L'idée était de mettre fin à un cercle vicieux et d'éviter qu'une crise bancaire dans un pays ne déclenche une crise de la dette de ce pays, et que cette crise n'aggrave à son tour la crise bancaire originelle.
...

L'idée était de mettre fin à un cercle vicieux et d'éviter qu'une crise bancaire dans un pays ne déclenche une crise de la dette de ce pays, et que cette crise n'aggrave à son tour la crise bancaire originelle. On créa donc un régulateur unique pour les principales banques européennes - la Banque centrale européenne rempli ce rôle depuis l'automne 2014. On mit en place en 2016 un système de " résolution ordonnée " afin de permettre de liquider calmement une banque qui aurait été mortellement touchée sans faire appel, comme par le passé, aux contribuables. Et l'on décida de créer un système commun de garantie des dépôts afin d'éviter que les épargnants d'un pays en difficulté n'aillent placer leur épargne dans les pays plus sûrs et n'accentuent, dès lors, les problèmes des banques de leur pays. Mais voilà, ce dernier point, crucial, n'est toujours pas résolu. L'Allemagne - tout comme d'autres pays du Nord - ne veut absolument pas entendre parler d'un tel mécanisme qui reviendrait de facto à mutualiser les risques et donc, dit-on à Berlin, à déresponsabiliser les pays qui doivent se réformer. Depuis six ans, donc, le système bancaire européen vit dans un immeuble dont la toiture n'est pas terminée et qui n'est pas prêt à affronter la tempête. Or, le ciel se plombe. Les investisseurs qui avaient témoigné une certaine nonchalance à l'égard de l'endettement mondial se réveillent. Le dernier rapport du Fonds monétaire international, qui pointe le fait que la dette mondiale (164.000 milliards de dollars) atteint désormais 225 % du PIB de la planète, soit davantage qu'en 2009, les y aide sans doute. Et comme toujours lorsque les marchés prennent conscience d'un tel risque, ils délaissent les investisseurs les plus faibles pour se réfugier vers les plus forts. Ils vendent donc de la dette argentine, turque ou italienne pour acheter de la dette américaine ou allemande. Et voici la " tectonique des plaques " européenne qui se remet en marche, les pays du Sud s'écartant à nouveau des pays du Nord et menaçant, comme il y a six ans, de causer un séisme mortel pour la zone euro... On voit en effet monter les taux italiens, espagnols, portugais. On voit descendre les taux allemands, néerlandais, français...Les agences de cotation recommencent à s'intéresser à ces pays du sud de la zone euro (Moody's, à l'heure où nous écrivons ces lignes, songe sérieusement à abaisser le rating italien). Ces forces qui écartèlent la zone euro sont même plus importantes aujourd'hui qu'en 2011. Car, à la crise financière en devenir, se greffe une crise politique déjà bien réelle. Sur ces sept dernières années, nous avons eu le Brexit, la montée de régimes nationalistes en Pologne et en Hongrie, des élections à haut risque en Allemagne et en France qui ont donné une importance jamais vue encore aux forces populistes. Ajoutons les dernières perturbations politiques en Espagne qui pourraient balayer la vieille classe politique. Et puis, surtout, la victoire des partis anti- establishment et eurosceptiques en Italie, une victoire qui n'a pu se concrétiser dans un gouvernement et qui, avec des électeurs chauffés à blanc, promet de nouvelles élections à très haut risque dans la péninsule.Enfin, on l'oublie, mais le troisième plan de sauvetage de la Grèce arrive à échéance en août. Tout le monde fait comme si Athènes n'aura aucune difficulté à se financer dans les marchés. Vraiment ? L'université du Colorado vient de découvrir que la tendance à la procrastination était peut-être d'origine génétique. Elle aurait pu ajouter qu'elle était aussi inscrite dans l'ADN de la zone euro qui a adopté la devise d'Oscar Wilde : ne jamais remettre à demain ce qu'on peut faire le surlendemain. Espérons seulement que ce gène ne soit pas mortel.