Neuf ans. Il aura fallu neuf ans à la justice belge pour rendre son verdict dans l'affaire Capitalium, du nom de ce groupe financier qui a détourné plusieurs millions d'euros au préjudice d'investisseurs crédules dans les années 2000. Neuf ans entre la première audition de sa grande patronne Véronique Van Acker par la police fédérale en 2009 et le jugement rendu la semaine dernière par le tribunal correctionnel de Nivelles.
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Neuf ans. Il aura fallu neuf ans à la justice belge pour rendre son verdict dans l'affaire Capitalium, du nom de ce groupe financier qui a détourné plusieurs millions d'euros au préjudice d'investisseurs crédules dans les années 2000. Neuf ans entre la première audition de sa grande patronne Véronique Van Acker par la police fédérale en 2009 et le jugement rendu la semaine dernière par le tribunal correctionnel de Nivelles. Pour l'avocat de celle que l'on a surnommée " la Madoffette du Brabant wallon " (en référence à l'escroc américain Bernard Madoff), le principe du " délai raisonnable " n'a pas été respecté pendant cette affaire et il l'a d'ailleurs fait savoir dans sa plaidoirie, en demandant une simple déclaration de culpabilité pour sa cliente, sans aucune peine à accomplir. Cette pirouette juridique a fait bondir la trentaine de plaignants déjà dégoûtés, à juste titre, par la lenteur judiciaire qui a plombé le dossier pendant ces longues années. Au final, la présidente du tribunal s'est montrée chèvre-choutiste, condamnant Véronique Van Acker à quatre ans d'emprisonnement diminués d'un sursis de deux ans en raison, précisément, du dépassement raisonnable du délai de jugement. Pour comprendre la motivation de ce verdict, il convient de revenir à la genèse de cette vaste escroquerie financière. Entre 2002 et 2010, le groupe Capitalium distille ses conseils en investissements à Lasne en promettant à ses clients des rendements exceptionnels. Sous le charme de Véronique Van Acker, de nombreux candides tombent dans le piège du gain facile et lui confient d'importantes sommes d'argent. Au total, ce ne sont pas moins de 7 millions d'euros qui sont ainsi placés chez Capitalium par une trentaine d'investisseurs parmi lesquels on compte certaines personnalités médiatiques, comme les anciens footballeurs Mbo Mpenza et Luigi Pieroni. L'argent, en réalité, n'est pas placé dans des produits financiers. Les montants encaissés servent à faire tourner l'entreprise, à payer les salaires et à satisfaire le train de vie fastueux de la patronne de Capitalium. Lorsque les clients s'en rendent compte, il est déjà trop tard : les 7 millions d'euros sont partis en fumée, à l'exception d'un bon million dont l'expert-comptable mandaté par le tribunal n'a jamais retrouvé la trace, ce qui fait dire aujourd'hui à certaines victimes amères que " la Madoffette du BW " a sans doute caché ce trésor pour mieux en jouir à l'avenir. Au procès, la principale intéressée a pourtant nié le scénario du magot planqué. Certes, Véronique Van Acker a fait aveu de culpabilité pour les faits qui lui sont reprochés et aussi exprimé quelques maigres regrets, mais elle n'en reste pas moins un mystère pour bon nombre d'observateurs. A la version du trésor caché à des fins personnelles, d'autres victimes opposent en effet une piste plus nébuleuse, celle d'une " femme de paille ", une espèce de " fusible qui aurait sauté " et qui masquerait en fait une fraude de plus grande envergure avec des millions supplémentaires non déclarés par d'autres victimes qui tiennent à leur discrétion. Fantasme ou grand complot, telle est toujours la question... Quoi qu'il en soit, le verdict rendu la semaine dernière à Nivelles a choqué toutes les victimes présentes au procès. La principale inculpée a été condamnée à quatre ans de prison dont deux avec sursis et à une confiscation de 500.000 euros qu'elle ne peut aujourd'hui honorer. Ses quelques complices obtiennent quant à eux des acquittements ou des peines avec sursis total. " C'est un véritable scandale, déplore cette plaignante qui ne reverra jamais son argent volatilisé. Nous sommes non seulement dégoûtés par la façon dont s'est déroulé ce procès qui a complètement ignoré les victimes, mais aussi par la légèreté des peines infligées. Van Acker fera peut-être quelques semaines de prison, ce n'est même pas certain, avant d'avoir probablement un bracelet électronique et elle recommencera à duper les gens comme elle l'a toujours fait. Elle vient d'ailleurs d'être expulsée de sa maison à Waterloo pour laquelle elle ne payait plus de loyer depuis des mois. " Cerise sur le gâteau du surréalisme : c'est dans cette maison, précisément, que " la Madoffette du BW " avait installé il y a quelques mois, avec son compagnon Pierre Chaudoir, un " frigo solidaire " rempli d'aliments donnés par des particuliers pour venir en aide aux personnes défavorisées. " Un frigo pour les nécessiteux dans lequel elle puisait allègrement puisqu'elle s'est déclarée sans le sou au procès ", ajoute cette autre victime qui ne comprend toujours pas comment les autorités locales ont pu laisser Véronique Van Acker mener " cette opération de solidarité plus que douteuse ". La femme d'affaires n'en est pas à sa première provocation. En 2011, tandis que le dossier Capitalium était déjà à l'instruction et qu'elle était inculpée d'escroquerie et de blanchiment d'argent, Véronique Van Acker avait en effet fondé Ayama, une société de " conseil en entreprises et aux particuliers ". Un an plus tard, alors qu'elle venait d'être condamnée dans un autre dossier - celui de la SPRL Office des Assurances - à " un emprisonnement de six mois ferme avec un sursis de trois ans " et à " l'interdiction durant cinq ans d'exercer personnellement ou par interposition de personne une activité commerciale quelconque ", " la Madoffette du BW " rebondissait dans la vente de produits et de matériel pour instituts de beauté avec une nouvelle entité baptisée Ayama Distribution. Plus fort : fin 2012, elle se lançait cette fois dans l'immobilier de standing - et donc toujours dans l'illégalité - en tant que déléguée commerciale pour l'agence brabançonne Immo E411. Certains prétendent qu'elle serait d'ailleurs encore active aujourd'hui dans ce secteur sous un nom d'emprunt... Inutile de préciser que le culot légendaire de Véronique Van Acker a le don d'irriter les victimes concernées par le dossier Capitalium et que certaines d'entre elles, déçues par la dernière décision de justice, ne croient pas " à son cinéma de fausse repentie " ( sic) et qu'elles suivront de près ses futures activités pour l'empêcher de sévir à nouveau. Mais ce qui frappe surtout dans le dossier Capitalium, c'est le temps qui s'est écoulé entre les premiers résultats de l'enquête qui ont mené à une détention préventive de " la Madoffette du BW " pendant quelques jours en 2011 et le procès qui a débuté à Nivelles il y a quatre mois à peine. " Le juge d'instruction n'a pas fait son boulot, on a laissé traîner les choses et cela a permis à Van Acker d'organiser son insolvabilité ", déplore cette victime qui a perdu toutes ses économies d'une vie de traiteur dans cette escroquerie, soit près d'un million d'euros. " C'est la chronique d'une débâcle annoncée, renchérit Maître Pierre Monville, avocat de l'une des victimes du dossier. On a assisté à un fiasco au niveau de l'enquête judiciaire qui a entraîné une débâcle devant le tribunal. " Ce constat est partagé par d'autres avocats et victimes du procès qui évoquent " un débat déshumanisé ", " une justice désincarnée " et, surtout " un manque flagrant de sévérité dans le jugement " par rapport aux faits et aux sommes détournées. " C'est scandaleux, conclut cet autre acteur du procès, et c'est systématique dans les grands dossiers de criminalité en col blanc. Certes, l'enquête était complexe puisqu'il y avait des ramifications au Luxembourg, mais même l'affaire Kerviel a pris moins de temps pour être jugée ! C'est à se demander si, en Belgique, on dispose d'assez de moyens et surtout de spécialistes pour gérer ce genre de dossier financier devant les tribunaux. " Avec ce constat très amer dans le chef des victimes, pas sûr que l'affaire Capitalium soit définitivement close...