L'idée de refuser aux banques russes l'accès à Swift a fait surface pour la première fois en 2014, lorsque la Russie a annexé la Crimée. Les Américains y étaient favorables depuis le début, en Europe, l'enthousiasme était plus faible. Après tout, cette mesure toucherait également les banques et les créanciers européens. Un problème qui n'existait pas pour les États-Unis, au vu de leur exposition limitée à la Russie.
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L'idée de refuser aux banques russes l'accès à Swift a fait surface pour la première fois en 2014, lorsque la Russie a annexé la Crimée. Les Américains y étaient favorables depuis le début, en Europe, l'enthousiasme était plus faible. Après tout, cette mesure toucherait également les banques et les créanciers européens. Un problème qui n'existait pas pour les États-Unis, au vu de leur exposition limitée à la Russie."Il est évident qu'une exclusion du système Swift affectera l'économie russe", déclare un ancien membre du conseil d'administration de Swift. "Les banques russes auront beaucoup plus de mal à effectuer des paiements internationaux, ce qui rendra plus difficile l'importation de marchandises. Mais ce sera également plus difficile pour ceux qui doivent recevoir de l'argent de Russie. En outre, l'Europe est dépendante du gaz russe. Comment des pays comme l'Allemagne vont-ils payer leurs factures de gaz ?"Si les Vingt-Sept ont exclu sept banques russes du système financier international Swift, ils ont épargné deux établissements liés aux ventes d'hydrocarbures. Cette exclusion de Swift vise VTB, la deuxième plus grosse banque de Russie, ainsi que Bank Otkritie, Novikombank (financement de l'industrie), Promsvyazbank, Rossiya Bank, Sovcombank et VEB (banque de développement du régime). Ces établissements "sont les premiers concernés par le financement de l'effort de guerre" de Moscou en Ukraine, a expliqué un responsable européen, affirmant qu'environ un quart du volume du système bancaire russe est concerné par cette exclusion. La mesure sera effective à partir du 12 mars, selon le Journal officiel. Les États membres de l'Union européenne avaient donné leur feu vert à cette sanction mardi soir, à l'issue de plusieurs jours de négociations.En revanche, la mesure ne vise ni Sberbank, première banque du pays, ni Gazprombank, bras financier du géant des hydrocarbures, par lesquels transitent la majeure partie des paiements pour les livraisons de gaz et pétrole russes à l'UE. L'Allemagne et l'Italie avaient craint ces derniers jours de ne plus pouvoir payer leurs approvisionnements de gaz russe, dont elles sont très dépendantes, en cas de blocage de l'accès à Swift des banques russes chargées de ces transactions.L'exclusion de la Russie est exceptionnelle mais pas unique. En 2012, l'Iran a été exclu du système de communication dans le cadre des sanctions contre le développement de son programme nucléaire. En conséquence, un tiers du commerce extérieur de l'Iran est parti en fumée. En 2016, les banques iraniennes ont à nouveau eu accès à Swift. Deux ans plus tard, cet accès leur a à nouveau été coupé après le lobbying de l'administration Trump.Développer son propre systèmeUne déconnexion de Swift ne rend pas tout commerce avec un pays impossible. Il existe des alternatives, mais elles sont plus lentes, plus lourdes et plus coûteuses. Après la menace, en 2014, de déconnecter la Russie du système Swift, le pays a développé son propre réseau de communication interbancaire.Le système russe de transfert de messages financiers (System for Transfer of Financial Messages - SPFS) est loin derrière Swift en termes de taille et de capacités. Ces dernières années, le SPFS n'a pas réussi à convaincre de nombreuses banques étrangères. Par conséquent, il est principalement utilisé pour l'échange de messages financiers sur le marché intérieur russe. À la fin de 2020, 400 banques de 23 pays étaient connectées au SPFS. La Chine a également développé son propre système de communication interbancaire transfrontalier, avec lequel elle peut contourner Swift. Ce système de paiement interbancaire transfrontalier (China International Payments System - CIPS) a connu une croissance rapide ces dernières années et compte déjà des utilisateurs dans une centaine de pays. Le CIPS est géré par la Banque populaire de Chine, qui souhaite étendre le système à tous ceux qui font du commerce avec la Chine. De cette manière, la Chine espère créer une alternative à part entière à ce qu'elle considère comme le Swift occidental.Certains craignent donc que l'exclusion de la Russie du système Swift conduise à un renforcement du CIPS. Si le commerce avec la Russie devait se déplacer vers la plateforme chinoise, cela pourrait éroder la position dominante de Swift sur le marché et, par extension, le système financier occidental. Cela correspond à la volonté de la Chine de voir sa monnaie, le Renminbi (le nom officiel en Chine du Yuan), jouer un rôle majeur en tant que monnaie de réserve dans le commerce mondial. A l'heure actuelle, le dollar reste le leader incontesté à cet égard.Gel des réservesL'exclusion des banques russes de Swift affectera également les banques européennes, car les prêts en cours pourraient ne pas être remboursés. Les banques les plus exposées sont celles d'Autriche, d'Italie et de France. Par exemple, la banque autrichienne Raiffeisen a d'importantes activités en Russie et en Ukraine. La banque travaille actuellement sur un plan d'urgence.Les banques italiennes et françaises avaient un encours d'environ 25 milliards d'euros avec des clients russes au milieu de l'année dernière. La banque italienne Unicredit et la société française Société Générale sont particulièrement actives en Russie en tant que prêteurs et créanciers. Mais ING est également présent dans le pays. La banque néerlandaise possède environ 5 milliards d'euros d'actifs en Russie.De leur côté, les banques russes semblent être en difficulté, principalement en raison du gel des avoirs étrangers par la banque centrale russe. Depuis 2014, la Russie a accumulé 635 milliards de dollars de réserves de change. Celles-ci étaient censées soutenir le rouble et les banques en cas d'urgence. Les restrictions imposées par l'Occident rendent cela tout à fait impossible. Si la Russie ne peut pas utiliser ses réserves, il y a un risque d'effondrement des banques. Par exemple, la Banque centrale européenne affirme que la succursale de la Sberbank en Europe est au bord de la faillite.Est-ce le signe avant-coureur d'une crise financière mondiale ? Les banques du monde entier sont fortement interconnectées par le biais de nombreuses créances mutuelles. Les banques russes sont surtout liées à leurs homologues turques et suisses, et moins aux institutions européennes. En raison de l'exposition limitée d'un nombre restreint d'institutions, la probabilité d'une crise bancaire mondiale semble faible. Néanmoins, certains banquiers mettent en garde contre le risque de contagion si cette crise s'éternise.Patrick Claerhout et AFP