Petit ou grand, l'investisseur qui veut placer son argent intelligemment aime avoir une vue à moyen ou long terme de l'évolution de ses actifs. Or, l'issue du Brexit, l'après-conflit commercial, etc., demeurent aujourd'hui plus qu'incertains. Il est donc tentant pour lui de sauter d'un investissement à un autre. Multiplier les transactions est pourtant une erreur : chaque ordre d'achat ou de vente s'accompagne de frais et de taxes, qui grèvent le rendement.
...

Petit ou grand, l'investisseur qui veut placer son argent intelligemment aime avoir une vue à moyen ou long terme de l'évolution de ses actifs. Or, l'issue du Brexit, l'après-conflit commercial, etc., demeurent aujourd'hui plus qu'incertains. Il est donc tentant pour lui de sauter d'un investissement à un autre. Multiplier les transactions est pourtant une erreur : chaque ordre d'achat ou de vente s'accompagne de frais et de taxes, qui grèvent le rendement. D'où l'importance des prévisions, les plus prospectives possible. " La plupart des gestionnaires d'actifs et des banques formulent des prévisions à six à 12 mois, parce que c'est ce que leurs clients leur demandent, explique Jaap Hoek, stratégiste portefeuille chez le gestionnaire d'actifs néerlandais Robeco. Mais nous comptons dans notre clientèle des fonds de pension, dont l'horizon ne se limite pas aux quelques mois qui viennent, tant s'en faut. " Nous avons donc demandé à des stratégistes et des économistes si les investisseurs qui s'engagent aujourd'hui pour cinq ou 10 ans risquent de le regretter plus tard. Tous estiment qu'il faut continuer à investir, mais aussi revoir ses ambitions légèrement à la baisse. De quels facteurs les rendements seront-ils tributaires ? Dans quoi faut-il investir ? La réponse aux six questions qui suivent devrait permettre à l'investisseur de comprendre au mieux la situation, afin qu'il opère les placements les plus intéressants possibles. Les incertitudes qui entourent le conflit commercial sont l'une des principales causes de l'essoufflement de l'économie et du ralentissement des investissements des entreprises. " Imaginez que Donald Trump et Xi Jinping se tombent subitement dans les bras : la conjoncture économique changerait du tout au tout, affirme Luc Aben, économiste en chef chez Van Lanschot Bankiers. Je m'attends à un accord cosmétique et temporaire à brève échéance, mais pas à une solution structurelle. Ceci dit, 2020 ne sera sans doute pas extraordinaire, mais pas nécessairement dramatique non plus. " Pour Simona Mocuta, économiste chez le gestionnaire de fonds américain State Street Global Advisors, la guerre commerciale ne s'arrêtera pas avec le départ de Donald Trump de la Maison Blanche. " Peu importe qui sera le prochain président des Etats-Unis : cette histoire va se prolonger sur des années. Il est même possible que quelqu'un comme la candidate démocrate Elizabeth Warren fasse intervenir la question des droits humains, ce qui nous éloignerait d'autant plus d'une solution. En revanche, le style et le ton de la discussion, eux, peuvent changer. " Ce serait déjà une bonne chose, car l'imprévisibilité de l'évolution du différend pèse plus sur la croissance économique que les tarifs douaniers eux-mêmes. " Ce ne sont pas les droits de douane qui incitent les entreprises à reporter leurs investissements - les montants en jeu ne sont pas si élevés - mais les doutes qui entourent l'évolution du conflit ", confirme Simona Mocuta. L'experte est convaincue que la nature de l'affrontement n'est pas juste commerciale. " Depuis son adhésion à l'Organisation mondiale du commerce, en 2001, la part de la Chine dans les exportations mondiales de marchandises a augmenté de manière exponentielle. La Chine a dépassé le Japon et les Etats-Unis sur ce plan. Le différend tourne donc autour du déficit commercial américain à l'égard de la Chine, mais aussi de ce que cette somme permet de financer. Il y a 20 ans, les Chinois ne dépensaient pour leur armée qu'une fraction de ce que déboursaient les Américains ; aujourd'hui, le budget militaire chinois approche des 40% du budget américain. L'enjeu est donc celui de l'hégémonie mondiale. " L'Europe et les pays émergents sont les principales victimes de la situation. Jaap Hoek estime pourtant qu'à terme, l'Union pourrait en tirer profit. " Pour l'instant, elle est très vulnérable à la baisse de la demande. Mais elle devient aux yeux de la Chine un marché et un partenaire intéressant. Si une entreprise chinoise veut investir, tout porte à croire qu'elle se tournera plutôt vers l'Europe que vers les Etats-Unis ", prédit-il. Sans tourner autour du pot, Jaap Hoek et Peter van der Welle, lui aussi stratégiste chez Robeco, affirment qu'une récession au cours des cinq prochaines années est inévitable. Mais quand surviendra-t-elle ? " Les risques de récession d'ici à cinq ans sont réels, renchérit Luc Aben. Les Etats-Unis viennent de vivre une très longue période de croissance soutenue ; une récession technique (deux trimestres de croissance négative, Ndlr) à moyen terme est inévitable. " Pour Luc Aben, le terme " récession " évoque automatiquement, dans l'esprit des investisseurs, ce qui s'est passé il y a 10 ans. " Mais une récession n'est pas nécessairement dramatique ", nuance-t-il. Simona Mocuta et Gaurav Mallik, responsable de la stratégie portefeuille chez State Street Global Advisors, ne sont pas particulièrement inquiets non plus. " Il y aura toujours des hauts et des bas de nature cyclique. Mais est-ce le plus important pour l'investisseur ? Bien que l'Allemagne soit aujourd'hui proche d'une récession technique, je préfère investir dans la plus grande économie de la zone euro que dans un pays comme l'Italie, qui échoue à réduire son endettement colossal ", tranche Simona Mocuta. " Il existe en outre une énorme différence entre l'industrie et les services, rappelle l'économiste. L'industrie est en crise, mais le secteur tertiaire se porte toujours bien et résiste d'ailleurs beaucoup mieux qu'au cours des cycles économiques précédents. Même dans un pays comme l'Allemagne, l'industrie ne représente que 22 % du produit intérieur brut (PIB). Des signes montrent du reste que la crise dans l'industrie approche lentement de son étiage. " Pour Jan Vergote, le stratégiste en chef de Belfius, c'est le consommateur surtout qui maintient l'économie à flot, grâce à la hausse du pouvoir d'achat et à l'excellente santé du marché de l'emploi. " Aux Etats-Unis, le taux de chômage est incroyablement bas, mais c'est vrai ailleurs dans le monde, rebondit Simona Mocuta. Les salariés n'ont pas peur de démissionner et de chercher un autre job. Les employeurs se plaignent de ne pas pouvoir combler les postes vacants. Les salaires augmentant à peine, l'inflation salariale est quasi nulle. " Selon l'économiste, la création d'emplois ralentit, certes, mais elle suffit toujours à soutenir la croissance de l'économie. " La croissance de l'emploi reste positive, mais elle n'est plus à son apogée, constate Luc Aben. Ce qui ne devrait pas empêcher les dépenses de consommation au sein de la zone euro d'encore augmenter d'un petit pour cent par an. Tant que ce sera le cas, la croissance économique sera au rendez-vous. " Pour Jan Vergote, bien qu'un Brexit dur soit susceptible de déclencher une récession dans la zone euro ou au Royaume-Uni, les flux commerciaux finiront par se rétablir et il y a peu de raisons de craindre une crise de la dette mondiale. " Je n'en peux plus d'entendre parler du Brexit ", s'agace Luc Aben. Cette histoire dure depuis si longtemps que les gestionnaires d'actifs ne se hasardent plus à formuler des prévisions. Il n'en est pas moins clair qu'un divorce sans accord nuirait à l'économie européenne et, surtout, britannique. Peter van der Welle estime que la capacité de réaction des banques centrales est beaucoup plus faible que lors des précédentes récessions. " Après les périodes d'expansion économique de l'après-guerre, la Banque centrale américaine a abaissé son taux directeur de 400 à 600 points de base en moyenne, énonce l'expert. Elle n'a plus cette possibilité puisqu'au début de cette année, son taux directeur ne dépassait pas 2,25 à 2,5 % et qu'il plafonne désormais à 1,5-1,75 %. Le taux directeur de la Banque centrale européenne (BCE) est même nul. Les banquiers centraux pourraient arrêter des mesures non conventionnelles dans le but de compresser davantage encore les taux d'intérêt, mais ce serait difficile, surtout pour la BCE. Sans compter qu'ils se heurteraient à toutes sortes de limites légales. Il convient en outre de se demander si la valeur ajoutée de ces mesures serait suffisamment importante. " D'autant que la politique de la BCE commence à nuire aux épargnants, à qui leur bas de laine ne rapporte plus rien, et aux banques, dont la rentabilité est sous pression. " La balle est de plus en plus dans le camp des gouvernements, constate Jaap Hoek. Ce sera à eux d'agir en cas de récession mondiale. Ils disposent d'une marge de manoeuvre budgétaire, en particulier en Europe du Nord. Aux Etats-Unis et en Chine, cette marge est beaucoup plus étroite. Le tableau est donc varié. " Luc Aben ne compte pas encore sur une inflation des dépenses publiques : " On parle beaucoup de relance budgétaire, mais on ne voit rien venir. L'Allemagne et les Pays-Bas, par exemple, pourraient entamer le mouvement : ils en ont les moyens. Mais c'est en vain que l'on chercherait des prévisions en ce sens dans leurs projets de budget. Les taux d'intérêt sont atones et avec un peu de créativité, d'autres pays encore pourraient faire tourner l'argent. Malheureusement, il faudra probablement que se produise un événement grave pour que certains des Etats membres de l'UE se décident à agir. " Les Etats qui peuvent, ne veulent pas et ceux qui veulent, ne peuvent pas. " Ce n'est pas parce qu'il existe que le budget sera utilisé demain, prévient Peter van der Welle. Les gouvernements néerlandais et allemand n'ont pas spécialement envie de passer outre les normes de Maastricht. La BCE peut faire gagner du temps à d'autres pays, en maintenant longuement les taux d'intérêt à un bas niveau. Un endettement supérieur à 130 % du PIB, comme en Italie, n'est toutefois pas nécessairement problématique. Même les pays du sud de l'Europe disposent d'une certaine marge de manoeuvre. " "Les risques de récession d'ici à cinq ans sont réels, renchérit. Mais une récession n'est pas nécessairement dramatique." - Luc Aben (Van Lanschot) Jaap Hoek estime lui aussi que les gouvernements européens sont enfermés dans un carcan, mais pense que la pression sera un jour si forte que la Commission n'aura d'autre choix que de s'affranchir de ses normes budgétaires. " Outre-Rhin, les choses pourraient bien changer après les élections, analyse-t-il. Et avec Christine Lagarde à la tête de la BCE, nous avons tout pour convaincre les gouvernements de prendre des mesures de relance budgétaire. Les Etats-Unis sont ouverts à tout dès que le climat économique se dégrade ne serait-ce qu'un peu. L'Europe va-t-elle se doter d'une politique budgétaire ? Nous pensons qu'elle le fera dans les cinq prochaines années. " Simona Mocuta ajoute qu'il ne suffit pas que l'Etat allemand, par exemple, investisse en Allemagne : " L'Europe va devoir se doter d'un système destiné à faciliter les investissements institutionnels dans les infrastructures par-delà les frontières ", précise-t-elle. " Les investisseurs placent près de la moitié (49 % environ) de leur argent dans des obligations les plus diverses, constate Gaurav Mallik. Si quelqu'un veut investir comme tout le monde, pourquoi pas ? " Les obligations souveraines représentent la grande majorité de ces investissements, alors qu'un pour cent à peine des actifs disponibles sont investis dans des obligations à haut rendement (parfois dites pourries), émises par des entreprises moins bien notées. Puisque son compte d'épargne lui rapporte 0,11 % au moins, on comprend que l'investisseur particulier hésite à acheter des obligations dont le rendement ne dépasse pas 0 %. Luc Aben estime néanmoins important de continuer à investir en obligations. " Moins que par le passé, c'est vrai, mais ce n'est pas une raison pour y renoncer définitivement. Cela fait trois ans qu'on dit que les taux ne peuvent plus baisser. Or, ils continuent à le faire. L'an dernier, actions et obligations ont largement contribué au rendement des portefeuilles mixtes. Si une grave récession devait survenir - ce que nous ne craignons pas mais que nous ne pouvons pas non plus exclure totalement -, le taux à 10 ans belge chuterait bien en deçà de zéro. Il ne faut jamais mettre tous ses oeufs dans le même panier ", rappelle-t-il. Jan Vergote confirme que les obligations servent d'amortisseurs quand les marchés d'actions jouent aux montagnes russes : " Les obligations d'Etat et des entreprises sont extrêmement onéreuses et les rendements escomptés sont limités, voire négatifs. Mais en cas de krach sur les marchés financiers, leur présence en portefeuille serait la bienvenue ", confirme-t-il. Interrogé sur les obligations qui demeureraient rentables, Luc Aben évoque les obligations des entreprises et les obligations des pays émergents : " Sans les exclure totalement, nous nous détournons partiellement des obligations souveraines. Les rendements des obligations d'entreprises sont loin d'être extraordinaires, mais ils peuvent être de 1 ou 1,5 % plus élevés. Par ailleurs, de nombreux pays émergents ont assaini leurs finances. Nous misons sur eux par le biais à la fois des obligations et des actions. Les obligations émergentes libellées en dollar offrent un rendement qui peut aller jusqu'à 5 ou 6 % ; elles sont une sorte de moyen terme entre les actions et les obligations d'Etat 'sûres'. Nous préférons du reste les obligations des marchés émergents aux obligations à haut rendement émises par des entreprises mal notées. " Les gestionnaires professionnels de portefeuilles et de fonds interviennent activement dans les portefeuilles obligataires. " Nous réagissons à l'évolution des écarts de taux. L'exercice est beaucoup plus difficile pour l'investisseur particulier ", note Luc Aben. Jan Vergote recommande d'opter pour des fonds obligataires flexibles, qui investissent dans toutes les catégories d'obligations. Malgré le risque de récession, Jaap Hoek et Peter van der Welle estiment que les actions des pays industrialisés généreront un rendement de 3,25 % l'an en moyenne entre 2020 et 2024, contre 3,75 % pour celles des pays émergents. " En termes absolus, le rendement des actions sera inférieur à sa moyenne historique au cours des cinq années qui viennent, mais le phénomène sera dû à la faiblesse des taux d'intérêt, pas à la prime de risque, affirment-ils. En termes relatifs, c'est-à-dire par rapport aux liquidités ou aux obligations à court terme, les actions devraient afficher un rendement normal. Pourquoi les gens investissent-ils en actions ? Pour obtenir plus de rendement que sur les comptes d'épargne et les obligations. Continuer à investir en actions a donc du sens. " Mais les investisseurs ne seront sans doute pas récompensés pour les risques qu'ils prennent en optant pour des actions de pays émergents. " Si les choses tournent mal, ils récupéreront tout simplement leur argent. Il nous paraît d'ailleurs peu probable que le conflit sino-américain s'achève d'une manière réellement satisfaisante. Les velléités de protectionnisme ne sont jamais bonnes pour les pays émergents ", déplore Jaap Hoek. Luc Aben ne croit pas à une baisse du rendement réel des actions. " Nous effectuons des pronostics à long terme fondés sur la croissance économique escomptée et sur la valorisation des actifs : quels sont les rendements de dividende et les ratios cours/bénéfice des actions ? Sur quelles marges bénéficiaires les entreprises comptent-elles ? Etc. Un rapport cours/bénéfice de 13 à 14 en moyenne n'a rien d'exceptionnel pour les actions européennes, dont le rendement à long terme devrait donc, selon nous, tourner autour de 5,5 %. Ce chiffre est légèrement inférieur aux rendements historiques, mais l'inflation est également plus faible. Le rendement réel devrait donc être conforme à la moyenne historique. Les actions américaines devraient rapporter un peu moins de 3,5 % à long terme et les asiatiques, un peu plus de 6 %. " Selon Luc Aben toujours, il suffirait que les entreprises enregistrent une croissance bénéficiaire de 5 à 7 % pour que les investissements en actions génèrent des rendements satisfaisants ces prochaines années. Jan Vergote confirme : pour lui, les actions sont un must. Il s'attend à un rendement à long terme de 6 à 6,5 % pour les actions européennes et à des résultats légèrement inférieurs aux Etats-Unis et au Japon, mais un peu plus élevés dans les pays émergents et au Royaume-Uni. Mais attention, " le market timing (qui consiste à prendre des décisions d'achat ou de vente d'actifs financiers en tentant de prévoir les fluctuations des prix du marché, Ndlr)n'est pas une bonne stratégie, avertit-il. Elle est totalement inopérante. Plusieurs études ont démontré que le fait de rater d'excellentes occasions sur les marchés mine complètement les rendements à long terme. Dans le contexte actuel, il faut plus que jamais miser sur la diversification, en répartissant les investissements en actions entre toutes les régions et tous les secteurs. " Pour Gaurav Mallik, il est clair qu'aujourd'hui, les investisseurs qui veulent obtenir du rendement doivent prendre des risques. " Dans le cas des actions, le rendement devra provenir d'une hausse des bénéfices. Le risque d'être déçu par les résultats des entreprises américaines est le plus faible. En Europe et dans les pays émergents, il est plus important, mais le potentiel est à l'avenant. C'est pourquoi nous conservons des liquidités : si, par exemple, nous obtenons la confirmation que l'Europe va prendre ses problèmes à bras-le-corps ou que le pire de la crise industrielle est passé, nous nous en servirons pour investir davantage en actions européennes. " Mais les investisseurs qui paient en euros n'oublieront pas de surveiller le risque de change... " Nous sommes nous-mêmes légèrement plus prudents qu'avant avec les actions européennes, admet Luc Aben. La guerre commerciale touche principalement l'Europe et les pays émergents. " Notre spécialiste n'en déconseille pas moins aux investisseurs européens de placer tout leur argent en actions américaines, car le rendement en euro pourrait être influencé par les fluctuations du dollar. " Investir en actions est déjà suffisamment risqué ", conclut-il. Pour Luc Aben, les solutions de rechange sont rares. " On peut évidemment envisager d'investir dans des matières premières, comme le pétrole. Mais acheter des barils de pétrole est tout sauf pratique. Le particulier ne peut investir dans des matières premières comme celle-là que par le biais de produits dérivés dont le rendement final n'a souvent rien à voir avec l'évolution du cours du sous-jacent. Il faut bien comprendre le marché, ainsi que le processus de formation des prix, pour arriver à gagner de l'argent avec des contrats futures sur le pétrole. Il est à mon avis beaucoup plus facile de réagir à une hausse annoncée du cours en investissant dans des actions de producteurs. " Jan Vergote ajoute que les prix de la plupart des matières premières dépendent de la croissance chinoise, laquelle est aujourd'hui orientée à la baisse. " D'où l'offre excédentaire de minerai de fer et de pétrole, par exemple. Seul un net redémarrage rendra les matières premières potentiellement intéressantes ", prédit-il. Certains investisseurs voient dans l'or une protection en cas de baisse, ce que Luc Aben ne confirme pas : " Les actifs financiers sont valorisés sur la base des flux de trésorerie. Mais l'or ne génère ni revenus, ni intérêts. Il suffirait que les obligations souveraines américaines rapportent juste un peu plus pour que l'or perde tout son attrait. Comme les taux d'intérêt réels américains ne devraient plus baisser de sitôt, l'or ne devrait pas remonter dans l'immédiat ". Gaurav Mallik n'est pas tout à fait de cet avis : " L'or offre une protection contre les risques géopolitiques. Une position tactique de 2 à 3 % me semble actuellement appropriée. Le prix de l'or suit sa propre voie et ne fluctue pas avec celui des actions ou des matières premières : c'est un avantage quand les marchés reculent ". On entend parfois dire de l'immobilier qu'il est le principal concurrent des gestionnaires d'actifs. Pour Jan Vergote, il convient d'opérer une distinction entre immobilier physique et immobilier papier. " Les actions immobilières, dont le rendement atteint celui des actions à long terme, ont leur place dans les portefeuilles d'actions bien diversifiés. En revanche, acheter une maison ou un appartement est une décision personnelle et le rendement obtenu dépend de nombreux facteurs tels que l'emplacement, le risque de vide locatif, le précompte immobilier, etc. ", énumère-t-il. Luc Aben n'ignore pas que le commun des mortels aime posséder quelque chose de tangible, comme un bien immobilier, alors qu'il a peu envie de suivre les fluctuations journalières du cours des actions. " Aux propriétaires aussi, je dis : diversifiez ! Les gens investissent souvent dans des immeubles proches les uns des autres. Il suffirait que la Région revoie son plan de secteur pour qu'ils se déprécient. Nous investissons dans l'immobilier, par l'intermédiaire de groupes immobiliers cotés, pour le compte de nos clients ; nous pourrions sortir de ce secteur demain, alors que les biens dont les particuliers sont propriétaires ne sont pas liquides. Aux actions immobilières sont en outre souvent liés des rendements nets plus élevés que ceux de l'immobilier physique ", conclut-il. Ilse De Witte