Imaginez donc une promenade avec votre chien : vous et lui partez du même point et arrivez au même endroit. Pourtant, votre chien a parcouru une distance bien plus importante. Vous avez suivi le chemin alors que votre chien, non tenu en laisse, s'est amusé à courir à vos côtés, mais a aussi pris la liberté de quitter le sentier, de suivre la piste d'un lapin ou simplement de prendre un peu d'avance pour revenir ensuite vers vous. Bref, comme un chien, les marchés financiers iront toujours là où l'économie (leur " maître) les guide, ce qui ne les empêchera pas de s'éloigner parfois très fort des fondamentaux économiques.
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Imaginez donc une promenade avec votre chien : vous et lui partez du même point et arrivez au même endroit. Pourtant, votre chien a parcouru une distance bien plus importante. Vous avez suivi le chemin alors que votre chien, non tenu en laisse, s'est amusé à courir à vos côtés, mais a aussi pris la liberté de quitter le sentier, de suivre la piste d'un lapin ou simplement de prendre un peu d'avance pour revenir ensuite vers vous. Bref, comme un chien, les marchés financiers iront toujours là où l'économie (leur " maître) les guide, ce qui ne les empêchera pas de s'éloigner parfois très fort des fondamentaux économiques. Cette métaphore permet d'expliquer, par exemple, des situations dans lesquelles, malgré des fondamentaux économiques fragiles, les marchés boursiers se portent bien : les marchés obéissent à d'autres impulsions (parfois psychologiques) et anticipent l'évolution future de l'économie. Dans ce cas, la situation économique présente n'est qu'un élément parmi d'autres pour expliquer l'évolution des marchés, mais à plus long terme, économie et marchés finiront bien par se rejoindre. On a bien besoin de cette métaphore pour expliquer la situation actuelle. Pour rappel, l'année 2019 n'a pas été bonne sur le plan économique. Le secteur industriel a même dû faire face à une récession. La plupart des indicateurs économiques étaient en baisse. Et pourtant, les marchés d'actions ont très bien performé. Ce n'est que l'anticipation d'un rebond en 2020, me direz-vous. Parlons-en, de 2020 ! Les indicateurs semblent, au mieux, montrer une stabilisation de l'économie et quelques progrès du secteur industriel sur fond d'apaisement des tensions commerciales. Pour le reste, en à peine un mois, l'économie mondiale a déjà été (brièvement) secouée par les tensions entre les Etats-Unis et l'Iran et, depuis deux semaines, par la crise du coronavirus dont on ne connaît pas encore l'ampleur ni les dégâts causés à l'économie chinoise. Bref, on est face à un scénario de reprise molle de l'économie mondiale, sur laquelle pèsent de nombreux chocs négatifs. Et pourtant, les marchés boursiers semblent s'accommoder d'un pareil scénario, alors qu'en d'autres circonstances, ils auraient chuté pour moins que cela. Bien sûr, l'explication doit être plus nuancée... mais pour reprendre la métaphore de la promenade en forêt, le chien paraît bien éloigné de son maître. Il semble prendre son autonomie, un peu comme si une force extérieure le rendait de plus en plus confiant. Quelle est cette force ? Ne s'appellerait-elle pas banque centrale ? Par leurs actions fortes et préventives, leurs achats incessants d'actifs et leurs paroles rassurantes, les banques centrales n'ont-elles pas donné l'illusion que, quelles que soient les circonstances économiques, elles interviendront en déversant toujours plus de liquidités et en achetant toujours plus d'actifs ? De telles politiques profitent évidemment à l'économie et aux actifs financiers, mais est-ce vraiment sans limite ? Est-ce que cela nous protège vraiment de tous les risques et de tous les ralentissements possibles de l'économie ? Je ne le pense pas, et les banquiers centraux ne le pensent probablement pas non plus. Mais les marchés financiers ne prennent-ils pas de plus en plus l'intervention des banques centrales et leur succès pour acquis ? C'est en tout cas la seule façon de réconcilier les perspectives économiques médiocres, des marchés boursiers euphoriques et des rendements obligataires toujours plus bas. Le chien est donc très loin de son maître, au point qu'il l'a perdu de vue. Est-il pour autant perdu ? Il est trop tôt pour le dire. Mais le petit stress que vous avez lorsque vous perdez de vue votre chien en forêt s'apparente un peu au stress actuel de l'économiste à la vue des marchés.