Pendant le confinement, de nombreux jeunes, la plupart novices dans le domaine, se sont mis à investir en Bourse. Il est aussi apparu une nouvelle génération d'escrocs pendant la crise sanitaire. Sur les réseaux sociaux comme Tiktok ou Instagram prolifère un nouveau type d'arnaques, qui ciblent plus particulièrement les jeunes, souvent des étudiants en difficulté financière. De "jeunes entrepreneurs" proposent ainsi de "changer de vie" en devenant trader en quelques heures, "sans sortir de sa chambre".
...

Pendant le confinement, de nombreux jeunes, la plupart novices dans le domaine, se sont mis à investir en Bourse. Il est aussi apparu une nouvelle génération d'escrocs pendant la crise sanitaire. Sur les réseaux sociaux comme Tiktok ou Instagram prolifère un nouveau type d'arnaques, qui ciblent plus particulièrement les jeunes, souvent des étudiants en difficulté financière. De "jeunes entrepreneurs" proposent ainsi de "changer de vie" en devenant trader en quelques heures, "sans sortir de sa chambre". "La question, elle est vite répondue", la phrase s'est répandue comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux. Elle émane d'un jeune homme de 21 ans, Jean-Pierre Fanguin, propulsé au rang de nouvelle star du Net en quelques jours. Ses vidéos font le buzz et suscitent un torrent de parodies sur la Toile. Dans ses petites capsules aux millions de vues publiées sur les réseaux sociaux, l'homme en costume cintré, façon trader de Wall Street, coupe de champagne à la main et voiture de luxe rutilante en arrière-plan, interpelle l'internaute: "Savais-tu que 95% de la population détenaient 5% des richesses? Est-ce que tu préfères faire pitié et prendre le bus tous les jours ou commencer à faire rapidement de l'argent avec moi? Moi je pense, la question, elle est vite répondue. "Dans une seconde vidéo, le jeune entrepreneur, de plus en plus arrogant et dont on a du mal à cerner le second degré, se met en scène devant le célèbre restaurant Fouquet's à Paris, QG de l'élite française:Derrière cette proposition alléchante - et assez grotesque - de business juteux, se cacherait en réalité, Melius, une entreprise "spécialisée" dans le trading. Un journaliste du Parisien, a mené l'enquête. Après avoir contacté JP Fanguin par mail, il a été mis en contact avec Hamza, l'un des "ambassadeurs" de la société Melius qui lui a proposé de devenir trader grâce à des formations payantes. Il en a donc déduit que JP Fanguin n'était en fait qu'un rabatteur sur la Toile. Son objectif est de rediriger ses "clients", ses followers et toutes les personnes qu'il arrive à toucher via les réseaux sociaux, vers cette entreprise qui se dit spécialisée dans le trading et les cryptomonnaies. La société, basée à Dubaï, propose ses services dans plus de 160 pays. Elle fait miroiter un enrichissement rapide de ses souscripteurs à condition de suivre des "packs de formation" en trading allant de 175 à 888 euros, en plus d'un abonnement mensuel. Des sociétes comme Melius misent tout sur leurs "ambassadeurs" dont elles avancent qu'ils se sont déjà enrichis grâce à ses procédés. Les ambassadeurs, dont JP Fanguin, se doivent ainsi d'attirer le maximum de personnes, afin de construire leur empire. Pour ce faire, Melius a mis en place une sorte de parrainage,ou plutôt du "marketing relationnel". Un mécanisme de commercialisation pyramidale bien connu, dans lequel une personne est incitée à aller recruter deux autres personnes, qui elles-mêmes devront recruter deux autres personnes, etc., en leur faisant croire à chaque fois que la richesse sera au rendez-vous. Seule une minorité touchera en réalité de l'argent tandis que d'autres ne toucheront pas le moindre centime et auront perdu tout ce qu'ils auront investi. "L'entreprise et ses 'ambassadeurs' ne cherchent à aucun moment à vous former au trading. Ils veulent simplement vous faire vendre des packs de formation", avertit le journaliste du Parisien qui fait témoigner une jeune dame arnaquée récemment. " Ils disent qu'ils vont t'aider, mais ne le font pas réellement. Rien ne s'est fait, pas de remboursement. Je n'ai pas eu de revenus, au contraire, j'ai dû payer un abonnement sans rien avoir en échange", conclut la jeune femme. D'autres victimes de Melius, ainsi que de sociétés aux procédés similaires, témoignent dans les médias. Sur le site suisse 20Minutes.ch, une jeune femme raconte s'être laissée convaincre d'investir 1000 francs par un formateur de Melius. "En cinq mois, j'ai récupéré 100 fr. J'ai demandé un remboursement, maintenant on m'ignore. On me dit que c'est de ma faute parce que je suis trop négative, mais que les autres gagnent bien. Mais c'est de la manipulation", assure-t-elle.Le Parisien avance que "certaines des pratiques de l'entreprise ont un air de déjà-vu". Ces dernières années, plusieurs "structures de formation au trading" ont été placées sur la liste noire de l'Autorité des marchés financiers (AMF). "Les organisations pyramidales ou "boule-de-neige" étant interdites, on utilise le subterfuge du "multi-level marketing" (MLM) ou "marketing de réseau", situé dans une zone grise", explique le site 20Minutes.ch. "Car, le principe est légal lorsqu'un véritable produit commercialisable est vendu et qu'il n'est pas limité aux membres du système, entre autres règles", précise le Secrétariat d'Etat à l'économie (SECO)." Melius n'a pas été épinglée, à ce jour, par les gendarmes de la Bourse.Le média français spécialisé en bourse LaBourseauquotidien.fr met en garde contres ces "prétendus faiseurs de miracles". Il rappelle à ses lecteurs que boursicoter avec succès est "le fruit d'un travail quotidien associant théorie et pratique, graphiques et technique, préceptes et concepts" et ne peut se faire d'un claquement de doigts après avoir suivi quelques heures de formation en ligne.Interrogé par 20Minutes.ch en Suisse, où il vit, Jean-Pierre Fanguin assure de son côté avoir simplement "entendu parler" de Mélius et ajoute qu'il "ne peut pas parler" de son "business" mais assure qu'il n'a rien d'"illégal". Ça brûlerait mon image et ça ferait tout s'effondrer", lâche-t-il. Dans cette interview, il raconte assumer totalement ce rôle de jeune businessman arrogant envers les classes sociales moins privilégiées. "C'est un personnage que je caricature", avoue-t-il.JP Fanguin assure à nouveau cette semaine dans un communiqué ne pas travailler pour une société de type pyramidale. "Il est vrai que mes vidéos humoristiques ont pu porter à confusion et que j'ai repris les codes utilisés par certains représentants de ces sociétés, mais cela reste de la parodie", écrit "JP". D'après lui, ses vidéos sont "publicitaires et créées dans un but qui sera dévoilé d'ici quelques semaines".Le "jeune entrepreneur" est par ailleurs dans le viseur de la justice. La police du canton de Vaud lui reproche d'avoir stationné sa voiture en plein milieu d'une route afin de réaliser ses capsules vidéos, ce qui pouvait s'avérer très dangereux pour les autres automobilistes. Il a aussi jeté une flûte de champagne en l'air, laissant des débris de verre sur la chaussée, ce qui a été rapporté par des cyclistes qui passaient par là. Enfin, sa vitesse excessive affichée dans une autre vidéo tournée il y a un an (à 150 km/h dans une zone 80) pourrait aussi lui valoir quelques ennuis judiciaires...