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Francfort, Paris, Dublin, Amsterdam, Luxembourg... Un an après le référendum sur le Brexit, la bataille entre les places financières européennes pour récupérer des morceaux de la City fait rage. Dans cette course aux retombées post-Brexit, Francfort a clairement pris les devants. La banque britannique Standard Chartered a ainsi choisi la ville allemande pour y installer sa base européenne. Les japonaises Daiwa et Nomura prévoient elles aussi d'ouvrir une filiale dans la cinquième ville d'Allemagne. Quant aux géants américains Goldman Sachs, JP Morgan et Citigroup, ils devraient également déplacer une partie de leurs troupes vers les rives du Main. Bref, en tout, ce sont jusqu'à 60.000 banquiers et professionnels de la finance qui pourraient quitter la City de Londres pour venir s'installer à Francfort et dans d'autres capitales financières de l'Union.

Trois assureurs

Dans cette bagarre pour récupérer des services financiers qui quittent Londres pour rester dans l'Union, certaines places de moindre importance comme Bruxelles ne s'avouent pas vaincues face au bastion allemand, premier centre financier du continent, qui abrite en plus la gardienne de l'euro (la BCE, la Banque centrale européenne).

Bien que ne jouant pas dans la même division, Bruxelles tire même plutôt bien son épingle du jeu alors que le Royaume-Uni représente le quatrième marché de la Région bruxelloise derrière l'Allemagne, la France et les Pays-Bas.

Pas plus tard que le 28 juin dernier, l'assureur nippon MS Amlin (groupe Mitsui Sumitomo), spécialisé dans les assurances maritimes et aériennes ainsi que dans la réassurance, annonçait en effet qu'il avait choisi Bruxelles comme tremplin post-Brexit. Quelques jours avant cette première bonne nouvelle, c'était l'assureur australien QBE qui officialisait lui aussi son intention d'installer sa future base européenne, à Bruxelles, en 2018. Last but not least, notre pays réussissait un joli coup début mars en annonçant l'arrivée de la compagnie d'assurances londonienne Lloyd's à Bruxelles pour y installer sa base continentale et continuer ainsi à bénéficier du passeport européen lui permettant d'opérer facilement dans l'Union européenne.

Les trois annonces ont bien évidemment fait chaud au coeur du ministre des Finances Johan Van Overtveldt (N-VA). " Cela démontre une fois de plus que notre approche consistant à promouvoir Bruxelles comme centre financier à l'étranger porte ses fruits ", a-t-il souligné dans plusieurs communiqués.

Lobbying intense

Il faut dire que depuis les résultats du référendum du 23 juin 2016 validant le Brexit, les Belges ne ménagent pas leurs efforts pour convaincre les exilés de la City de poser leurs valises chez nous. Sur le plan politique, Charles Michel a entretenu des contacts réguliers avec, entre autres, le président de Lloyd's, John Nelson. Les contacts personnels avec le Premier ministre à Davos auraient même pesé lourd dans la balance, alors que Dublin et Luxembourg figuraient parmi les choix possibles examinés par l'assureur britannique.

Toujours au niveau politique, mais à l'échelon bruxellois cette fois-ci, la Région dispose depuis quelques mois d'une plate-forme Brexit afin de veiller à la coordination des actions des différents ministres bruxellois et des organismes régionaux (Bruxelles Invest & Export, etc.). Créée à l'initiative de la secrétaire d'Etat bruxelloise au Commerce extérieur Cécile Jodogne (Défi), cette plateforme a pour objectif de mettre en avant les atouts de Bruxelles par rapport aux autres pays européens. Siège de très nombreuses organisations internationales et européennes, la capitale belge est bien évidemment l'endroit par excellence où il faut êtrepour ceux qui veulent influencer les régulations et les lois qui façonnent le marché unique européen. Outre cet aspect lié au lobbying, il y a aussi la proximité géographique avec Londres (facile d'accès grâce à l'Eurostar), des ressources humaines qualifiées et multilingues, une bonne qualité de vie (offre culturelle et gastronomique, écoles internationales), etc.

Back-office, régulateurs et arbitrage

Mais ce n'est pas tout. Car, selon Cécile Jodogne, " on ne connaît pas forcément les nombreux autres atouts de Bruxelles qui, malgré la crise de 2008, demeure une place respectable dans de nombreux secteurs tels que la finance et les technologies ", dit-elle, soulignant par ailleurs la bonne collaboration entre les différents niveaux de pouvoir en matière de promotion de la place bruxelloise à l'étranger. Le secteur peut en effet faire valoir son know-how en matière de back office et de paiements électroniques avec l'implantation d'acteurs internationaux tels que Swift, Euroclear, et Mastercard. Un séminaire a d'ailleurs été organisé à l'ambassade belge à Londres à destination des institutions financières pour mettre en avant ce savoir-faire technologique, autour duquel se greffe aussi aujourd'hui le vivier des fintechs et la plateforme B-Hive qui connecte Bruxelles avec Londres, New York et Tel Aviv.

Dans un autre registre, le professionnalisme et la discrétion de nos deux gendarmes bancaires (FSMA et BNB) sont également un plus. Et puis, Bruxelles se profile depuis plusieurs années comme centre européen de l'arbitrage international (règlement de litiges entre multinationales sans passer par les tribunaux). Un guichet unique en ligne pour l'organisation d'audiences arbitrales à Bruxelles vient d'ailleurs d'être lancé conjointement par le Centre belge d'arbitrage et de médiation (CEPANI) et le comité belge de la Chambre de commerce internationale (ICC Belgium). But : faciliter l'organisation d'audiences arbitrales à Bruxelles (salle d'audience, transport, logement, interprètes, etc.). Ici aussi un séminaire a été mis sur pied à l'ambassade belge à Londres pour y faire la promotion de Bruxelles, et cela devant un parterre de quelque 80 bureaux d'avocats et juristes spécialisés.

La carte de l'immobilier

Mis ensemble, tous ces éléments font donc de Bruxelles un écosystème attrayant, notamment pour les groupes d'assurances qui cherchent à se doter d'une tête de pont en Europe. Ceci dit, attirer des activités est une chose, offrir des espaces de bureaux en est une autre. Or, " nous avons remarqué sur le terrain qu'il manquait un outil concret pour mettre en exergue la disponibilité, la qualité et surtout le prix compétitif de l'immobilier de bureau à Bruxelles ", appuie Cécile Jodogne.Raison pour laquelle une collaboration avec l'Union professionnelle du secteur immobilier (UPSI) a été mise en place, et cela afin de répertorier les bâtiments susceptibles d'accueillir les entreprises qui souhaiteraient déménager en Belgique. Lancé tout récemment, le site www.business2belgium.be recense actuellement une septantaine d'immeubles dont une soixantaine peuvent être visualisés. Au total, cela fait 700.000 mètres carrés d'espaces de bureaux disponibles. De quoi déjà relocaliser 35.000 personnes. Reste bien sûr à voir si d'autres refoulés de la City suivront le chemin emprunté par les Lloyd's et consorts, et si leurs employés débarqueront prochainement chez nous. En attendant, ils sont d'ores et déjà les bienvenus.