En mai, la police d'Anvers et Febelfin, l'organisation faîtière du secteur bancaire belge, organisent un événement afin d'avertir le public sur le rôle des "mules" financières, ces personnes engagées par des associations de malfaiteurs afin de blanchir de l'argent. "Ce phénomène s'est extrêmement développé en deux ans. Il nous vient des Pays-Bas, où il est devenu une sous-culture", explique Stijn De Ridder, commissaire de police à Anvers. "Dans notre zone de police, il y a déjà des centaines de cas chaque année, mais le problème est difficile à chiffrer."
...

En mai, la police d'Anvers et Febelfin, l'organisation faîtière du secteur bancaire belge, organisent un événement afin d'avertir le public sur le rôle des "mules" financières, ces personnes engagées par des associations de malfaiteurs afin de blanchir de l'argent. "Ce phénomène s'est extrêmement développé en deux ans. Il nous vient des Pays-Bas, où il est devenu une sous-culture", explique Stijn De Ridder, commissaire de police à Anvers. "Dans notre zone de police, il y a déjà des centaines de cas chaque année, mais le problème est difficile à chiffrer." En pratique, le fonctionnement suit toujours le même schéma : les fraudeurs tendent un piège en ligne à leurs victimes, via un logiciel malveillant ou en leur envoyant des messages pour les convaincre de verser de l'argent sur un compte, en vue d'un investissement lucratif. Le compte, sur lequel atterrit l'argent de la victime de cette manoeuvre de phishing, appartient à la "mule". Les fraudeurs y ont accès en échange d'un pourcentage promis. L'argent est retiré le plus rapidement possible et utilisé pour acheter, par exemple, des produits de luxe. Le smartphone avec lequel les messages frauduleux ont été envoyés appartient souvent à une personne qui n'a pratiquement aucun lien avec les criminels.De Ridder souligne que les "mules" ne sont qu'une petite partie d'un problème beaucoup plus vaste, mais il ne le minimise pas : "Même ceux qui se laissent simplement engager comme intermédiaires sont coupables de blanchiment d'argent et peuvent être poursuivis. La sensibilisation, par l'éducation et les médias, peut certainement jouer un rôle important à cet égard. Mais nous ne devons pas nous voiler la face par rapport au rôle limité de ces personnes. En fait, nous devrions surtout considérer la situation dans son ensemble : une deuxième société se développe en ligne. La facilité avec laquelle les organisations criminelles plient ce monde numérique à leur volonté devrait nous inquiéter. En tant que société, mais aussi en tant que système judiciaire et policier, nous ne sommes pas suffisamment préparés à cela.Lorsqu'une victime de phishing le signale, les mules - ou leurs parents - sont souvent les seuls à en faire les frais et payer les pots cassés. "Les données des mules sont souvent la seule trace que nous ayons. Les membres du gang se mettent à l'abri en faisant appel à des personnes influençables ou vulnérables. Les candidats au rôle de "mules" sont activement recrutés, par exemple à la sortie des écoles, mais surtout via les réseaux sociaux tels que Telegram et Instragram", explique De Ridder.D'importantes conséquences Une étude récente menée par Febelfin, en collaboration avec IndiVille, montre que 14 % des jeunes âgés de 16 à 30 ans sont prêts à prêter leur carte bancaire et leur code PIN contre paiement. En 2019, cette proportion était encore de 10 %. Or cette décision peut avoir des conséquences importantes, David et sa mère Ingrid* en témoignent."Il y a environ deux ans, j'ai été contacté via Snapchat par une personne habitant aux Pays-Bas, celle-ci m'a demandé si je pouvais lui prêter ma carte bancaire pour faire quelques achats", commence David dans son récit. " En échange, je recevrais une somme d'argent. À l'école, nous avions déjà reçu des informations sur ce type de fraudes, mais j'étais quand même tenté. J'ai remis ma carte bancaire et mon code PIN. Rien ne s'est passé pendant quelques mois, jusqu'à ce que soudain des milliers d'euros apparaissent sur mon compte. La limite de ma carte bancaire avait également été augmentée. J'ai informé ma mère, mais il était déjà trop tard.""Le compte bancaire de David a été clôturé immédiatement, mais les fraudeurs avaient déjà eu tout le temps de vaquer à leurs occupations sans être dérangés", explique Ingrid. "Depuis lors, des commandes ont été passées ici et à l'étranger au nom de mon fils. Notre boîte aux lettres débordait face à un tsunami de cartes SIM, de cartes bancaires, de documents pour des prêts, etc. Ils ont demandé à David de leur remettre ces documents. Quand il a refusé, ils sont même venus ici. J'ai dû les chasser à plusieurs reprises."Mais cela ne s'est pas arrêté là. "Quand je leur ai dit de me laisser tranquille, ils ont commencé à nous menacer, ma mère et moi. Ils m'ont aussi kidnappé deux fois. Sous la menace d'une arme, ils m'ont forcé à leur remettre ma carte d'identité et m'ont dit que je ne pouvais pas sortir", dit David.Les menaces ne sont pas la seule source de stress. "Le nom de David est désormais connu de la police dans la région où nous vivons. Mais apparemment, il n'y a aucune communication entre les différentes zones de police concernant les problèmes que nous avons connus. Récemment, la police d'une autre zone a fait une descente à la maison avec un mandat de perquisition. Des fraudeurs, ailleurs en Flandre, avaient utilisé les coordonnées de David pour voler 35.000 euros.""Je ne le souhaite à personne : notre appartement a été mis sens dessus dessous", dit Ingrid. "Cette expérience a été bouleversante, mais l'arrestation de David fait plus mal encore. Voir mon fils, à peine adulte, emmené menotté au poste de police. Bien sûr, il a fait une erreur, mais il n'a volé ou blessé personne. Il a été libéré le jour même, mais pour la police, il reste un suspect : après tout, son nom et son adresse ne cessent d'apparaître et réapparaître.""La peur de ces criminels et l'incertitude de ce qui peut encore se produire sont terribles. Je suis également préoccupée par l'impact psychologique sur David, qui souffre d'un handicap mental. Enfin, il y a aussi d'énormes conséquences financières. Nous avons dû engager un avocat. En tant que mère célibataire, je ne sais pas encore comment je vais payer tout cela. Cette affaire dure depuis deux ans et nous avons l'impression de n'être qu'au début de ce calvaire."*Les noms ont été remplacés par des pseudonymes, mais l'identité des témoins est connue de la rédaction.