C'est d'ailleurs ce que l'on pourrait, à première vue, retenir de l'édition 2019 du Credit Suisse Global Investment Returns Yearbook, une étude qui recense chaque année les performances des principales classes d'actifs dans 23 pays et trois grandes régions du monde. Son intérêt est de pouvoir remonter jusqu'à 1900. Ce solide " annuaire des rendements ", rédigé par trois professeurs de la London Business School, nous enseigne cette année encore que " les actions restent le meilleur investissement à long terme dans le monde, devant les obligations et les bons du Trésor. Elles ont affiché un taux de rendement réel ou corrigé de l'inflation d'un peu plus de 5% ". Sur 119 ans, les actions mondiales ont procuré un rendement réel de 5%, contre seulement 1,9% pour les obligations et 0,8% pour le cash. Un dollar investi dans les Bourses des pays développés en 1900 est devenu 11.821 dollars aujourd'hui. C'est la beauté des rendements cumulés.

Pour être gagnant en Bourse, il faut à la fois tomber dans la bonne fenêtre temporelle, le bon secteur et la bonne zone géographique.

Mais les statistiques sont comme les trains : une statistique peut en cacher une autre. Car pour être gagnant en Bourse, il faut à la fois tomber sur la bonne fenêtre temporelle, le bon secteur et la bonne zone géographique.... Une telle conjonction, comme lorsque l'on joue au bandit manchot, n'arrive pas tous les jours. Car notre horizon individuel d'investissement dépend de notre espérance de vie et de notre capacité d'épargne et il court, malheureusement, sur bien moins longtemps que 119 ans. Et lorsque l'on rétrécit la fenêtre du temps, le paysage peut être très différent. Un investisseur qui aurait commencé à bâtir son portefeuille en 2000 en achetant des actifs de pays développés aurait eu intérêt à investir en obligations, puisque ces dernières lui auraient procuré un rendement réel de 4,6%, bien supérieur aux 2,1% de rendement procuré par les actions. Les deux dernières décennies ont été remarquables pour les obligations. La dernière décennie extraordinaire pour les actions américaines. Mais le passé ne préjuge pas de l'avenir.

Les moyennes sont également trompeuses parce qu'une place boursière n'est pas l'autre : en 1900, la Bourse de Londres représentait à elle seule 25% de la capitalisation mondiale, alors qu'elle ne pèse plus que 5,5% aujourd'hui. En revanche, le poids de Wall Street est passé de 15 à plus de 53%. La surperformance des marchés américains a donc flatté les rendements des actions jusqu'à présent. C'est très bien pour Warren Buffett qui s'est concentré sur des investissements américains. Cela l'est moins pour un épargnant qui se serait centré sur les actifs belges. Entre 2000 et 2018, le return des actions belges n'a été que de 1,7% par an. Et la performance n'est pas très différente sur le très long terme, puisque le rendement annuel sur 119 ans de notre Bourse n'est que de 2,5%.

Et puis, rien ne sert de choisir la bonne zone géographique si l'on se trompe de secteur. En 1900, les compagnies ferroviaires représentaient à elles seules les deux tiers de la capitalisation boursière américaine. Dans les années 1990, le secteur financier était le roi. Aujourd'hui, ce sont les entreprises technologiques, la santé et quelques grands secteurs industriels (chimie, matériaux avancés, etc.) qui se taillent la part du lion. Et demain ?

La leçon de tout ceci n'est pas de décourager l'investisseur. Mais de lui dire qu'un investissement risqué est effectivement risqué. Que le risque réapparaît d'autant plus aujourd'hui. Que pour réduire le danger, il convient d'être réactif et de diversifier un maximum. Et que non, il n'y a pas de free lunch. Ceux qui ont le goût du risque doivent s'attendre, parfois, à ressentir des aigreurs d'estomac.