Lundi 26 août, les marchés financiers digèrent l'annonce par Donald Trump de nouvelles surtaxes douanières de 5 % sur 550 milliards de dollars de produits chinois. Alors que les Bourses tanguent, l'or brille. En euros, l'once atteint même un nouveau record.
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Lundi 26 août, les marchés financiers digèrent l'annonce par Donald Trump de nouvelles surtaxes douanières de 5 % sur 550 milliards de dollars de produits chinois. Alors que les Bourses tanguent, l'or brille. En euros, l'once atteint même un nouveau record. Rebelote le 16 septembre au lendemain des attaques de drones sur des installations pétrolières en Arabie saoudite. Chaque soubresaut géopolitique incite les investisseurs à étoffer leurs positions en or. Le métal jaune a ainsi " profité " du conflit commercial et technologique opposant Pékin et Washington, des vives tensions au Moyen-Orient, de la menace de Brexit sans accord, des risques de déstabilisation de la zone euro par les gouvernements populistes, etc. Il serait toutefois trompeur de résumer la hausse de l'or aux tensions géopolitiques. Nadège Dufossé, responsable de l'allocation d'actifs chez Candriam, épingle un autre facteur majeur qui a poussé le prix de l'or à la hausse : les taux. " Traditionnellement, on observe une corrélation inverse entre les taux réels (le taux nominal - l'inflation, Ndlr) et l'or. Quand l'un monte, l'autre diminue et vice versa. " Il est donc logique que l'or progresse alors que les taux sont au plus bas, avec des rendements réels négatifs un peu partout. Dans la zone euro, les taux de référence (nominaux) se sont également engouffrés sous zéro. " Auparavant, l'investisseur avait le choix entre une obligation rapportant du 4%-5% et l'or qui ne paie pas d'intérêt, ni de dividende, explique Philippe Gijsels, stratégiste chez BNP Paribas Fortis. C'est ce qu'on appelle le coût d'opportunité. Un coût qui n'en est plus un. L'épargnant lambda doit, par exemple, se contenter d'un taux minimal très loin de compenser l'inflation sur le livret. " Cette chute des taux est évidemment liée à la politique des banques centrales. " Elles n'arrêtent plus de baisser les taux, de lancer des plans d'assouplissement quantitatifs, détaille Nadège Dufossé. La Banque centrale européenne (BCE) a ainsi annoncé début septembre un nouveau programme illimité de rachats d'actifs à raison de 20 milliards d'euros par mois. Toutes ces mesures finissent par miner la confiance des marchés dans la valeur des devises.La crainte est d'autant plus grande que cela se double d'une menace de guerre des devises. " Donald Trump a, par exemple, exhorté la Réserve fédérale américaine (Fed) à baisser ses taux à zéro, voire moins, afin de réduire le coût de refinancement des dettes publiques et de faire baisser le dollar. Un dangereux engrenage dont il est difficile de prévoir l'issue. L'or retrouve ainsi un rôle de valeur de référence. D'autant plus que les marchés redoutent une nette correction des Bourses dans un contexte de ralentissement de l'économie. Le prestigieux Institut Ifo (spécialisé en recherche économique) prévoit d'ores et déjà que l'Allemagne a sombré en récession cet été, tablant une nouvelle contraction du PIB au troisième trimestre. Ce retournement de la première économie de la zone euro est avant tout lié au coup d'arrêt de l'industrie mondiale. La Chine connaît ainsi les plus faibles chiffres de croissance de sa production industrielle depuis 1990 (si l'on excepte les deux premiers mois de l'année, biaisés par la semaine fériée à l'occasion du Nouvel An lunaire tombant en janvier ou en février). L'indicateur d'activité manufacturière mondiale évolue ainsi en zone de contraction depuis quatre mois sur fond de tensions commerciales et de baisse des ventes mondiales de voitures. Jusqu'à présent, le secteur des services permet à l'économie mondiale de garder l'économie à flot, notamment grâce à la résilience de la consommation. Les premières vagues de licenciements pourraient toutefois peser sur le sentiment de confiance. Aux Etats-Unis, les licenciements ont augmenté de 36% sur les huit premiers mois de l'année à 423.312 selon Challenger, Gray & Christmas. En Europe, Ford et Deutsche Bank ont annoncé à eux deux 30.000 suppressions d'emplois. Dans ce climat incertain, l'envolée du prix du baril après l'attaque de drones sur les installations pétrolières saoudiennes pourrait faire pencher la balance du mauvais côté. D'autant plus que cela s'ajoute à bien d'autres signaux précurseurs de retournement économique et boursier ( lire l'encadré " Signaux d'alerte ") .Le spectre des années 1970 hante les marchés. Wall Street avait chuté de 27% entre 1973 et 1978 sur fond de choc pétrolier. Le cours de l'or avait été multiplié par 24 entre la fin de la convertibilité or du dollar en 1971 et début 1980, atteignant 850 dollars l'once. Sa folle ascension ne s'était arrêtée que quand le président de la Fed de l'époque, Paul Volcker, avait hissé le taux directeur à 20% afin de mettre un terme à l'inflation galopante. Pour Philippe Gijsels, stratégiste en chef de BNP Paribas Fortis, l'évolution des Bourses n'est toutefois pas déterminante pour l'or. " De deux choses l'une. Soit les banques centrales parviennent à relancer l'économie à grands coups d'assouplissements monétaires, ce qui profitera aux Bourses et à l'or. Soit elles échouent et la crise économique qui s'ensuivra poussera les investisseurs à miser sur l'or. " Pour Philippe Gijsels, le métal jaune est donc gagnant à tous les coups. " Techniquement, l'or bénéficie aussi d'une tendance à la hausse depuis que le cours de l'once a rompu la résistance à 1.375 dollars sur laquelle il avait trébuché à plusieurs reprises ces dernières années, dit-il. A très court terme, la correction pourrait se poursuivre encore un peu, en fonction de l'actualité économique et géopolitique. Mais nous prévoyons ensuite une appréciation vers 1.600 dollars. A moyen et à long terme, l'once devrait renouer avec ses plus hauts et pourquoi pas dépasser le seuil des 2.000 dollars approché en 2011 en pleine crise des dettes souveraines. " Les fondamentaux du marché de l'or sont en effet plutôt porteurs, essentiellement sous l'effet des banques centrales, selon le World Gold Council, la fédération de l'industrie aurifère. L'année dernière, elles avaient amassé 652 tonnes d'or, un record depuis la décision de Richard Nixon de mettre fin à la convertibilité du dollar en or en 1971. Il devrait toutefois être battu dès cette année, les achats d'or des banques centrales ayant de nouveau bondi de 54% à 374 tonnes au premier semestre, selon le World Gold Council. Dans le détail, la Chine, la Pologne, la Russie, la Turquie et le Kazakhstan concentrent l'essentiel de ces acquisitions. Si elles n'achètent pas, les autres banques centrales ne vendent plus d'or comme il y a 15 ou 20 ans. Ce 26 septembre marque d'ailleurs une date historique : la fin de l'accord sur les avoirs en or (CBGA) qui liait 22 banques centrales européennes (zone euro, Suède, Suisse) depuis 20 ans et était destiné à stabiliser le marché de l'or. La fin d'un accord tout simplement dénué de sens puisque leurs ventes sont pratiquement nulles depuis 2012. Selon Nadège Dufossé, les achats des banques centrales ne suffisent toutefois pas à faire monter le cours de l'or. Le cours du métal jaune avait ainsi triplé entre 2000 et début 2009 alors que les banques centrales avaient vendu plus de 10% de leurs réserves d'or jusqu'à un plus bas de 29.921 tonnes, selon le World Gold Council. " Le véritable acheteur marginal est l'investisseur, souligne la stratégiste de Candriam. Dans un marché où l'offre est assez stable, l'ouverture d'une nouvelle mine exigeant de longs investissements, la demande très volatile des investisseurs est déterminante. " Cette volatilité est surtout liée à l'or " papier ", c'est-à-dire les ETF (exchange-traded funds ou fonds négociés en Bourse) et produits assimilés permettant d'investir dans l'or physique via des titres. Ces 10 dernières années, la demande des ETF a varié entre un pic de +623 tonnes en 2009 et un creux de -881 tonnes en 2013, selon les données du World Gold Council. L'écart total de 1.504 tonnes représente plus d'un tiers du marché aurifère annuel. Selon l'agence Bloomberg, les actifs en or des ETF ont progressé de 256 tonnes (+12%) entre juin et août. Les investisseurs les plus changeants sont donc clairement de retour. L'or ne manque pas d'atouts, mais quelle part de son portefeuille y investir ? Nadège Dufossé épingle que, selon les études compilées par le World Gold Council, investir de 2% à 10% de son portefeuille en or permet d'en améliorer le résultat global en tenant compte du rendement obtenu et de la volatilité. " Chez BNP Paribas Fortis, notre allocation de référence compte actuellement 5% d'or ", détaille Philippe Gijsels. Selon le stratégiste, il est possible d'investir davantage en or mais cela dépend du profil et de la stratégie de chacun. Par exemple, les portefeuilles ISR (investissement socialement responsable) comportent moins d'or. Comment investir dans le métal jaune est une question qui taraude de nombreux candidats-investisseurs. " Dans nos portefeuilles, la position en or est scindée entre les ETF (4%) et les mines d'or (1%), détaille Philippe Gijsels. Mais certains de nos clients privilégient l'or physique, ce que nous ne déconseillons certainement pas. Une pièce ou un lingot est toutefois par essence un placement à très long terme en raison des frais inhérents à ce genre d'achat. " La meilleure option dépend donc de vos objectifs. * Les trackers ou ETFOn peut les comparer à des fonds d'investissement misant uniquement sur l'or. Ils sont faciles à traiter, s'échangeant comme une action en Bourse, et offrent une structure de frais assez légère. On en distingue de deux types, les synthétiques et les physiques. Les premiers sont peu indiqués en cas de crise car ils investissent dans un produit dérivé qui fait intervenir une tierce partie (comme une banque d'investissement) et donc un risque de contrepartie. Un tracker physique investit directement en or physique conservé dans des coffres. Le plus important est le SPDR Gold Shares, coté en Bourse de New York depuis 2004 sous le code ISIN US78463V1070. Les frais annuels s'élèvent à 0,40%. Sur Euronext Paris, le Gold Bullion Securities est proposé par le spécialiste des trackers WisdomTree. Il est coté en euros sous le code ISIN GB00B00FHZ82. Les frais sont de 0,4% par an. * L'or physiqueL'achat de lingots ou de pièces d'or (krugerrand, eagle américain, napoléon, etc.) est le moyen le plus direct d'investir dans le métal jaune. Vous devez toutefois vous assurer de vous adresser à un intermédiaire de confiance : banque ayant pignon sur rue, bureau de change (spécialisé) comme Gold & Forex International ou boutique (en ligne) reconnue comme Umicoregoldshop.be du recycleur belge Umicore. Dans tous les cas, vous devrez compter des frais et une prime (de plusieurs %) sur le cours officiel à l'achat comme à la revente. Vous devrez également veiller à conserver votre placement à l'abri (coffre, assurance, etc.). Certaines banques, dont BNP Paribas Fortis, proposent de conserver votre or physique sur un compte-titre moyennant le paiement de droits de garde (0,242% TVAC par an). * Les mines d'orTraditionnellement, on considère qu'investir dans les mines peut offrir un levier sur l'évolution du prix de l'or. Admettons qu'une société a un coût de production de 1.000 dollars par once, une hausse de 1.500 à 2.000 dollars du prix de l'or lui permettra de doubler sa rentabilité. Parmi les géants du secteur, on retrouve les canadiens Goldcorp et Barrick Gold ou l'américain Newmont Mining. Il serait toutefois erroné de considérer ces actions comme des valeurs refuges. En période de krach boursier, les actions de mines aurifères n'échappent pas aux dégagements (aveugles) de portefeuille. De plus, il faut également tenir compte de l'évolution des coûts de production qui suivent une tendance à la hausse. Chez Barrick Gold, le coût en cash (hors investissements) était de 588 dollars en 2018, plus du double de 2007 (265 dollars).