Lors de sa réunion de politique monétaire délocalisée à Vilnius, en Lituanie, l'institution a maintenu ses taux d'intérêt à leur plancher historique, où ils devraient rester "au moins jusqu'à la fin du premier semestre 2020", soit une échéance différée de six mois par rapport à ses dernières annonces.

Jusqu'en mars, la BCE promettait un statu quo monétaire "jusqu'à l'été 2019" au moins, avant d'évoquer "la fin 2019" lors de ses deux dernières réunions, alors que les marchés tablaient d'ores et déjà sur une première hausse de taux mi-2020, voire en 2021.

Dans sa traditionnelle conférence de presse de 12H30 GMT, le président de l'institut Mario Draghi devrait souligner que les risques pour la croissance ont augmenté, au vu des tensions commerciales entre les Etats-Unis et leurs principaux partenaires - Chine, Union européenne et désormais Mexique.

D'autres inquiétudes concernent l'Italie, prête à un nouveau bras de fer avec Bruxelles sur l'étendue de ses déficits publics, et la Grèce, où des élections anticipées se tiendront en juillet dans un climat tendu.

Et la perspective au Royaume-Uni d'un Premier ministre eurosceptique succédant à Theresa May renforce la crainte d'un Brexit sans accord, synonyme de pagaille économique et juridique.

- Prêts généreux -

L'inflation dans la zone euro a elle fortement reculé en mai, à 1,2% contre 1,7% en avril, sur fond de baisse sensible des prix du pétrole sur un mois.

Et à 0,8% hors prix volatils de l'énergie, l'inflation "sous-jacente" s'éloigne fortement de l'objectif de l'institution monétaire, pour qui une inflation légèrement sous les 2% "à moyen terme" est censée favoriser l'investissement et l'emploi.

Surtout, les attentes de hausse des prix "à cinq ans", baromètre surveillé de près à Francfort, sont retombées à près de 1,3%, au plus bas depuis que Mario Draghi a pris ses fonctions fin 2011.

"Le risque de désancrage des perspectives d'inflation a augmenté", s'inquiète Eric Dor, Directeur des études économiques à l'IESEG School of Management de Lille.

"Des mesures monétaires audacieuses" paraissent donc "nécessaires", estime Erik Nielsen, chef économiste chez UniCredit. Mais l'équation devient complexe tant la BCE a puisé dans son arsenal depuis 2014, abaissant le coût du crédit tout en rachetant massivement de la dette privée et publique.

Dans l'immédiat, l'institution a détaillé les conditions financières de sa prochaine salve de prêts géants aux banques, baptisés "TLTRO", après deux premiers programmes en 2014 et 2016 destinés à soutenir l'économie, à des conditions jugées généreuses par les observateurs.

- Nouveaux rachats de dette ? -

Lancés en sept vagues entre septembre prochain et mars 2021, avec chaque fois une échéance de deux ans, ils seront accordés à des taux variant de -0,30% à +0,10%, selon la quantité de crédits redistribués par chaque banque dans l'économie.

L'institution devrait en revanche repousser la perspective d'un système de paliers pour amoindrir l'impact du taux négatif sur les liquidités des banques, tant que la distribution de crédit continue à croître à bon rythme en zone euro.

Les milieux financiers attendront aussi de M. Draghi "de nouveaux indices sur la manière dont +tous les instruments de la BCE+ pourraient être mis en oeuvre, si nécessaire", selon Frederik Ducrozet, stratégiste chez Pictet Wealth Management.

En théorie, elle pourrait encore abaisser ses taux, tant que leur niveau n'est pas jugé contre-productif pour l'économie. Ou bien relancer ses achats nets de dette avec au besoin des règles assouplies, ceux opérés entre 2015 et 2018 pour environ 2.600 milliards d'euros ayant asséché en partie le marché.

Pour se décider, l'institution disposera jeudi de nouvelles projections d'inflation et de croissance qui devraient rester prudentes, à l'instar de celles publiées mardi par la Banque mondiale. D'autant que le nouveau chef économiste depuis juin, l'Irlandais Philipp Lane, a la réputation d'être favorable à un soutien appuyé à l'économie.