Autrefois dépendante de la pêche, l'île isolée aux confins de l'Arctique était devenue un pays de banquiers avec un système financier très dynamique. À l'aube de la crise, ses habitants jouissaient du niveau de vie le plus élevé du monde. Le bilan cumulé des trois grandes banques islandaises - Kaupthing, Landsbanki, Glitnir - représente alors plus de dix fois le PIB du petit pays volcanique.

Le trio pousse à l'emprunt avec des taux alléchants. Sur une population d'à peine 320.000 habitants, quelque 70.000 familles vivent à crédit, endettées parfois jusqu'au cou pour s'acheter de rutilants 4x4 ou de spacieuses maisons. Mais le 15 septembre 2008, la banque d'affaires américaine Lehman Brothers fait faillite et les marchés mondiaux du crédit se referment. Pour les banques islandaises qui ont payé leur expansion internationale effrénée à coup d'emprunts astronomiques, soudain privées de refinancement, c'est une catastrophe.

"Il y a un véritable danger que l'économie islandaise, dans le pire des scénarios, puisse être entraînée dans le tourbillon avec les banques et la conséquence possible serait la faillite", met alors en garde le chef du gouvernement conservateur de l'époque, Geir Haarde. La couronne islandaise perd la moitié de sa valeur en quelques mois et l'inflation grimpe à 18%. Les autorités instaurent un strict contrôle des capitaux, prennent le contrôle des banques incapables de faire face à leurs engagements, et appellent le Fonds monétaire international à l'aide.

L'île devient le premier pays occidental depuis la Grande-Bretagne en 1976 à être placé sous perfusion du FMI, qui lui accorde un prêt d'urgence de 2,1 milliards de dollars en octobre 2008. Mais l'onde de choc s'est déjà diffusée à l'étranger. Icesave, filiale en ligne de Landsbanki, annonce la suspension des comptes bancaires, semant la panique parmi des centaines de milliers d'épargnants britanniques et néerlandais qui y ont placé leurs économies. Réclamant à l'instar des Pays-Bas le dédommagement de ses ressortissants, la Grande-Bretagne utilise une loi anti-terroriste pour geler des avoirs de Landsbanki.

Le dénouement prendra des années. À Reykjavík, la "révolution des casseroles" voit des milliers de manifestants tambouriner sur des ustensiles de cuisine pour réclamer le départ du gouvernement de centre-droit. Un quart des Islandais ont perdu leurs économies et le pays connaît sa plus grande vague d'émigration depuis la fin du XXe. Le peuple est appelé à écrire une nouvelle Constitution mais ce qui devait être l'aboutissement d'une révolution démocratique retombe comme un soufflé.

Longtemps jalouse de son indépendance, l'Islande flirte avec l'idée de rejoindre l'Union européenne et ouvre des négociations d'adhésion en 2009, avant d'y renoncer six ans plus tard à l'occasion d'une alternance. Entre-temps, l'île a renoué avec la croissance en 2011. Son économie progresse même de 7,2% en 2016, le taux le plus élevé parmi les pays de l'OCDE. La recette de ce redressement spectaculaire?

"Une combinaison d'actions et de pure chance", selon Jón Thór Sturluson, directeur général adjoint de l'Autorité de surveillance financière. Les économistes saluent des politiques budgétaires expansionnistes de l'État, à contre-courant des mesures d'austérité imposées en Grèce, mais soulignent aussi les retombées d'un boom touristique dû en partie au hasard. Encouragé par la faiblesse de la devise nationale, le tourisme a également été dopé par... l'éruption du volcan au nom imprononçable d'Eyjafjallajökull en 2010.

"D'autres choses ont contribué: une baisse du prix du pétrole qui a rendu le transport aérien moins cher, les printemps arabes qui ont fermé des destinations touristiques populaires en Afrique du Nord", analyse Thórólfur Matthiasson, professeur d'économie à l'Université d'Islande. Quelque 2,2 millions de personnes - soit près de sept fois la taille de la population islandaise - ont visité l'île en 2017. Pour M. Sturluson, directeur général adjoint de l'Autorité de surveillance financière, les nombreux garde-fous mis en place rendent aujourd'hui impossible une nouvelle crise financière. Ou quasiment...

"L'objectif est de créer un système suffisamment résistant pour pouvoir survivre à une défaillance d'une seule banque", estime-t-il. "Nous n'en sommes pas encore là."

Autrefois dépendante de la pêche, l'île isolée aux confins de l'Arctique était devenue un pays de banquiers avec un système financier très dynamique. À l'aube de la crise, ses habitants jouissaient du niveau de vie le plus élevé du monde. Le bilan cumulé des trois grandes banques islandaises - Kaupthing, Landsbanki, Glitnir - représente alors plus de dix fois le PIB du petit pays volcanique. Le trio pousse à l'emprunt avec des taux alléchants. Sur une population d'à peine 320.000 habitants, quelque 70.000 familles vivent à crédit, endettées parfois jusqu'au cou pour s'acheter de rutilants 4x4 ou de spacieuses maisons. Mais le 15 septembre 2008, la banque d'affaires américaine Lehman Brothers fait faillite et les marchés mondiaux du crédit se referment. Pour les banques islandaises qui ont payé leur expansion internationale effrénée à coup d'emprunts astronomiques, soudain privées de refinancement, c'est une catastrophe. "Il y a un véritable danger que l'économie islandaise, dans le pire des scénarios, puisse être entraînée dans le tourbillon avec les banques et la conséquence possible serait la faillite", met alors en garde le chef du gouvernement conservateur de l'époque, Geir Haarde. La couronne islandaise perd la moitié de sa valeur en quelques mois et l'inflation grimpe à 18%. Les autorités instaurent un strict contrôle des capitaux, prennent le contrôle des banques incapables de faire face à leurs engagements, et appellent le Fonds monétaire international à l'aide. L'île devient le premier pays occidental depuis la Grande-Bretagne en 1976 à être placé sous perfusion du FMI, qui lui accorde un prêt d'urgence de 2,1 milliards de dollars en octobre 2008. Mais l'onde de choc s'est déjà diffusée à l'étranger. Icesave, filiale en ligne de Landsbanki, annonce la suspension des comptes bancaires, semant la panique parmi des centaines de milliers d'épargnants britanniques et néerlandais qui y ont placé leurs économies. Réclamant à l'instar des Pays-Bas le dédommagement de ses ressortissants, la Grande-Bretagne utilise une loi anti-terroriste pour geler des avoirs de Landsbanki. Le dénouement prendra des années. À Reykjavík, la "révolution des casseroles" voit des milliers de manifestants tambouriner sur des ustensiles de cuisine pour réclamer le départ du gouvernement de centre-droit. Un quart des Islandais ont perdu leurs économies et le pays connaît sa plus grande vague d'émigration depuis la fin du XXe. Le peuple est appelé à écrire une nouvelle Constitution mais ce qui devait être l'aboutissement d'une révolution démocratique retombe comme un soufflé. Longtemps jalouse de son indépendance, l'Islande flirte avec l'idée de rejoindre l'Union européenne et ouvre des négociations d'adhésion en 2009, avant d'y renoncer six ans plus tard à l'occasion d'une alternance. Entre-temps, l'île a renoué avec la croissance en 2011. Son économie progresse même de 7,2% en 2016, le taux le plus élevé parmi les pays de l'OCDE. La recette de ce redressement spectaculaire? "Une combinaison d'actions et de pure chance", selon Jón Thór Sturluson, directeur général adjoint de l'Autorité de surveillance financière. Les économistes saluent des politiques budgétaires expansionnistes de l'État, à contre-courant des mesures d'austérité imposées en Grèce, mais soulignent aussi les retombées d'un boom touristique dû en partie au hasard. Encouragé par la faiblesse de la devise nationale, le tourisme a également été dopé par... l'éruption du volcan au nom imprononçable d'Eyjafjallajökull en 2010. "D'autres choses ont contribué: une baisse du prix du pétrole qui a rendu le transport aérien moins cher, les printemps arabes qui ont fermé des destinations touristiques populaires en Afrique du Nord", analyse Thórólfur Matthiasson, professeur d'économie à l'Université d'Islande. Quelque 2,2 millions de personnes - soit près de sept fois la taille de la population islandaise - ont visité l'île en 2017. Pour M. Sturluson, directeur général adjoint de l'Autorité de surveillance financière, les nombreux garde-fous mis en place rendent aujourd'hui impossible une nouvelle crise financière. Ou quasiment... "L'objectif est de créer un système suffisamment résistant pour pouvoir survivre à une défaillance d'une seule banque", estime-t-il. "Nous n'en sommes pas encore là."