Lors de sa réunion de mars, plus riche en annonces qu'attendu, la BCE avait abaissé ses prévisions de croissance et d'inflation à l'horizon 2021, et repoussé à 2020 l'heure de remonter ses taux, contre "l'été 2019" auparavant.

Elle avait aussi annoncé pour septembre une nouvelle salve de prêts géants bon marché pour les banques, dits TLTRO III, pour préserver des conditions financières favorables en zone euro.

Mais, depuis ces "petits pas dans le noir", selon la formule du président de l'institution Mario Draghi, rien n'est venu éclaircir l'horizon économique.

Un épais brouillard entoure toujours la date et les conditions du Brexit, et les négociations commerciales entre Chine et Etats-Unis tardent à aboutir, pendant que l'industrie européenne reste sous la menace de droits de douane dévastateurs.

Mario Draghi devrait donc s'en tenir à une formulation prudente, lors de cette réunion avancée d'un jour en raison de celle du FMI, en répétant que les risques pesant sur la conjoncture tendent à augmenter.

- Tableau contrasté -

De même, le banquier italien devrait marteler qu'un degré important de "stimulus monétaire" demeure "essentiel" pour gagner le pari d'une inflation proche de 2%, après laquelle la BCE court depuis plus de cinq ans.

La tâche des grands argentiers de Francfort se complique au vu des "données mitigées" sur le front économique, qui devraient les dissuader de toute annonce de politique monétaire, estime Simon Wells, économiste chez HSBC.

D'autant que le tableau n'est pas uniforme: ainsi l'Italie, entrée en récession au second semestre 2018 et qui risque d'y rester cette année, contraste avec les attentes plus encourageantes concernant l'Espagne et la France.

Et en Allemagne, jusqu'alors moteur de la zone euro, la bonne tenue de la demande intérieure et des services masque la déconfiture de l'industrie, pénalisée par le ralentissement mondial.

La BCE devrait donc rappeler qu'elle dispose d'une "boîte à outils" au cas où la situation se détériorerait, et continuer à réinvestir son stock pléthorique de 2.600 milliards d'euros d'obligations acquises depuis mars 2015.

Pour une majorité d'observateurs, l'institution de Francfort devrait par ailleurs prendre son temps avant de dévoiler les détails des prochains prêts géants aux banques, en visant le milieu d'année.

- Aide aux banques ? -

Comme en 2016 et 2017, les banques les plus fragiles, parmi elles les italiennes, devraient se précipiter sur le prochain programme.

D'autant que "si l'économie continue de décevoir, les incitations pourraient être plus généreuses", prédit Marco Brancolini, économiste chez Nomura, joint par l'AFP.

La BCE va aussi poursuivre le débat entamé en mars sur l'impact, pour la rentabilité des banques, de taux maintenus au plus bas pendant longtemps.

Le taux négatif de 0,40% appliqué aux liquidités placées à la BCE, plutôt que redistribuées dans l'économie, ponctionne de 7,5 milliards d'euros par an les établissements financiers, ce qu'ils ressentent comme un fardeau.

Le marché spécule dès lors sur la mise en place d'un système de paliers ("tiering") pour appliquer le taux négatif, comme cela existe en Suisse.

Encore faut-il voir s'il y a une "justification en terme de politique monétaire" pour une telle mesure, a tempéré mardi dernier Sabine Lautenschläger, membre du directoire de la BCE, auprès de l'AFP.

Un tel système pourrait en effet être perçu comme le signal que les taux resteront au plus bas bien plus longtemps qu'anticipé, pendant que la BCE s'efforcerait d'en minimiser les inconvénients.