Tous ensembles, vous avez tellement épargné cette dernière décennie, que la Belgique a constitué une solide épargne à l'étranger. En net, donc après soustraction de notre dette extérieure, nous avons 240 milliards d'euros mis de côté au-delà des frontières, soit environ 60% de notre PIB. Dans ce contexte, nous sommes dans le peloton de tête de l'Europe et c'est surtout dû au zèle à épargner de nos entreprises et de nos ménages, qui font plus que compenser la compulsion à l'endettement de nos autorités extrêmement prodigues. Jusque-là, la bonne nouvelle.
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Tous ensembles, vous avez tellement épargné cette dernière décennie, que la Belgique a constitué une solide épargne à l'étranger. En net, donc après soustraction de notre dette extérieure, nous avons 240 milliards d'euros mis de côté au-delà des frontières, soit environ 60% de notre PIB. Dans ce contexte, nous sommes dans le peloton de tête de l'Europe et c'est surtout dû au zèle à épargner de nos entreprises et de nos ménages, qui font plus que compenser la compulsion à l'endettement de nos autorités extrêmement prodigues. Jusque-là, la bonne nouvelle.Car si l'on regarde de plus près les rendements de notre portefeuille d'actifs étrangers, on fait une étrange constatation. Le rendement sur ce portefeuille atteignait -7,6 milliards d'euros en 2015. Vous lisez bien, il y a un signe moins devant le nombre. Et cela s'empire. Pour les neuf premiers mois de 2016, le return a reculé jusqu'à -9,8 milliards d'euros. C'est un rendement d'environ -4 %. Oui, vous lisez toujours bien. Même en cette période de taux d'intérêt faibles ou négatifs à court terme, c'est un résultat abominablement mauvais. Ce sont 9,8 milliards d'euros de pouvoir d'achat en fuite à l'étranger. Nous nous appauvrissons littéralement. Si le gouvernement réduit le pouvoir d'achat de 100 millions d'euros, tout le monde s'indigne, mais ce transfert de milliards vers l'étranger, cela n'intéresse personne. A tort.La question est bien sûr de savoir pourquoi nous sommes de si mauvais investisseurs. La cause se situe surtout au niveau des investissements directs à l'étranger. Il s'agit des investissements à l'étranger dans des nouvelles usines, des nouvelles entreprises ou des participations dans des sociétés étrangères existantes. C'est là que l'on récolte les meilleurs rendements, mais les Belges brillent par leur absence en la matière, alors qu'un nombre relativement important d'entreprises étrangères en retirent bel et bien beaucoup d'argent. Du fait du solde négatif des investissements directs à l'étranger, nous versons chaque année 2% de nos revenus au reste du monde. Le contraste avec nos pays voisins est saisissant. Ils comptent plus d'investissements directs à l'étranger que l'inverse et ils enregistrent dans un même temps un rendement supérieur sur leurs investissements à l'étranger. Pour chaque tranche de 100 euros que nous investissons au-delà des frontières, nous recevons un dividende annuel de 2,5 euros. Les Pays-Bas, l'Allemagne et la France encaissent approximativement le double, notamment parce qu'ils osent également réaliser des affaires sur les marchés émergents. Les Pays-Bas remportent la palme en investissant pour 100 milliards d'euros de plus dans des entreprises étrangères que l'inverse. Pour nos voisins du nord, cela a généré 3,6 % du PIB de revenus supplémentaires en 2016. Les Hollandais sont les rentiers du monde. Les Belges en sont les mécènes. C'est une blague belge onéreuse. Il leur manque une dose de courage, aux Belges. Au lieu d'investir notre excédent d'épargne dans des activités étrangères plus risquées mais plus rentables, nous privilégions les braves dépôts ou les prêts. Les banques étrangères qui ont des grandes filiales belges - BNP Paribas Fortis et ING Belgique - agissent en tant que levier. Elles drainent l'argent bon marché de l'épargne vers l'étranger. Fin 2015, il s'agissait de 87 milliards d'euros. Nous, les Belges, nous finançons de la sorte pratiquement gratuitement l'économie et les investissements à l'étranger de la France et des Pays-Bas. Notre profil d'investissement rend en outre notre rendement très sensible à la politique expansionniste de la Banque Centrale Européenne et au retour de l'instabilité sur les marchés obligataires ou même à une crise de l'euro, dans le cas où Marine Le Pen devenait la Présidente de la France.Les pertes sur le portefeuille d'investissements à l'étranger, nous les rattrapons entre-temps grâce à un excédent de la balance commerciale. Avec un rude labeur, nous compensons notre prudence. Le renversement de tendance de la balance commerciale est dû à la diminution des prix pétroliers, mais la reprise des exportations aide aussi. L'amélioration de la compétitivité des entreprises est incontestablement le plus important mérite du gouvernement Michel, mais ce combat ne sera pas gagné tant que l'inflation structurelle de la Belgique restera supérieure à celle de nos voisins. Au cours de la période 2006-2016, les prix belges ont connu une augmentation supérieure de 7% à celle de nos voisins. L'écart d'inflation devrait continuer à augmenter en 2017-2018, prévient la Commission Européenne. Le pouvoir d'achat des 260 milliards d'euros d'épargne belge se fait entre-temps dévorer par un taux d'intérêt réel négatif, ce qui souscrit à la thèse selon laquelle les Belges sont les plus mauvais investisseurs du monde.Le gouvernement pourrait y remédier. Par le biais du traitement fiscal privilégié de l'épargne, les autorités subventionnent la migration de l'épargne vers l'étranger et elles punissent le risque, qui pourrait conduire à des rendements plus élevés. La persistance du traitement en parent pauvre du capital à risque est la plus importante déception du gouvernement Michel. Cela nous coûte une fortune en rendements négatifs sur notre épargne à l'étranger. Adaptez cette politique. Cela pourrait générer à terme un paquet de pouvoir d'achat.