La Réserve fédérale a fait passer la semaine dernière son taux directeur de 0 à 0,25%, actant sa première hausse depuis 2018. Ce n'est qu'un début, les prévisionnistes tablant sur un taux directeur américain aux alentours de 2,5% l'an prochain afin de combattre une inflation de plus en plus menaçante.
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La Réserve fédérale a fait passer la semaine dernière son taux directeur de 0 à 0,25%, actant sa première hausse depuis 2018. Ce n'est qu'un début, les prévisionnistes tablant sur un taux directeur américain aux alentours de 2,5% l'an prochain afin de combattre une inflation de plus en plus menaçante. Les Etats-Unis ont une bonne raison de resserrer leurs taux: leur économie donne des signes de surchauffe. En rythme annualisé, la hausse des prix s'accélère: 7% en décembre, 7,5% en janvier, 7,9% en février, soit le plus haut niveau depuis 1982. Elle est alimentée entre autres par les aides peu ciblées qui ont été distribuées aux Américains lors de la pandémie, mais aussi par la tension sur les salaires qui ont progressé de 5,5% sur un an. Le marché de l'emploi américain est en effet sous tension avec un taux de chômage qui reflue à 3,8%, proche du plein emploi. Le paysage est différent en Europe. Certes, l'inflation est importante (5,8% en février) mais contrairement aux Etats-Unis, elle est due quasi exclusivement à des éléments extérieurs: les ruptures des chaînes d'approvisionnement aggravée par la guerre en Ukraine qui a provoqué une flambée des prix de l'énergie et des matières premières. Et avec un taux de chômage de 6,8% au début de cette année, la zone euro n'a pas le même marché du travail et son économie est plus sensible à l'impact de la guerre. Si celle-ci se prolonge, et si le marché de l'énergie est plus chahuté encore, la Banque centrale européenne prévoit que la croissance tombera à 2,3% cette année ainsi qu'en 2023, et à 1,9% en 2024. Dans ces conditions, une hausse des taux ne servirait non seulement à rien mais elle ajouterait un obstacle supplémentaire à une machine économique qui doit déjà batailler contre la flambée des matières premières. "En outre, dans une économie de guerre, les dépenses publiques deviennent très importantes et le taux d'endettement public augmente rapidement, ajoute Patrick Artus, l'économiste en chef de la banque française Natixis. Cela sera peut-être le cas en Europe s'il faut que les gouvernements protègent les ménages contre la hausse des prix des matières premières et augmentent fortement leurs dépenses militaires. Dans une telle configuration, la politique monétaire ne s'intéresse absolument plus à la lutte contre l'inflation, même si elle est élevée. Elle doit être seulement utilisée pour faciliter le financement des déficits publics..." Du coup, de nombreux observateurs s'attendent à une seule petite hausse de 0,25% du loyer de l'euro cette année. Cette désynchronisation entre les Etats-Unis et l'Europe est à surveiller de près car elle pourrait verser un peu plus d'huile encore sur le feu de l'inflation. Les prix de l'énergie et des matières premières sont en effet libellés en dollars. Or, si les taux en dollars deviennent plus rémunérateurs, les marchés vont avoir tendance à délaisser l'euro pour le billet vert. Et cela poussera l'inflation en Europe encore un peu plus haut.