Exit le petit pourboire en cash, fini de toucher le clavier pour introduire son code PIN... La mise quasi à l'arrêt de l'économie et le confinement bousculent nos habitudes de consommation et de paiement, mettant en avant l'usage plus fréquent de l'e-commerce et du paiement sans " contact ".
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Exit le petit pourboire en cash, fini de toucher le clavier pour introduire son code PIN... La mise quasi à l'arrêt de l'économie et le confinement bousculent nos habitudes de consommation et de paiement, mettant en avant l'usage plus fréquent de l'e-commerce et du paiement sans " contact ". Premier constat, en effet : la crise dope le paiement sans contact. Exemple chez BNP Paribas Fortis, première banque du pays, où la quasi-totalité des cartes de débit en circulation proposent aujourd'hui l'option sans contact. Le nombre de transaction contactless (via carte mais aussi smartphone, montre ou bracelet connecté) y a enregistré un bond spectaculaire de 35 % depuis le début du confinement. Le succès auprès du public et des commerçants est tel que les banques ont été obligées de faire sauter la limite de transaction. Afin d'éviter que les usagers ne touchent trop souvent le clavier du terminal de paiement, le montant maximal a en effet été relevé de 25 euros à 50 euros. Donc si vos achats ne dépassent pas 50 euros, depuis ce 14 avril, plus besoin de taper son code. Et si vous cumulez plusieurs petits achats ? La limite a également été adaptée : les paiements successifs sans entrer son code peuvent désormais atteindre un montant total de 100 euros, contre seulement 50 euros auparavant. Parmi les commerces qui bénéficient de la mesure et de l'usage plus fréquent des transactions sans contact, on compte surtout les épiceries et les supermarchés, suivis des boulangers, des pharmacies, des stations-services et enfin des boucheries et des charcuteries, indique BNP Paribas Fortis. Sur une journée type en semaine, près d'une transaction sans contact sur deux est ainsi effectuée dans les épiceries et les supermarchés. Les boulangeries s'accaparent 10 % de ce type de paiement, les pharmacies et les stations-services 6 %, et les boucheries et les charcuteries, 4 %. Et selon Worldline, la société qui distribue des terminaux et gère les paiements Bancontact en Belgique, le pourcentage de transactions pour les montants entre 25 et 50 euros a doublé depuis le début de l'année. Parallèlement au succès des paiements " propres ", le nombre de retraits aux distributeurs de billets a lourdement chuté. Chez BNP Paribas Fortis, ce nombre est en diminution de près de moitié depuis l'entrée en confinement. Même tendance auprès de la banque digitale N26 qui observe elle aussi, au sein de sa clientèle, une baisse significative des retraits depuis le début du confinement : - 57 %. " Parmi les pays européens où nous sommes actifs et qui font face au confinement, la Belgique est d'ailleurs celui où la diminution du nombre de retraits aux distributeurs de billets est la plus marquée ", souligne Jérémie Rosselli, general manager pour la Belgique, le Luxembourg et la France chez N26. A l'heure du coronavirus, le Belge suit donc les consignes et évite de manipuler des billets qui pourraient être porteurs du virus. D'ailleurs, les commerçants incitent à payer par carte, avec ou sans contact. Certains refusent même, purement et simplement, un paiement en liquide. Assez logiquement, le montant total d'argent retiré est donc lui aussi en très nette diminution. En revanche, l'ensemble des enseignes bancaires constatent une hausse des montants moyens retirés : de 170 à 230 euros chez ING ou de 160 à 200 euros chez BNP Paribas Fortis. Si le Belge confiné délaisse par prudence l'argent cash, il se tourne par contre davantage vers les plateformes de commerce en ligne. Chez Belfius, par exemple, le nombre de paiements on line et d'achats mobiles dans le commerce électronique a progressé de 16 % en mars par rapport aux chiffres enregistrés en février. Même poussée du côté de N26, où ces transactions en ligne représentent désormais un tiers des dépenses totales des clients de la banque digitale. Les grands acteurs de l'e-commerce comme Amazon ou Uber Eats profitent bien évidemment de la tendance, tout comme les services de streaming et de divertissement tels que Netflix ou Spotify. Par ailleurs, N26 remarque une forte augmentation de ces transactions en ligne, en particulier chez les personnes plus âgées : + 79 % chez les plus de 65 ans ! Etonnant ? Pas nécessairement dans la mesure où " ce sont les personnes les plus invitées à respecter le confinement ", soutient Jérémie Rosselli. Assez logiquement aussi en temps de confinement, le nombre total de transactions a diminué (moins de commerces ouverts, moins de monde dans les rues, etc.). Le montant global est en baisse également, tous moyens de paiement confondus. Fondateur et CEO de la société belge Loyaltek, spécialisée dans la commercialisation de terminaux de paiement, Robert Masse confirme " une grosse baisse d'activité " qui se traduit au sein de notre réseau de commerçants affiliés par une baisse des paiements par carte de l'ordre de 35 % en nombre et de 50 % en volume." Paradoxal ? "Le rebalancement en faveur des paiements digitaux ne compense pas la baisse générale des volumes de paiements, ni en nombre ni en valeur", souligne Thibault de Barsy, vice-président et general manager de l'Emerging Payments Association, association européenne basée à Luxembourg qui regroupe une série d'acteurs du monde du paiement et dont l'objectif est de promouvoir l'émergence de nouvelles manières de payer. Le phénomène s'explique d'une part part par la fermeture de nombreux commerces qui a logiquement réduit le nombre de transactions hebdomadaires enregistrées, lesquelles sont par ailleurs de moins grande valeur. On le sait, les secteurs de la restauration, de l'hôtellerie, du voyage et de l'événementiel sont les plus touchés. D'autre part, la baisse de confiance des consommateurs les incite à limiter leurs achats. Selon un petit sondage réalisé par N26, pas moins de 59 % des Belges mettent aujourd'hui de l'argent de côté pour faire face à l'incertitude économique... et donc dépensent moins. Dernier enseignement : nombre de commerçants essayent de poursuivre leur activité en s'essayant à la livraison à domicile, et s'équipent de terminaux de paiement mobiles. Des terminaux dont la vente connaît une courbe ascendante, notamment dans certains secteurs comme l'alimentaire ou le médical, indique Worldline, où le nombre de demandes de terminaux mobiles est aujourd'hui deux fois plus élevé qu'en temps normal. Notons également que sur ce terrain de l'adoption d'outils numériques, pas moins de 41 % des nouveaux clients durant le mois de mars chez Belfius le sont devenus via leur smartphone ou sur Internet, contre 25 % en 2019. Bref, " la crise démontre que les consommateurs ont intérêt à disposer d'une très large gamme de moyens de paiement et les commerçants d'un grand choix de prestataires de services de paiement ", conclut Thibault de Barsy.