Lire la chronique d'Amid Faljaoui
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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

27/09/18 à 11:25 - Mise à jour à 11:24

L'épargnant va encore souffrir pendant dix ans

Victime oubliée de la crise financière de 2008, l'épargnant va encore souffrir pendant dix ans, car son épargne ne sera pas vraiment rémunérée pour permettre aux Etats de rembourser plus tranquillement leur dette publique.

L'épargnant va encore souffrir pendant dix ans

© Getty Images/iStockphoto

L'épargnant serait-il le grand oublié du triste anniversaire des 10 ans de la faillite de la banque américaine Lehman Brothers ? On pourrait le penser. Si certains ont rappelé que nous avons évité le pire en 2008 grâce à l'intervention rapide des gouvernements et que d'autres pensent que malgré cette intervention, nous ne sommes pas encore sortis complètement de cette crise, très peu d'observateurs ont parlé des épargnants, les grandes victimes de cette crise financière. Pour nous sauver d'une crise encore plus profonde, les autorités monétaires en Europe et aux Etats-Unis ont décidé de fixer les taux d'intérêt à 0% lorsqu'ils ne sont pas carrément négatifs ! Résultat : l'épargnant, au lieu d'être récompensé de ne pas consommer, a été puni et a dû se contenter pendant dix ans d'un taux d'intérêt proche de 0%. Je rappelle qu'aujourd'hui encore, le livret d'épargne des Belges a un rendement négatif si l'on tient compte de l'inflation et des frais bancaires. En revanche, le cours des actions a lui triplé en dix ans et les riches sont plus fortunés qu'avant. Et ça, ce n'est pas quelqu'un d'extrême gauche qui le dit, mais une éditorialiste du Financial Times, la bible des hommes d'affaires.

L'épargnant - souvent un retraité - est donc l'autre victime de cette crise à côté des chômeurs bien entendu. Les économistes les plus orthodoxes trouvent cela complètement fou. Pourquoi ? Mais parce que quand les taux à court terme sont quasi à 0%, le signal que vous envoyez aux épargnants, c'est que le temps ne vaut rien - et donc autant consommer. C'est donc une prime au consumérisme alors que le vrai capitalisme repose sur l'épargne qui elle-même nourrit l'investissement. Bref, avec des taux à O%, les gouvernements et les autorités monétaires favorisent le court terme sur le long terme. Est-ce que cela va changer ? La mauvaise nouvelle, c'est que ce ne sera pas le cas. Interrogés par mes confrères suisses du journal Le Temps, plusieurs économistes et historiens pensent que l'épargnant sera encore grugé pendant 10 ans.

Dix ans encore durant lesquels l'épargne des citoyens ne sera pas vraiment rémunérées - et la raison est toute simple : la dette publique reste trop élevée. Tous les gouvernements feront en sorte que les taux d'intérêt restent bas pour pouvoir rembourser la dette publique. Après dix ans de confiscation financière, les épargnants devront encore se contenter d'une très maigre rémunération pendant les dix prochaines années, auf s'ils décident de migrer leur épargne vers les actions mais avec toutes les incertitudes qui vont avec. Il y a des choix plus sympas à faire.

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