On serait tenté de considérer ces inégalités comme universelles et de les extrapoler à notre pays. En choisissant bien les cas particuliers, on peut même entretenir l'illusion que la situation est comparable. C'est pourtant faux. Les inégalités sont une réalité en Belgique, à bien des égards, mais elles n'ont rien à voir avec ce que l'on peut rencontrer parmi les pays cités ci-dessus ou même dans la plupart des pays européens.

En voici quelques illustrations. Primo, selon le coefficient de Gini (un indice de dispersion et donc d'inégalités) calculé sur les revenus nets par l'OCDE, la Belgique se classe au même niveau que le Danemark et la Norvège. Seuls cinq pays ont une dispersion des revenus inférieure (sur les 42 pays étudiés par l'OCDE). La Belgique fait ainsi bien mieux que ses voisins ou même que la Suisse et, cerise sur le gâteau, le coefficient de Gini est en baisse en Belgique (moins d'inégalités) entre 2007 et 2016.

Pour préciser les ordres de grandeur, les données des revenus imposables par déclaration de 2016 (donc, avant impôt cette fois) du SPF Economie montrent que la borne supérieure du 99e percentile (99% des déclarations ont un revenu imposable inférieur et 1% a un revenu supérieur à celui-ci) est de 143.500 euros/an. C'est certes 24 fois plus que le 10e percentile mais ce n'est que six fois le revenu par déclaration médian en Belgique. On est bien loin des chiffres sensationnels fondés sur quelques cas particuliers ou de ce que l'on rencontre dans d'autres pays.

Secundo, toujours selon l'OCDE, en Belgique, 4,6% des personnes sont en situation de pauvreté tout en vivant dans un ménage dont un membre travaille, ce qui, une fois de plus, met la Belgique dans le peloton de tête de la lutte contre les inégalités. En France, ce pourcentage atteint 7,2%, en Italie 11,5% et en Espagne 13,8%.

En matière d'impôt des personnes physiques (IPP), les 10% des revenus les plus hauts contribuent à eux seuls pour près de la moitié de l'IPP.

Tertio, selon l'enquête de la BCE sur les finances et la consommation des ménages (publiée en décembre 2016), le niveau de richesse du premier quartile (25% des ménages ont un patrimoine inférieur au premier quartile, 75% ont un patrimoine supérieur) a diminué entre 2010 et 2014 dans tous les pays de la zone euro, sauf en Belgique, à Malte et au Luxembourg. Par ailleurs, la Belgique est de loin le pays ayant connu la réduction la plus forte de l'écart entre le premier et le troisième quartile (75% ont un patrimoine inférieur et 25% supérieur à ce dernier). Dans la plupart des pays, cet écart a au contraire augmenté.

Enfin, parce que les inégalités concernent aussi le genre, il faut signaler que selon l'OCDE, la Belgique a le troisième écart le plus faible (4,7%) entre le salaire médian des hommes et des femmes. Au Danemark, cet écart est de 5,8%, aux Pays-Bas de 14,1% et aux Etats-Unis de 18,1%.

Certes, on peut considérer que les inégalités de revenus restent trop importantes en Belgique, et qu'il faut faire peser les efforts supplémentaires sur ceux qui ont les épaules les plus larges, comme disent certains. Il faut cependant rappeler qu'en matière d'impôt des personnes physiques (IPP), les 10% des revenus les plus hauts contribuent à eux seuls pour près de la moitié de l'IPP (près de 22 milliards d'euros). A l'inverse, la première moitié de la distribution des revenus contribue pour 6,3% au total des recettes de l'IPP (moins de 3 milliards d'euros). Rendre cette situation encore plus extrême risque me semble-t-il d'avoir des effets pervers.