L'économie européenne ressemble à cet âne têtu qu'un muletier exaspéré cravache et abreuve d'injures mais qui refuse obstinément d'accélérer. Voici quelques jours, à l'issue de sa première réunion de l'année, le conseil des gouverneurs de Banque centrale européenne (BCE) devait bien admettre que la machine économique européenne tournait au ralenti.
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L'économie européenne ressemble à cet âne têtu qu'un muletier exaspéré cravache et abreuve d'injures mais qui refuse obstinément d'accélérer. Voici quelques jours, à l'issue de sa première réunion de l'année, le conseil des gouverneurs de Banque centrale européenne (BCE) devait bien admettre que la machine économique européenne tournait au ralenti. La BCE a en effet revu une fois encore les prévisions de croissance de la zone euro à la baisse. Elle ne table plus, pour 2019, que sur une hausse de 1,7% alors qu'elle avait encore espéré 1,8% en septembre. Et comme la décélération a été particulièrement marquée en fin d'année, la zone euro n'a finalement affiché une croissance en 2018 que de 1,8% alors qu'en septembre, on pensait encore pouvoir atteindre les 2%. Pour les années à venir, rien de bien tonique à se mettre sous la dent non plus : la BCE table sur une hausse de 1,7% en 2020 et de 1,5% en 2021. Le président de la BCE Mario Draghi explique cette baisse par " les incertitudes liées aux facteurs géopolitiques, à la menace du protectionnisme, aux vulnérabilités des marchés émergents et à la volatilité des marchés financiers ". Et il ajoute : " le facteur clé à évaluer est la persistance de l'incertitude ". L'Europe n'est pas la seule à ressentir un contrecoup. La Chine, moteur de l'économie mondiale, a réalisé en 2018 sa plus mauvaise performance depuis... 28 ans, en affichant une croissance de 6,6% (quand même). Du coup, l'Allemagne, grande exportatrice, décélère aussi, et au niveau mondial, le FMI abaisse à son tour ses prévisions : l'économie de la planète ne devrait croître cette année que de 3,5%, alors que l'institution annonçait encore 3,7% à l'automne. Il y a plusieurs conséquences à ces prévisions pessimistes. La première est que notre économie belge ne fera pas d'étincelles. La KBC a abaissé les perspectives de croissance économique du pays à 1,2% en 2019 et 1,1% en 2020. Une correction sévère qui s'explique en partie par notre grande sensibilité à l'environnement international, mais aussi par les tensions qui s'observent sur le marché du travail. La seconde, c'est que les taux ne sont pas près de remonter. La BCE prévoit que ses taux directeurs (dont le principal est à 0%) " resteront à leurs niveaux actuels au moins jusqu'à l'été 2019 " et plus longtemps encore tant que l'inflation ne se sera pas un peu réveillée. L'objectif de la BCE est qu'elle s'approche des 2%. On n'y est pas : pour 2019, la BCE elle-même estime que la hausse de prix n'atteindra que 1,6%.