Dix ans plus tard, nous ne dirons pas que rien n'a été fait. On a clairement renforcé le matelas de fonds propres des banques. Et plus spécialement dans la zone euro, on a commencé à mettre en place une union bancaire. La Banque centrale européenne s'est vu attribuer le rôle de contrôleur en chef, et un schéma de résolution des banques en difficultés a été instauré. Un mécanisme européen de garantie des dépôts attend cependant toujours de voir le jour.
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Dix ans plus tard, nous ne dirons pas que rien n'a été fait. On a clairement renforcé le matelas de fonds propres des banques. Et plus spécialement dans la zone euro, on a commencé à mettre en place une union bancaire. La Banque centrale européenne s'est vu attribuer le rôle de contrôleur en chef, et un schéma de résolution des banques en difficultés a été instauré. Un mécanisme européen de garantie des dépôts attend cependant toujours de voir le jour. Mais le chantier en friche qui suscite l'inquiétude générale est celui du shadow banking, la finance de l'ombre. Une clarification tout d'abord. Les acteurs financiers qui ne sont pas des banques pèsent, selon les chiffres publiés voici quelques semaines par la Banque des règlements internationaux, 160.000 milliards de dollars, soit presqu'autant que les actifs des banques. Cette grande famille non bancaire est hétéroclite. On y retrouve les compagnies d'assurances, les fonds de pension, les maisons de clearing, certaines banques d'affaires, les sicav, les hedge funds, etc. Si l'on s'en tient à une définition plus stricte, les acteurs du shadow banking, qui sont en grande partie les sociétés de capital-risque, les fonds d'investissement, les organismes de placement collectif et les hedge funds, ne représentent " que " 45.000 milliards de dollars d'actifs, ce qui n'est pas rien. Et cette finance de l'ombre ne cesse de grandir. Certes, sa partie toxique - les véhicules détenant par exemple des titres adossés à des créances pas toujours de bonne qualité - et qui avait été le déclencheur de la crise de 2008, est en nette diminution. Mais le côté " non toxique ", représenté surtout par les fonds d'investissement et les organismes de placement collectif (comme les sicav), qui a triplé en 10 ans (il est passé de 13.300 à 32.300 milliards de dollars) n'est pas exempt de dangers pour autant. Ces véhicules portent en effet des risques similaires à ceux des banques. Ils sont soumis au même danger de run (ventes paniques) et de panne de liquidités ou de risques de contrepartie. Que se passerait-il en effet si, pris de panique, les investisseurs voudraient vendre en masse les parts d'un fonds ? Le fonds, pour rembourser, devrait vendre une grande partie de ses titres. Mais quid s'il n'y parvient pas parce que, comme en 2008, les marchés se ferment ? Ce risque de liquidité est évoqué notamment pour les ETF, les fonds indiciels, qui pèsent aujourd'hui plus de 4.000 milliards de dollars. Des ETF qui présentent aussi des menaces d'un autre ordre : par leurs seuls poids et par leur construction, ils risquent d'exagérer la volatilité sur les indices dont ils se nourrissent et d'aggraver les turbulences de marché. Et puis, à la recherche de rendement dans un monde qui n'en propose plus, ces acteurs ont tendance à être moins regardants sur les protections classiquement demandées aux emprunteurs. On songe notamment, dans le marché des fusions et acquisitions, aux LBO ( leveraged buy out), les financements du rachat d'une entreprise garanti par les actifs même de l'entreprise cible. Rien qu'aux Etats-Unis, les leveraged loans ont bondi de 50 % en 2017 pour totaliser désormais 1.300 milliards de dollars, presque deux fois plus qu'en 2007. Comme toujours, lorsqu'une vague réglementaire surgit après une crise, des excès réapparaissent là où les garde-fous réglementaires n'ont pas été posés. C'est aujourd'hui clairement du côté de la " finance de l'ombre ". Les régulateurs mondiaux n'en sont cependant encore qu'au stade préliminaire de la cartographie de cet univers nébuleux. Si l'on veut éviter une autre sortie de route majeure, il est temps de s'atteler là aussi à poser de solides balises. Avant la prochaine crise.