Comme l'éducation, l'économie est souvent une question d'incitation. Et en cette matière, il s'agit de réfléchir à deux fois à ce que l'on fait. Le philosophe Michael Sandel raconte par exemple qu'en Israël, certaines crèches en avaient assez des parents qui venaient chercher leur enfant en retard. Elles avaient alors décidé d'instaurer une amende. Paradoxalement, cela avait accru le nombre de retardataires. Auparavant, les parents essayaient d'arriver à l'heure pour ne pas faire attendre les puéricultrices. Mais avec l'amende, les parents payaient pour un service: celui de garder leur enfant un peu plus tard.
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Comme l'éducation, l'économie est souvent une question d'incitation. Et en cette matière, il s'agit de réfléchir à deux fois à ce que l'on fait. Le philosophe Michael Sandel raconte par exemple qu'en Israël, certaines crèches en avaient assez des parents qui venaient chercher leur enfant en retard. Elles avaient alors décidé d'instaurer une amende. Paradoxalement, cela avait accru le nombre de retardataires. Auparavant, les parents essayaient d'arriver à l'heure pour ne pas faire attendre les puéricultrices. Mais avec l'amende, les parents payaient pour un service: celui de garder leur enfant un peu plus tard. Un autre exemple? En Grande-Bretagne, note l'économiste Etienne de Callataÿ, les autorités avaient décidé de ralentir la vitesse des trains pour réduire le risque de nouvel accident et diminuer le nombre de victimes en cas de nouvelle catastrophe. Il en résulta un transfert de clientèle de la voie ferrée, devenue trop lente, vers la voiture avec comme résultat davantage de pollution et d'accidents de la route. Le gouvernement wallon semble être tombé lui aussi dans le piège des incitations perverses et contre-productives en décidant voici quelques jours d'indemniser toutes les personnes qui n'étaient pas assurées contre les inondations et en délivrant aux victimes un montant "correspondant au prix d'une maison ouvrière". Outre le fait qu'une maison ouvrière à Trazegnies n'a pas la même valeur qu'à Namur ou Lasne (mais y a-t-il des maisons ouvrières à Lasne? ), la décision wallonne est un cas typique de mauvaises incitations qui peuvent déboucher sur une situation très problématique. Car si tous ceux qui n'étaient pas assurés reçoivent une indemnisation, à quoi bon payer une prime d'assurance? Et si ceux qui étaient assurés se voient recevoir une indemnisation moindre que leur voisin qui ne l'était pas, ils seront tentés de résilier leur police. Certes, on comprend le sens de la mesure. Certes, il fallait aider ceux qui n'avaient pas les moyens de s'assurer. Mais pourquoi, plutôt que de passer par le CPAS ou de construire des logements sociaux et les mettre à disposition de ceux qui sont sans toit, doit-on indemniser TOUS les non-assurés, mêmes ceux qui avaient sciemment décidé de ne pas se protéger? Cela va totalement à l'encontre du principe de l'assurance qui consiste à réunir un maximum de personnes cotisant pour mutualiser les risques. Qui sera demain assez bête pour souscrire encore à une assurance inondation? Par ailleurs, le faitque les pouvoirs publics interviennent quoi qu'il en coûte et sans discernement peut aussi jouer en faveur des assureurs qui, pour conserver leur clientèle, pourraient se montrer généreux dans les remboursements puisque, de toute façon, on leur a dit qu'au-delà d'un certain montant, c'est l'Etat qui paye. Ce comportement n'est pas l'apanage de la Région wallonne. Finalement, c'est la même volonté de repasser la patate chaude, au prix d'un nouveau trou dans le budget, qui avait incité voici des années le fédéral à vouloir rembourser les coopérateurs d'Arco après la débâcle de Dexia. Mais le fédéral s'était heurté au mur du droit européen... On ne peut que se rallier à Etienne de Callataÿ lorsque, commentant la décision wallonne dans Le Vif, il lâche le mot de populisme. "Le populisme, dit-il à nos confrères, c'est la démagogie, c'est ne pas oser dire des choses désagréables aux citoyens. Cela donne l'impression que l'argent tombe du ciel ou que l'on peut aller chercher les montants dans les poches des riches." Et l'économiste d'ajouter qu'en définitive, "la collectivité et la classe moyenne payeront la facture". On ne peut mieux dire.