Hausse ou pas ? Une étude de la FSMA, le gendarme des marchés financiers, est sortie la semaine dernière pour appor- ter une réponse. Mais son interprétation pouvait laisser perplexe. Selon les points d'analyse dans la presse, le marché du crowdfunding (intégrant l'investissement participatif en equity et le prêt participatif) serait soit une "niche prospère", soit verrait sa "croissance freinée depuis le début de la crise".
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Hausse ou pas ? Une étude de la FSMA, le gendarme des marchés financiers, est sortie la semaine dernière pour appor- ter une réponse. Mais son interprétation pouvait laisser perplexe. Selon les points d'analyse dans la presse, le marché du crowdfunding (intégrant l'investissement participatif en equity et le prêt participatif) serait soit une "niche prospère", soit verrait sa "croissance freinée depuis le début de la crise". Selon la FSMA, le marché "est en pleine croissance". Et d'évoquer, sur la période allant de juillet 2018 à juin 2020, "234 notes d'information déposées auprès de la FSMA : 69 au cours du deuxième semestre 2018, 142 en 2019 et 23 durant le premier semestre 2020 ". Quant aux montants : 11,5 millions d'euros auraient été effectivement levés entre janvier et fin juin 2020... contre 41 millions l'an passé. Sur un total de 69 millions d'euros levés depuis 2018... Alors oui, comparée aux 40 millions d'euros qu'évoque la FSMA pour la période 2012-2017, l'augmentation est réelle. Reste que la tendance, dans les chiffres FSMA, n'est pas franchement nette. Surtout parce que, d'une part, l'étude de la FSMA tombe à un très mauvais moment : la crise du coronavirus a totalement gelé le business d'acteurs importants comme Look & Fin durant le deuxième trimestre et ce n'est qu'à partir de juin/juillet que la reprise des dossiers à financer s'est amorcée. En plus, l'étude du gendarme financier n'offre qu'un regard très partiel du marché. La FSMA n'a, cette fois, pas con-tacté les plateformes pour leur demander leurs données mais a procédé par analyse textuelle automatisée des notes d'informations sur 8 des 11 acteurs du marché. Sachant que les dossiers qui ne dépassent pas 500.000 euros avec des investissements limités à 5.000 euros par personne ne doivent pas faire l'objet de note, cela montre qu'une bonne partie du marché n'entre pas dans cette étude. Et ce n'est pas anecdotique : chez Look & Fin, par exemple, à peine un tiers des dossiers a fait l'objet d'une note. Aussi, les quelque 11 millions d'euros évoqués par la FSMA sem-blent donc bel et bien sous- estimés. Un récent communiqué de Look & Fin évoquait son activité sur le marché de l'immobilier et annonçait y avoir financé des projets pour 12 millions d'euros, avec des levées dépassant le million d'euros... Mais évidemment, pour la plupart, après la clôture de l'étude. Est-ce à dire que l'appel aux internautes pour des investissements et des prêts ne progresse pas ? Pas forcément. Pour Frédéric Levy Morelle, CEO de Look & Fin, l'année 2020 aura été atypique: "Malgré un deuxième tri-mestre quasi sans activité, on prévoit une croissance sur l'année. En nombre de dossiers, jusqu'à mi-octobre, on compte une progression de 10% cette année". Reste à voir ce que cela donne en valeur puisque les montants moyens des dossiers financés au travers de Look & Fin sont aussi moins élevés que l'an passé : de 450.000 euros en moyenne à 350.000 euros. Bref, difficile, jusqu'ici, de tirer de véritables conclusions sur l'évolution du marché belge du crowdfunding en 2020.