Le monde de la banque vit une révolution. Le smartphone devient une vraie agence bancaire et bouscule la relation avec le client. Mais la persistance de taux peu élevés pèse toujours plus sur les revenus et pousse les acteurs à prendre le taureau par les cornes. C'est vrai pour les grandes banques comme pour les établissements plus spécialisés tel que Keytrade. Car avec une gardienne de l'euro (à savoir la Banque centrale européenne) qui pratique des taux négatifs depuis maintenant trois ans, " il devient de plus en plus difficile de gagner sa vie ", lance Thierry Ternier, CEO de Keytrade Bank.
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Le monde de la banque vit une révolution. Le smartphone devient une vraie agence bancaire et bouscule la relation avec le client. Mais la persistance de taux peu élevés pèse toujours plus sur les revenus et pousse les acteurs à prendre le taureau par les cornes. C'est vrai pour les grandes banques comme pour les établissements plus spécialisés tel que Keytrade. Car avec une gardienne de l'euro (à savoir la Banque centrale européenne) qui pratique des taux négatifs depuis maintenant trois ans, " il devient de plus en plus difficile de gagner sa vie ", lance Thierry Ternier, CEO de Keytrade Bank. Heureusement, depuis sa revente par Crelan en juin 2016, Keytrade fait aujourd'hui partie du Crédit Mutuel Arkéa (9.000 personnes pour 4 millions de clients). Désormais totalement intégrée au sein du puissant groupe français, la banque en ligne s'appuie sur la trésorerie de son nouveau propriétaire, ce qui lui permet de replacer ses liquidités excédentaires à des taux plus rémunérateurs que ceux offerts par les emprunts d'Etat (belges, français, etc.) et lui " donne de l'air ", confie Thierry Ternier. Mais outre ce changement d'actionnariat, Keytrade s'est par ailleurs lancée dans trois opérations visant à combattre activement cet environnement de taux difficile. Au cours des 12 derniers mois, elle a ainsi procédé à deux acquisitions et au lancement d'un nouveau produit grand public. Avec comme objectif de diversifier ses sources de revenus et de répartir ses dépenses de fonctionnement sur une base de clientèle plus large. Pour amortir ses coûts sur un nombre plus grand de clients, la banque a d'abord su saisir sa chance et faire quelques emplettes. Sur le terrain de l'épargne classique dans un premier temps, en s'emparant, fin 2016, des activités belges de PSA Banque suite à la décision de cette dernière de se retirer du marché belge. C'est ainsi que depuis la fin de l'année dernière, les comptes d'épargne à haut rendement d'environ 10.000 clients de la filiale belge du constructeur automobile sont gérés par Keytrade. C'est elle qui fixe le taux et la prime de fidélité de ces comptes abritant quelque 200 millions d'euros. C'est que, " même pour une banque en ligne qui essaie d'éviter les frais inutiles et qui n'a pas d'agences, la taille est importante, avance Thierry Ternier. Faire fonctionner une banque coûte cher : il faut payer les salaires de 170 personnes, assumer les frais liés au renforcement de la réglementation (audit, risk, compliance), etc. Mais comme les frais fixes de la plateforme sont eux relativement stables, chaque client supplémentaire abaisse le coût de fonctionnement unitaire de celle-ci. Qu'il y ait 300.000 ou 500.000 clients, la différence sur les systèmes informatiques ne se sentira quasiment pas. On mettra peut-être quelques personnes en plus au call center, mais c'est tout. Il nous faut donc une assiette de clients la plus large possible ", explique le CEO, parlant clairement de course à la taille et avouant par ailleurs avoir pu absorber cette clientèle 100 % compte d'épargne de PSA Banque à un prix " très intéressant ". Quelques mois seulement après cette " opération conséquente ", dixit Thierry Ternier, on apprenait ensuite que Rabobank.be décidait quant à elle de se concentrer sur l'épargne et de vendre ses activités d'investissement à... Keytrade. Cette dernière reprenant les comptes d'épargne-pension, les portefeuilles obligataires ainsi que les fonds de placement des clients de Rabobank.be, première banque à être ainsi victime du coût exorbitant que représente l'implémentation de la directive MiFID 2 pour les plus petits acteurs. " Ici aussi, c'est une opération qui fait beaucoup de sens, explique Thierry Ternier. Nous n'étions d'ailleurs pas les seuls à être intéressés. Une des motivations était que cela nous permettait vraiment de compléter le puzzle avec la pièce manquante au niveau de l'épargne-pension, une activité qui n'était pas vraiment développée chez Keytrade. " Le CEO de Keytrade Bank ne donnera pas davantage de détails sur la transaction mais précise être toujours preneur de nouvelles acquisitions " si les opportunités se présentent ". " Mais ce qui nous intéresse, c'est d'abord de reprendre des clientèles pour alimenter la machine Keytrade, pas de reprendre des structures ", ajoute encore Thierry Ternier. Outre ces ex-clients de Rabobank.be et ceux de PSA Bank, Keytrade accueille également depuis le mois d'avril ceux de l'ancien Fortuneo, ex-filiale du Crédit Mutuel Arkéa en Belgique. Spécialisé comme Keytrade dans l'achat et la vente de titres en ligne, Fortuneo a depuis disparu au profit de la marque Keytrade, suite au rachat de cette dernière par le Crédit Mutuel Arkéa. Une grosse opération, comme l'explique Thierry Ternier : " Les deux entités ont été fusionnées via finalement une reprise de la clientèle de Fortuneo par Keytrade. La plateforme de Fortuneo a été fermée et la migration des clients s'est opérée au mois d'avril de cette année-ci. Résultat, comme déjà mentionné plus haut, " nous sommes désormais 170 chez Keytrade et nous avons doublé la superficie de nos locaux ", indique Thierry Ternier qui ajoute que " depuis mi-2015, la banque a élargi sa clientèle de plus de 30 %, entre autres grâce à cette fusion et à ses deux acquisitions ". Pour contrer la faiblesse persistante des taux d'intérêt et dégager de nouvelles sources de revenus, Keytrade a donc diversifié son offre dans des domaines allant bien au-delà du trading en Bourse qui a fait son succès à la fin des années 1990. Outre des services de banque au quotidien (carte de banque, compte d'épargne), elle propose aussi des produits de placement (fonds, etc.) et depuis peu des solutions d'épargne-pension, ainsi que de la gestion de portefeuille en ligne avec Keyprivate. Lancé en novembre 2015, le service compte déjà 2.000 clients pour 100 millions d'euros sous gestion. " Ce qui est beaucoup pour de la gestion automatisée et compte tenu aussi du fait que Keytrade n'était pas connu pour ce genre de service ", se félicite Thierry Ternier. Cerise sur le gâteau : Keytrade propose aussi depuis le début de l'été des prêts hypothécaires 100 % digitaux (de la demande à la signature). Baptisé KeyHome, le service se différencie des offres traditionnelles non seulement sur les taux mais aussi sur les autres conditions. Keytrade s'engage en effet à proposer directement le meilleur taux d'intérêt possible au candidat emprunteur en fonction de son profil. Plus besoin de prendre congé pour pouvoir faire le tour des banques et tenter d'obtenir le meilleur taux. Par ailleurs, le taux proposé ne dépend pas des assurances que prendrait (ou pas) le client chez l'un des partenaires de Keytrade (Cardif pour l'assurance solde restant dû, Ethias pour l'assurance habitation). Résultat des courses : moins de six mois après le lancement de KeyHome, le montant de crédits accordés atteint déjà à peu près 200 millions d'euros. Si bien que Thierry Ternier se dit " surpris par le succès ". " Outre la possibilité de capter rapidement de nouveaux clients, cette activité va aussi nous permettre d'élargir les possibilités de remploi pour les dépôts des clients et de progressivement remplacer notre portefeuille d'emprunts d'Etats (plus ou moins 4 milliards d'euros) par des prêts immobiliers, explique le CEO. Les prêts hypothécaires sont un marché immense sur lequel il est possible de gagner rapidement des parts de marché. Je pense que nous pouvons facilement atteindre une production de nouveaux crédits de l'ordre de 500 millions d'euros par an. "