Mercredi soir, lors d'une réunion surprise, la BCE a annoncé qu'elle lançait un programme de rachat d'actifs de 750 milliards d'euros, baptisé PEPP (Pandemic Emergency Purchase Programme). En langage simple, la BCE va acheter jusqu'à la fin de cette année pour 750 milliards d'obligations d'Etats européens. C'est six fois plus qu'un premier plan de rachat, trop timide, qui avait été annoncé le 12 mars.
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Mercredi soir, lors d'une réunion surprise, la BCE a annoncé qu'elle lançait un programme de rachat d'actifs de 750 milliards d'euros, baptisé PEPP (Pandemic Emergency Purchase Programme). En langage simple, la BCE va acheter jusqu'à la fin de cette année pour 750 milliards d'obligations d'Etats européens. C'est six fois plus qu'un premier plan de rachat, trop timide, qui avait été annoncé le 12 mars. Cerise sur le gâteau, ce PEPP est un programme flexible, qui peut dépasser les limites d'achat qui sont normalement fixées pour chaque pays en fonction de la taille de son PIB. Autre détail important, la BCE peut même acheter de la dette grecque (ce qui n'était pas le cas des anciens programmes, en raison de la mauvaise qualité de ces titres). Tout cela est le signe d'une meilleure cohésion que lors de la crise de la dette européenne de 2011. Cette intervention massive a un but : éviter l'écartèlement de la zone euro. Les premières communications erratiques et la gaffe de Christine Lagarde avait en effet augmenté les écarts de rendements (spreads) entre les obligations des pays forts (comme l'Allemagne) et ceux des pays faibles (comme l'Italie). En marge de la réunion du 12 mars, la présidente de la BCE avait en effet déclaré que la Banque centrale européenne n'avait pas pour rôle de réduire les spreads. Résultat immédiat : un grand chahut sur les marchés et un risque sur la cohésion de la zone euro. L'Italie, qui se finançait sur 10 ans à un taux d'environ 1% avant la crise sanitaire devait payer ces dernières heures 2,5%, posant évidemment la question : l'Etat italien, est-il encore capable de rembourser sa dette alors qu'il est engoncé dans un endettement de 134% du PIB et frappé d'une forte récession ?Comme en 2012Le bazooka de la BCE vient donc à point nommé pour rassurer - au moins momentanément- les marchés, qui voient de nouveau dans la banque centrale un acheteur en dernier ressort d'obligations d'Etat. Cette décision prise mercredi soir est de dire au marché que la BCE est bien déterminée à faire tout ce qu'il faut pour étouffer la crise, le même type de communication qui, en juillet 2012, avait fini par calmer la crise sur les obligations européennes. Mais il faudra sans doute plus, pour rassurer les marchés à long terme, que l'implication totale de la BCE. Il faudra en effet injecter de l'argent public dans l'économie. Les premiers plan d'aide des divers gouvernements européens représentent aujourd'hui 1% du PIB de la zone. Ce n'est pas suffisant. Le MES, qui est le fonds de secours de la zone euro, dispose de 410 milliards qui dorment dans ses tiroirs afin d'aider les pays les plus touchés par un choc si ceux-ci en font la demande. Les ministres européens des Finances, réunis lundi, n'ont pas réussi à se mettre d'accord pour les mobiliser... C'est vrai que si l'Italie seule tirait la sonnette d'alarme, cela aurait pour effet de fixer l'attention spéculative sur elle. Une solution pour éviter que le réveil du MES soit un signal de curée sur un pays serait qu'un groupe de pays, et pas seulement l'Italie, demande de réactiver le fonds. A suivre...