des opportunités. " Les rachats d'obligations d'entreprises par la BCE vont soutenir les cours ", explique Nadège Dufossé. Face au risque de multiplication des faillites et de défauts de paiement, " nous privilégions les obligations de type investment grade ", précise-t-elle. C'est-à-dire avec une note financière d'au moins BBB. Vincent Juvyns croit pour sa part fermement dans le potentiel des obligations chinoises. " Les investisseurs étrangers sont encore peu exposés au marché obligataire chinois, le deuxième plus important au monde, derrière les Etats-Unis et devant l'Europe. L'ouverture de ce marché offre des opportunités. Le rendement de 3% à 4% est supérieur aux taux obtenus sur les marchés occidentaux, tout comme la note de solvabilité moyenne. De plus, le renminbi devrait continuer à s'apprécier de 2% par an en moyenne par rapport au dollar alors que la Chine poursuit son développement et devrait devenir la première économie mondiale d'ici 10-15 ans. " Pour investir sur ces marchés spécifiques, les fonds sont tout indiqués. Fondamentalement, le marché obligataire offre toutefois peu d'opportunités et des rendements assez médiocres, à l'image des produits d'épargne. Il n'est donc pas surprenant que les épargnants se soient rués sur les actions, même en pleine panique boursière ( lire l'encadré " Un cygne noir positif pour les Bourses "). Les investisseurs particuliers se sont même d'ailleurs montrés plus confiants dans le rebond des Bourses que les professionnels, comme le confesse Vincent Juvyns. " On fait partie de ceux qui ont été prudents pendant le rebond, explique-t-il. Aujourd'hui, il est juste de considérer que les risques sont balancés. Il y a des raisons d'être optimiste. L'économie redémarre avec le déconfinement et il semble que le risque de nouveau confinement total soit assez limité. Les prévisions bénéficiaires sont désormais bien plus réalistes. Mais il demeure aussi de nombreux sujets de friction et d'inquiétude, à commencer par le coût de la récession et les dommages collatéraux. Par exemple, la Banque de France ne prévoit de retrouver le niveau d'activité de 2019 qu'à la mi-2022. Le Brexit continue aussi de menacer les marchés, tout comme les élections de novembre aux Etats-Unis ou les tensions commerciales sino-américaines. " Pour Nadège Dufossé, " la volatilité devrait rester présente car en cas de deuxième vague de l'épidémie, la consommation et l'économie redémarreraient moins vite que prévu. On a pu voir, depuis le début de l'épidémie, que les marchés réagissent très rapidement aux indicateurs à haute fréquence permettant de suivre quasiment en temps réel l'évolution de l'activité, comme les tendances de mobilité publiées par Apple. " La stratégiste de Candriam estime également que les " marchés ont fait preuve de discernement. Lorsque l'on valorise des actions, c'est sur la base des résultats attendus au cours des 15-20 prochaines années. Même si l'économie met deux ou trois ans à s'en remettre, il est logique d'assister à une certaine normalisation des valorisations. " " En Bourse, tout ce qu'on perd cette année renforce ce qu'on peut attendre dans le futur ", résume Vincent Juvyns. Le stratégiste de JP Morgan AM estime ainsi que " pour l'investisseur de long terme prêt à accepter une certaine volatilité, avoir au moins 50% d'actions en portefeuille est tout à fait cohérent dans un contexte de taux bas ". Globalement, le message est de profiter des corrections temporaires. Reste à savoir sur quelles actions se positionner. Deux grandes écoles s'affrontent. D'un côté, les partisans des actions value recommandent les actions cycliques, maintenant que l'économie se reprend. On peut même quasiment parler de reprise en V pour les indicateurs d'activité PMI (enquêtes auprès des directeurs d'achat). De l'autre, les valeurs de croissance continuent de recevoir les faveurs de la majorité des investisseurs, dont Nadège Dufossé. " Les entreprises technologiques ont globalement bien résisté à la crise ", assure-t-elle. Contrairement aux années 1990, " les valorisations des entreprises technologiques reposent désormais sur du concret ", poursuit Vincent Juvyns. Dans le détail, la stratégiste de Candriam épingle plusieurs thèmes comme les nouvelles technologies et la robotique, les biotechnologies et le climat. Même si les perspectives globales sont porteuses, il est indispensable de rester critique à l'égard de chaque investissement. Comme le déclarait Warren Buffett, en Bourse, " la première règle est ne pas perdre d'argent et la deuxième, ne pas oublier la première ". L'exemple de Wirecard a démontré que les fraudes étaient toujours possibles en 2020. Début juin, l'entreprise allemande était encore un fleuron de la fintech européenne et un membre prometteur du prestigieux indice Dax. Fin juin, elle déposait le bilan. La chute de l'entreprise et de l'action s'est accélérée quand Ernst & Young, auditeur depuis 2007, a refusé de certifier les comptes 2019. Près de 2 milliards d'euros détenus sur des comptes séquestres n'existaient tout simplement pas. Une telle fraude semble imprévisible et pourtant les signes avant-coureurs ne manquaient pas. Wirecard a mandaté KPMG pour un audit indépendant en octobre dernier après une série d'articles du Financial Times commencée en 2015 avec le titre évocateur de House of Wirecard. Chez nous, le Wall Street Journal avait également alerté sur les comptes de Lernout & Hauspie en 2000 avant qu'éclate le scandale. Il convient donc de demeurer vigilant, y compris aux fausses accusations, et de se montrer attentif au modèle d'affaires. Vincent Juvyns prend le cas d'Amazon, " dont les perspectives reposent sur du concret et le développement de l'e-commerce ainsi que du cloud computing ". Pour limiter le risque, vous pouvez aussi opter pour les fonds dont la plus grande diversification permet d'atténuer l'impact de toute désillusion. Par exemple, les fonds d'investissement " croissance " de notre tableau ci-contre. Si la valorisation des actions de croissance n'inquiète guère Nadège Dufossé, cette dernière reconnaît que " les actions plus cycliques présentent une décote et sont bon marché. Il faut toutefois se montrer assez opportuniste pour en profiter. Une entreprise n'est pas l'autre, surtout en cette période chahutée où certaines activités auront plus de mal à redémarrer ". La stratégiste de Candriam apprécie tout particulièrement le secteur financier européen. " Les niveaux de valorisation sont aussi faibles qu'en 2009 alors que les fondamentaux sont meilleurs. On observe notamment une bonne coordination entre la BCE et les gouvernements. La BCE fait en sorte que les taux des pays périphériques ne s'envolent pas. On a été positivement surpris par la proposition de plan de relance de la Commission européenne prévoyant un mécanisme de solidarité. Les réactions vont donc dans le bon sens, diminuant le risque sur l'Europe et sur le secteur financier. " Vincent Juvyns privilégie pour sa part les banques américaines " qui ont été massacrées et présentent des valorisations extrêmement attractives alors qu'on ne vit pas une crise bancaire ". Parmi les autres secteurs, le stratégiste de JP Morgan AM apprécie également les soins de santé. " Le secteur résiste bien à la crise et présente une valorisation inférieure à sa moyenne historique, précise-t-il. Structurellement, il bénéficie du vieillissement de la population. Au niveau régional, nous apprécions l'Asie en général et la Chine en particulier. Les Bourses chinoises sont assez bon marché avec un net retour à la croissance des bénéfices attendu dès 2021. Elles vont aussi profiter de leur intégration progressive dans les indices boursiers mondiaux de référence comme le MSCI ACWI (tous pays). " Du côté de Candriam, " on s'était aussi positionné sur le secteur automobile en mai mais on a rapidement revendu avec un profit de 30% en trois semaines ", précise Nadège Dufossé. Il convient donc de demeurer agile même si un certain vent d'optimisme souffle sur le secteur. En Chine, les ventes ont rebondi en avril-mai après quasiment deux ans de baisse ininterrompue, la voiture étant notamment davantage plébiscitée face au risque sanitaire. Les sociétés immobilières réglementées (SIR en Belgique, REIT à l'international) se sont clairement illustrées après la crise de 2008 grâce notamment aux taux très bas. Malgré la pandémie de coronavirus qui a pesé sur le secteur, les spécialistes de BNP Paribas Fortis demeurent confiants. " L'endettement des sociétés immobilières est beaucoup plus faible que pendant la grande crise financière, la majorité ont un taux d'endettement inférieur à 50% ( limite légale de 65% pour les SIR belges, Ndlr), assurent-ils. Durant la crise sanitaire, on a demandé aux sociétés immobilières d'être indulgentes envers les locataires affaiblis. Cela pèse à court terme, mais devrait permettre de réduire les faillites et sera donc profitable à long terme. La valorisation du secteur est historiquement bon marché, certains titres s'échangeant même sous la valeur intrinsèque de leur portefeuille de biens. Les sociétés immobilières continuent de verser des dividendes, comme le prévoit le statut réglementé, le rendement moyen étant de 3,5 % pour les SIR belges. Dans l'ensemble, nous tablons en moyenne sur un rendement annuel de 8% (4% d'appréciation du cours et 4% de dividende) à long terme pour les sociétés immobilières. " La crise du coronavirus a toutefois accéléré des tendances qui pourraient causer de grandes disparités entre segments de marchés. " L'immobilier commercial a été le plus durement impacté par la crise alors qu'il était déjà le plus touché, précisent les spécialistes de BNP Paribas Fortis. L'immobilier logistique profite par contre du développement du commerce électronique et de la nécessité de construire des centres régionaux dans un contexte de démondialisation. L'urbanisation et le besoin de logements locatifs abordables et respectueux de l'énergie sont positifs pour le segment de l'immobilier résidentiel. " Du côté des SIR belges, Aedifica (maison de repos), Cofinimmo (maison de repos et bureaux), WDP (entrepôts), Intervest Offices (entrepôts et bureaux) ou Xior (kots d'étudiants) ont toujours les faveurs des analystes. Rappelons que si vous achetez des titres de sociétés immobilières étrangères, vous subirez un double précompte sur le dividende. L'option d'un fonds est donc à envisager. BNP Paribas Fortis propose le fonds BNPPAM Equity Europe S-fund Real Estate Opportunity, géré suivant des critères de durabilité et surpondérant stratégiquement l'immobilier résidentiel aux dépens du commercial. Du côté des ETF, le SPDR Dow Jones Global Real Estate UCITS (Bourse de Francfort en euros ; frais annuels de 0,4% ; SPY2 ; IE00BH4GR342) investit dans les sociétés immobilières mondiales de façon diversifiée. Sa principale position est Prologis (7,03% du portefeuille), le géant américain des entrepôts qui s'attend à profiter d'une demande accrue avec la hausse des stocks des entreprises après le coronavirus. A l'inverse, certains secteurs auront beaucoup plus de mal à se remettre de la crise. Vincent Juvyns prend notamment le cas des compagnies aériennes " dont l'activité ne pourra vraisemblablement pas se normaliser avant 2022 au mieux ". Par ricochet, cela concerne aussi la construction aéronautique. Le secteur des loisirs en général (parcs d'attractions, restaurants, croisières, etc.) en général est particulièrement exposé aux mesures de distanciation sociale plus durables. Enfin, les défauts de paiement se multiplient parmi les sociétés pétrolières alors que le redressement du prix du baril est freiné par les très importants stocks constitués durant le confinement.