"Nous avons un secteur bancaire qui est très bien capitalisé, qui dispose de larges liquidités et qui a joué un certain rôle durant cette crise. Mais tout le travail n'est pas réalisé, loin de là. Il faut encore que les banques financent le redressement de l'économie. C'est crucial", avertit Jean Hilgers, directeur à la Banque nationale, en présentant son rapport sur la stabilité financière. Il ajoute qu'il est non seulement important que les banques octroient de nouveaux crédits mais qu'elles reconnaissent aussi rapidement leurs pertes. "On l'a vu en Italie ou en Espagne, des pertes non reconnues pèsent sur les bilans et réduisent l'appétit de risque des banques. Et ...

"Nous avons un secteur bancaire qui est très bien capitalisé, qui dispose de larges liquidités et qui a joué un certain rôle durant cette crise. Mais tout le travail n'est pas réalisé, loin de là. Il faut encore que les banques financent le redressement de l'économie. C'est crucial", avertit Jean Hilgers, directeur à la Banque nationale, en présentant son rapport sur la stabilité financière. Il ajoute qu'il est non seulement important que les banques octroient de nouveaux crédits mais qu'elles reconnaissent aussi rapidement leurs pertes. "On l'a vu en Italie ou en Espagne, des pertes non reconnues pèsent sur les bilans et réduisent l'appétit de risque des banques. Et c'est vrai aussi pour les crédits à restructurer: au plus tôt au mieux." Pourquoi cet avertissement? Parce que l'on "observe depuis des mois une différence entre l'évolution des crédits aux ménages et celle des crédits aux entreprises", pointe Hans Degryse, professeur à la KU Leuven. Alors qu'en Belgique, l'octroi de crédit aux ménages reste tonique et en ligne avec la tendance européenne, ce n'est pas le cas pour les crédits aux entreprises, qui stagnent, contrairement à la moyenne européenne. Les derniers chiffres publiés par le lobby bancaire Febelfin montrent un tassement, tant dans l'offre que dans la demande de nouveaux crédits. Les montants des crédits accordés aux entreprises au cours du premier trimestre de cette année sont en baisse de 6% par rapport à ceux du premier trimestre 2020, et le volume de crédits demandés par les entreprises se tasse de près de 12% en raison, en partie, de la faiblesse de l'investissement l'an dernier (mais celui-ci repart). Et pourtant, l'encours de crédit a continué à progresser (+ 4,3%, à 174,7 milliards), un paradoxe qui s'explique par les moratoires qui ont ralenti le rythme des remboursements. Hans Degryse se demande cependant si les banques ne sont pas "trop attentistes" et n'attendent pas de nouvelles mesures de soutien des autorités avant de rouvrir le robinet du crédit. "On regarde beaucoup vers les banques - et uniquement vers elles - pour accompagner la reprise, mais il y a en effet d'autres acteurs, répond le porte-parole de Febelfin, Rodolphe de Pierpont. Pourtant, les banques ont été au rendez-vous: elles ont donné de l'oxygène aux entreprises qui étaient en soins intensifs. Elles en sont sorties et il faut une autre approche, car au sein d'un même secteur, les situations peuvent être extrêmement différentes." Le porte-parole de Febelfin souligne aussi que si le crédit est une importante source de financement, ce n'est pas la seule. Il y a les fonds propres. Les pouvoirs publics ont mis en place des mécanismes de prêts subordonnés et de garantie qui soutiennent la solvabilité des entreprises et permettent de débloquer le crédit. "Car un banquier ne peut pas financer une entreprise qui ne présente pas suffisamment de garanties, rappelle-t-il. C'est la difficulté aujourd'hui. Cependant, la banque a intérêt à accompagner le redémarrage de l'entreprise, même si cela nécessite un peu plus de souplesse, comme d'étaler un crédit sur une période plus longue." Et Rodolphe de Pierpont ajoute que si les banques sont donc prêtes à accompagner les entreprises, elles devront aussi soutenir le green deal et la rénovation des bâtiments. Un chantier considérable. "On parle de centaines de milliards d'euros", note-t-il.