Vous pointez l'écart entre le bon comportement des marchés boursiers et les (très) mauvaises perspectives économiques. Mais le découplage entre la Bourse et l'économie réelle n'est pas neuf, non ?
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Vous pointez l'écart entre le bon comportement des marchés boursiers et les (très) mauvaises perspectives économiques. Mais le découplage entre la Bourse et l'économie réelle n'est pas neuf, non ?Normalement, la Bourse devance l'économie. Elle tient compte d'indicateurs " avancés ", comme les baromètres de confiance, en tablant sur le fait que ces indicateurs se traduisent par après dans la croissance des bénéfices. Or, nous constatons aujourd'hui un gouffre immense entre les valorisations en Bourse et ce à quoi pourraient ressembler les futurs bénéfices. Les marchés réagissent comme s'ils s'attendaient à un fort rebond de l'économie. Mais il ne faut pas se leurrer : aux Etats-Unis, nous aurons probablement un taux de chômage qui passera les 20 %. Il ne reviendra pas à 4% en un claquement de doigts. Ce qui fait la différence, c'est que les banques centrales ont déversé un flot de liquidités sur les marchés. Ce bon comportement des marchés ne reflète pas aussi l'espoir d'un vaccin ?Ça, ce sont des suppositions, c'est jouer à Madame Soleil. Il est probable que l'on trouvera un vaccin. Mais quand ? L'événement auquel nous assistons n'est pas celui-là : c'est le déferlement des liquidités et les taux zéro, voire négatifs, qui ont un effet mathématique. Pour estimer la valeur d'une société, on actualise ses gains futurs sur base des taux d'intérêt. Il y a un monde de différence si l'on escompte les bénéfices d'une société sur base d'un taux de 6% ou de 0,6%. Je ne me prononce pas sur le fait de savoir si c'est bon ou mauvais. Je constate. Et cette situation risque de durer car les banques centrales vont maintenir leurs mesures d'assouplissement monétaire pour soutenir les Etats dont le taux d'endettement explose. En pratique, les épargnants devraient se méfier des actions ?Ce constat n'est pas un conseil de rentrer ou sortir de la Bourse. Je dis seulement qu'il faudra sans doute vivre avec cette situation longtemps. Cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas investir en Bourse : avec des taux à zéro, le rendement n'est plus à trouver dans les obligations mais dans les actions. Il faut aller chercher les titres et les sociétés qui sont à même de payer un dividende correct et sans risque de devoir être sauvées par l'Etat. Je crois que les sociétés immobilières réglementées qui ont une obligation de payer des dividendes par la loi et où l'on peut trouver des sociétés qui ont un business plan solide font partie de celles qui continueront à payer des dividendes. Car il ne faut pas se leurrer : même si les taux sont à zéro, l'inflation ne l'est pas. Le pouvoir d'achat s'effritera donc de toute façon si l'on reste en cash.