Nombreux sont ceux qui évoquent actuellement le principe de destruction créatrice conçu par Joseph Schumpeter, annoncé comme salutaire pour l'économie. Je leur conseille vivement de (re)lire Schumpeter. La destruction créatrice concerne les entreprises condamnées à mort qui perdent leur marché parce qu'elles n'ont pas su innover. Leur maintien en vie est donc effectivement un non-sens économique. Les vidéothèques qui n'ont pas su se réinventer au bon moment et ont laissé la place à la VOD, Nokia qui n'a pas pensé que le téléphone mobile pouvait servir à autre chose qu'à téléphoner et a cédé le flambeau à BlackBerry, Samsung, Apple, etc: voilà quelques exemples de destruction créatrice.
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Nombreux sont ceux qui évoquent actuellement le principe de destruction créatrice conçu par Joseph Schumpeter, annoncé comme salutaire pour l'économie. Je leur conseille vivement de (re)lire Schumpeter. La destruction créatrice concerne les entreprises condamnées à mort qui perdent leur marché parce qu'elles n'ont pas su innover. Leur maintien en vie est donc effectivement un non-sens économique. Les vidéothèques qui n'ont pas su se réinventer au bon moment et ont laissé la place à la VOD, Nokia qui n'a pas pensé que le téléphone mobile pouvait servir à autre chose qu'à téléphoner et a cédé le flambeau à BlackBerry, Samsung, Apple, etc: voilà quelques exemples de destruction créatrice. La fermeture temporaire d'un restaurant ou d'un commerce de détail rendu inaccessible par des travaux publics n'a, par contre, rien à voir avec la destruction créatrice. Du fait de cette fermeture momentanée, les revenus se tarissent tandis que les nombreux frais fixes continuent à courir, ce qui finit par créer un manque de liquidités. Selon les dernières estimations, en Belgique, 50.000 entreprises parfaitement saines avant la crise risquent ainsi de devoir mettre la clé sous le paillasson. Pour éviter à ces entreprises fondamentalement saines au départ un manque de liquidités temporaire qui les empêcherait d'honorer leurs factures et de financer les frais liés à la relance, l'injection ponctuelle de capitaux permettrait d'écarter le danger de la faillite et de l'effet domino. Comme de nombreux Belges ont l'intention de se faire plaisir une fois la crise sanitaire terminée en allant au théâtre et au restaurant, l'avenir s'annonce très prometteur pour ces entreprises qui arriveraient à survivre. La crise a de toute façon conscientisé les Belges de l'utilité des entreprises locales. Ils ne veulent pas assister à la disparition massive des indépendants et des petites entreprises. Oui, les Belges ont de l'argent: ils placent 300 milliards d'euros sur des carnets d'épargne qui coûtent plus qu'ils ne rapportent. Et s'ils injectaient 20% de cette épargne dans les entreprises? Que diriez-vous d'une "obligation spéciale entreprises locales" à cinq ans par exemple? Les pouvoirs publics pourraient jouer le rôle d'intermédiaire et garantir le remboursement des fonds investis. En espérant que cela ne créera pas un nouveau trou dans le budget, rétorquera le lecteur critique. Rappelons qu'il s'agit ici d'entreprises parfaitement saines avant la crise, que leurs bases de données permettent de distinguer des zombies. En temps "normal", le risque de défaut de paiement est de 1 à 3%. Vu les perspectives d'avenir évoquées ci-dessus, le risque ne sera pas plus élevé après la crise du Covid. Les entreprises saines et de bonne foi pourraient recourir à ces fonds sans garanties pour financer leur relance. Etant donné les taux peu élevés, un intérêt de 3% est envisageable. A ce prix, elles disposeraient des liquidités nécessaires, sans garanties, et pourraient solliciter plus facilement leur banque pour d'éventuels investissements supplémentaires. De ces 3%, 2% seraient alloués aux pouvoirs publics en compensation de leur rôle de garant (une opération zéro budget avec un risque de défaut de paiement de 2%) et 1% aux épargnants. La vague des faillites et l'effet domino seraient ainsi évités, l'épargnant se verrait gratifier d'un intérêt positif sur ses fonds entièrement garantis par les pouvoirs publics. Et pour ces derniers, l'opération serait quasi nulle puisque la prime couvrirait le risque de défaut de paiement, ce qui éloignerait bien le spectre des faillites en pagaille. C'est donc bien un win-win-win. Alors, qu'attendons-nous?