C'est Urbain Vandeurzen qui ouvre le débat, s'étonnant de ce que, dix ans après la catastrophique crise financière, les risques aient augmenté dans le système financier mondial.
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C'est Urbain Vandeurzen qui ouvre le débat, s'étonnant de ce que, dix ans après la catastrophique crise financière, les risques aient augmenté dans le système financier mondial. " La cause sous-jacente à la catastrophe de 2007-2008 a été un excès de dettes, et plus précisément la dette hypothécaire pour le financement de l'achat de logements aux États-Unis. Et le 'conditionnement' de ces emprunts hypothécaires dans des instruments financiers peu transparents. Financer avec une dette (=emprunter) n'est évidemment pas une erreur en soi, mais quand la dette totale devient trop élevée et que (le prix de) la contrepartie se retrouve sous pression, le système financier a toutes les chances de devenir instable. La dette publique a pourtant doublé depuis fin 2007, dans le monde entier. Et pour ce qui concerne les entreprises, elle a même plus que doublé. Deux tiers de l'augmentation de la dette des entreprises se situent dans les pays en croissance. En Chine, par exemple, les entreprises cumulent ensemble une dette qui, fin 2017, s'élevait à 161% du PNB. C'est un des taux d'endettement les plus élevés au monde. De plus, dans ces pays en croissance, une telle dette est souvent contractée en dollars et s'alourdit si, par malheur, la devise locale devait être dévaluée. Dans le même temps, les entreprises recherchent de plus en plus un financement (supplémentaire) de leurs dettes en dehors du secteur bancaire. Ces activités bancaires parallèles ne sont pas soumises au contrôle bancaire officiel et pourraient, par exemple, entraîner bien des misères pour les crédits notés BBB (qui valent à peine mieux que les crédits 'toxiques'). " Tel est l'avis d'Urbain Vandeurzen, entrepreneur et investisseur. " Malheureusement, l'économie n'a, quant à elle, pas multiplié sa croissance par deux ", souligne Karel Van Eetvelt. " Les pouvoirs publics et les entreprises empruntent beaucoup, le crédit étant particulièrement bon marché. Et parce que les banques centrales injectent massivement de l'argent dans l'économie, via l'achat d'obligations (d'Etat) (Quantitative Easing), et qu'elles maintiennent le taux d'intérêt à long terme à un niveau bas. Quand il y a beaucoup d'argent disponible, les banques ont deux options : introduire l'argent dans l'économie via des crédits, ou placer elles-mêmes de l'argent auprès de la BCE. Mais cette deuxième option coûte de l'argent... C'est ainsi que, chaque année, le monde financier explose des records d'octroi de crédits à des particuliers et à des entreprises, ce qui fait parfois augmenter le risque dans les dossiers de crédit. Ce choix d'un faible taux d'intérêt est bien entendu censé stimuler l'économie, mais la croissance est loin d'être celle attendue. Les activités bancaires parallèles peuvent avoir du sens en termes de répartition des risques de crédit, et préserveront peut-être les banques des plus mauvais dossiers. Mais Urbain Vandeurzen a raison de pointer les risques dus au manque de contrôle. " Le déclencheur d'une nouvelle crise financière ne sera plus le secteur bancaire classique car les banques sont aujourd'hui bien mieux armées sur le plan technico-financier. Elles font tout pour éviter une nouvelle crise. Karel Van Eetvelt : " Toutes les banques ont augmenté leur fonds de roulement et leurs réserves au cours des dernières années. Les autorités (inter)nationales ont créé un cadre réglementaire strict pour ne pas laisser le monde financier s'emballer dans une nouvelle folie. " Et d'ajouter : " L'exposition de crédit des banques face à la dette dans d'autres pays (dette transfrontalière) a également diminué de 40%. Les récentes sévères difficultés financières en Turquie, par exemple, ne représentent pas d'emblée un grand danger pour le système bancaire mondial, mais pourraient bien comporter quelques dangers pour certaines banques européennes. " Il existe encore d'autres risques. Karel Van Eetvelt : " Notamment la cybercriminalité. Ces risques ne se limitent pas à la sphère criminelle. Prenez la Directive sur les services de paiement (PSD2), la nouvelle loi européenne dans le domaine des opérations de paiement qui oblige les banques à rendre les données des clients (y compris des données sécurisées) plus facilement accessibles pour de nouveaux acteurs, souvent technologiques. L'objectif est de stimuler l'uniformisation et la concurrence. Pensez à la gestion de comptes auprès de plusieurs banques via une seule appli, ou aux paiements via des entreprises qui ne sont pas des banques. Il n'y a rien de mal à de telles pratiques, pour autant que cela n'ouvre pas la porte à des entreprises mal intentionnées. " Le fait que vos données de paiement en disent long sur qui vous êtes et ce que vous faites intéresse de nombreux acteurs. Ce qui n'a pas échappé à Urbain Vandeurzen non plus. " Dans le monde entier, des reprises et des fusions donnent naissance à d'énormes entreprises ICT spécialisées dans le développement de logiciels pour le back-office des banques. " Et d'évoquer une étude réalisée par McKinsey : " Aux États-Unis, la société Fidelity Information Services (FIS) qui fournit des systèmes de paiement à 14.000 banques, a repris, pour 35 milliards de dollars, la société britannique Worldpay, un acteur IT important dans le secteur des cartes de paiement. Cette transaction répondait à la reprise antérieure de First Data par leur concurrent Fiserv, pour un montant de 22 milliards de dollars. La taille est importante dans le secteur Fintech, et c'est bien entendu dans le back-office de banques que vous pouvez découvrir 'quels' clients achètent 'quoi et 'quand'... " Karel Van Eetvelt : " Nous devons identifier les risques et préparer les banques à diverses évolutions (disruptives ou non). L'exemple évoqué par Urbain Vandeurzen révolutionne le monde (bancaire). " Les banques traditionnelles continueront-elles d'exister, ou verra- t-on apparaître un nouveau type de sociétés financières ? " Côté coulisses, les banques doivent partager leurs données avec d'autres acteurs et, côté scène, les Fintechs développent (généralement en partenariat avec les banques) des applis pour améliorer le vécu et la facilité d'utilisation pour les clients. Un vécu par le biais duquel les banques veulent les fidéliser. Le modèle de bénéfice est lui aussi sous pression. La proposition d'applis de paiement modernes et l'offre de base aux clients sont déficitaires pour les banques. Celles-ci doivent donc tirer leur bénéfice d'autres services, comme l'octroi de crédits, la gestion de patrimoine, la banque d'investissement... De nombreuses banques développent d'ailleurs déjà des applications qui sortent du cadre strictement bancaire. Une évolution passionnante. " " Nous devons identifier les risques et préparer les banques à diverses évolutions. " (Karel Van Eetvelt) (Source: Le Vif Extra: Make Money, Be Happy)