Du Japon aux Etats-Unis en passant par Hong Kong et maintenant la France, les Etats multiplient les chèques aux citoyens pour contrer la crise. Quel regard jetez-vous sur ce phénomène d'" helicopter money " ?
...

Du Japon aux Etats-Unis en passant par Hong Kong et maintenant la France, les Etats multiplient les chèques aux citoyens pour contrer la crise. Quel regard jetez-vous sur ce phénomène d'" helicopter money " ? La monnaie hélicoptère est, en fait, un transfert d'argent directement aux ménages sans distinction. C'est une idée que l'on retrouve chez Milton Friedman, considéré comme un économiste orthodoxe, ce qui lui donne a priori un certain crédit. Deux modalités sont envisageables. La première consiste à ce que la banque centrale d'un pays donne instruction aux banques commerciales de créditer le compte courant de leurs clients à concurrence d'un certain montant. La seconde modalité est que cet argent soit versé aux ménages par les pouvoirs publics, lesquels se financent, quant à eux, auprès de leur banque centrale. C'est cette seconde forme de monnaie hélicoptère qui apparaît aujourd'hui, qu'il s'agisse du dispositif mis en place par Hong Kong, qui a décidé de donner environ 1.000 euros à tout habitant de 18 ans et plus, de celui prévu par le plan de relance américain, prévoyant 1.200 dollars et un supplément par enfant à charge pour les ménages dont le revenu annuel est inférieur à 100.000 dollars, ou encore du programme qui cible les travailleurs indépendants en Italie. Une telle distribution de cash aux ménages est-elle envisageable chez nous ? Pour la Belgique, la piste d'un financement direct des ménages par la Banque centrale européenne (BCE) n'est pas possible. Notre pays ne décide pas tout seul de ce qui se passe à Francfort, et espérer convaincre les parties autour de la table n'est pas réaliste à ce stade. En revanche, et en suivant les exemples susmentionnés, américain et autres, un financement budgétaire est non seulement envisageable mais aussi praticable. Seriez-vous favorable à une sorte de monnaie hélicoptère à la belge ? Il faut se réjouir que, dans notre arsenal, nous ayons de telles munitions face à une crise comme celle du coronavirus. La question est de savoir si le soutien donné aux ménages gagne ou non à être ciblé. Pour ma part, et plus encore quand l'objectif est de lutter contre une crise économique que contre la déflation, je préfère que soient donnés 2.000 euros à la moitié des Belges qui en ont le plus besoin que 1.000 euros à tous les Belges. L'actionnaire de Colruyt, le fonctionnaire statutaire ou les retraités sont des catégories de la population qui ne souffrent pas de pertes de revenus en raison de la crise. Même si son financement apparaît aisé aujourd'hui, l'argent public reste rare, donc il faut l'affecter au mieux.