Prudent et mesuré comme doit l'être un responsable de banque centrale par ces temps troublés, Jan Smets, le gouverneur de notre Banque nationale, a soufflé un peu de chaud et un peu de froid en présentant le rapport de son institution.

Le chaud ?

Ce sont les effets bénéfiques attendus de deux réformes majeures : celles des pensions ainsi que le "tax shift". Grâce aux mesures prises ces dernières années (sous le gouvernement Di Rupo puis sous le gouvernement Michel), le handicap salarial (le coût salarial horaire trop important en Belgique) se résorbe. L'écart avec la moyenne de nos trois voisins (Allemagne, France, Pays-Bas) était de 4 à 5% entre 2007 et 2012 et il est retombé à 0,5% environ aujourd'hui. En outre, nos entreprises sont parmi les plus productives d'Europe. Modération salariale et bonne productivité : cela signifie donc que le travailleur belge produit moins cher. En 2015, les coûts salariaux par unité produite ont diminué de 0,5%.

Dans cet environnement, deux grandes réformes vont porter leurs fruits et donner de l'air à l'économie belge ces prochaines années. La première, c'est évidemment le "tax shift", cette réforme qui doit réduire l'écart très important qui existe chez nous entre les coûts salariaux et le salaire net. D'ici à 202, le gouvernement a donc décidé de mettre en place deux grands types de mesures. Un allègement de l'impôt des personnes physiques (coût : 7,3 milliards d'euros) et une réduction des cotisations patronales (coût : 4,1 milliards). Jan Smets ne veut pas entrer dans le débat qu'il qualifie de "virtuel" sur le fait que le tax shift n'est pas, à l'heure d'aujourd'hui, intégralement financé par des mesures compensatoires. Il pointe plutôt l'impact positif de la réforme, qui devrait faire gagner 1,5 point de croissance à l'économie du pays d'ici à 2021 et permettre de créer 64.500 emplois supplémentaires.

L'autre grande réforme, ce sont évidemment les pensions : l'extension de l'âge légal de 65 à 67 ans et le durcissement des conditions pour pouvoir prétendre à une retraite anticipée aura un double impact. Cela mettra 5,6% de travailleurs en plus sur le marché du travail d'ici à 2060. Et cela permettra de réduire l'effort des finances publiques pour payer les retraites. Par rapport à la situation actuelle, le coût des retraites devait correspondre à un effort de 4,2% du PIB en 2060. Les réformes ont permis de réduire cet effort de moitié, à 2,1% du PIB.

Le froid ?

C'est la situation très particulière qui règne en zone euro, et plus généralement sur l'économie mondiale : une reprise trop molle, un risque de récession, un système financier qui doit s'adapter à des taux très bas, et des États très, très endettés.

Après avoir connu une hausse de l'activité de 1,6% en 2015, la croissance en zone euro devrait être d'environ du même ordre (selon les prévisions de la Commission) cette année. Certes, note Jan Smets, "la zone euro assure davantage que par le passé sa dynamique de croissance, grâce à la consommation intérieure". En cela, la chute des prix pétroliers "est une vraie bonne nouvelle pour les consommateurs" dit-il, alors que la dépréciation de l'euro soutient la compétitivité des entreprises européennes. Mais le vrai problème c'est que les investissements n'ont toujours pas redémarré. Et cela, malgré la politique d'assouplissement quantitatif de la banque centrale européenne qui, depuis un an, achète chaque mois pour 60 milliards d'euros de titres afin de faire baisser les taux à long terme et d'injecter de l'argent dans le système.

Cette politique monétaire, qui pousse les taux vers le bas au point qu'ils deviennent négatifs dans les pays du noyau dur de la zone euro (dont le nôtre), pose des défis de rentabilité aux banques et aux assureurs. Jan Smets n'en disconvient pas. Mais il exhorte chaque institution à trouver son propre modèle pour y faire face. Il estime en outre que ces mesures "ont évité une récession dans la zone euro". Et face à ceux qui disent que cette politique déstabilise le système financier, Jan Smets rétorque qu' "il n'y aurait pas de stabilité financière si l'économie belge devait tomber en panne".

La moins bonne nouvelle, en revanche, c'est l'inflation qui reste trop basse en zone euro. "C'est préoccupant", observe le gouverneur. Certes, des éléments conjoncturels (essentiellement la baisse des prix du pétrole et des matières premières) expliquent la situation, mais la grande crainte est que cette baisse de l'inflation nominale "contamine l'inflation sous-jacente et les anticipations d'inflation", dit-il. Ce qui est provisoire pourrait devenir définitif, car les agents économiques (ménages et entreprises) s'attendraient à ce que les prix ne montent plus.

Or, sans inflation, il y a deux risques. Le premier est de tomber en déflation, une très grave maladie économique, car les gens retardent leurs achats. Mais une absence d'inflation voire une déflation pèse aussi très fort sur ceux qui sont endettés, puisque si leur dette reste stable, leurs revenus risquent de baisser.

Encore un effort

Voilà qui nous mène au dernier point : les finances publiques. Les États européens sont en effet très endettés, mais le nôtre avec une dette de 106,5% du PIB, l'est au-delà de la moyenne. Le problème réside dans la faiblesse des recettes (en raison de la mollesse de l'économie) plus que dans la maîtrise des dépenses. En pourcentage du PIB, les dépenses primaires (hors charges d'intérêt) ont en effet baissé : elles sont passées de 52,3% en 2013 à 51,2% en 2015 (selon les estimations de la BNB). Mais les recettes elles aussi ont diminué, passant de 52,7% à 51,2%. Heureusement, grâce aux taux bas, les charges d'intérêt se réduisent : elles représentaient 3,3% du PIB en 2013, elles ne pèsent plus que 2,8% en 2015, ce qui permet de réduire le déficit final : le solde de financement passe de 2,9% en 2013 à 2,8% en 2015 (toujours selon les estimations de la BNB). Mais on voit que la situation est précaire. Il suffirait d'une remontée des taux pour aggraver notablement la situation.

Quel effort préconise la Banque nationale ? Un effort structurel (donc indépendant de mesures exceptionnelles comme des ventes d'actifs) de 2% du PIB. La BNB estime en effet, comme la Commission européenne, que notre déficit structurel est de 2,5%, et non de 1,2% comme le dit le gouvernement. Ici non plus, Jan Smets ne désire pas mettre entrer dans la polémique. "Les comptes publics seront publiés à la fin du mois de mars. Nous pourrons alors vérifier si la Belgique a réalisé des efforts structures suffisants, dit-il".

Mais cet effort est nécessaire : "Il convient de poursuivre la consolidation budgétaire pour réaliser l'équilibre structurel en 2018, afin de créer les marges nécessaires pour assurer le financement des coûts du vieillissement et pour être apte à absorber des chocs négatifs". En d'autres termes, si nous voulons payer nos retraites et avoir la capacité de résister à la prochaine crise, il convient de faire encore un effort...

Prudent et mesuré comme doit l'être un responsable de banque centrale par ces temps troublés, Jan Smets, le gouverneur de notre Banque nationale, a soufflé un peu de chaud et un peu de froid en présentant le rapport de son institution. Ce sont les effets bénéfiques attendus de deux réformes majeures : celles des pensions ainsi que le "tax shift". Grâce aux mesures prises ces dernières années (sous le gouvernement Di Rupo puis sous le gouvernement Michel), le handicap salarial (le coût salarial horaire trop important en Belgique) se résorbe. L'écart avec la moyenne de nos trois voisins (Allemagne, France, Pays-Bas) était de 4 à 5% entre 2007 et 2012 et il est retombé à 0,5% environ aujourd'hui. En outre, nos entreprises sont parmi les plus productives d'Europe. Modération salariale et bonne productivité : cela signifie donc que le travailleur belge produit moins cher. En 2015, les coûts salariaux par unité produite ont diminué de 0,5%. Dans cet environnement, deux grandes réformes vont porter leurs fruits et donner de l'air à l'économie belge ces prochaines années. La première, c'est évidemment le "tax shift", cette réforme qui doit réduire l'écart très important qui existe chez nous entre les coûts salariaux et le salaire net. D'ici à 202, le gouvernement a donc décidé de mettre en place deux grands types de mesures. Un allègement de l'impôt des personnes physiques (coût : 7,3 milliards d'euros) et une réduction des cotisations patronales (coût : 4,1 milliards). Jan Smets ne veut pas entrer dans le débat qu'il qualifie de "virtuel" sur le fait que le tax shift n'est pas, à l'heure d'aujourd'hui, intégralement financé par des mesures compensatoires. Il pointe plutôt l'impact positif de la réforme, qui devrait faire gagner 1,5 point de croissance à l'économie du pays d'ici à 2021 et permettre de créer 64.500 emplois supplémentaires.L'autre grande réforme, ce sont évidemment les pensions : l'extension de l'âge légal de 65 à 67 ans et le durcissement des conditions pour pouvoir prétendre à une retraite anticipée aura un double impact. Cela mettra 5,6% de travailleurs en plus sur le marché du travail d'ici à 2060. Et cela permettra de réduire l'effort des finances publiques pour payer les retraites. Par rapport à la situation actuelle, le coût des retraites devait correspondre à un effort de 4,2% du PIB en 2060. Les réformes ont permis de réduire cet effort de moitié, à 2,1% du PIB.C'est la situation très particulière qui règne en zone euro, et plus généralement sur l'économie mondiale : une reprise trop molle, un risque de récession, un système financier qui doit s'adapter à des taux très bas, et des États très, très endettés.Après avoir connu une hausse de l'activité de 1,6% en 2015, la croissance en zone euro devrait être d'environ du même ordre (selon les prévisions de la Commission) cette année. Certes, note Jan Smets, "la zone euro assure davantage que par le passé sa dynamique de croissance, grâce à la consommation intérieure". En cela, la chute des prix pétroliers "est une vraie bonne nouvelle pour les consommateurs" dit-il, alors que la dépréciation de l'euro soutient la compétitivité des entreprises européennes. Mais le vrai problème c'est que les investissements n'ont toujours pas redémarré. Et cela, malgré la politique d'assouplissement quantitatif de la banque centrale européenne qui, depuis un an, achète chaque mois pour 60 milliards d'euros de titres afin de faire baisser les taux à long terme et d'injecter de l'argent dans le système. Cette politique monétaire, qui pousse les taux vers le bas au point qu'ils deviennent négatifs dans les pays du noyau dur de la zone euro (dont le nôtre), pose des défis de rentabilité aux banques et aux assureurs. Jan Smets n'en disconvient pas. Mais il exhorte chaque institution à trouver son propre modèle pour y faire face. Il estime en outre que ces mesures "ont évité une récession dans la zone euro". Et face à ceux qui disent que cette politique déstabilise le système financier, Jan Smets rétorque qu' "il n'y aurait pas de stabilité financière si l'économie belge devait tomber en panne".La moins bonne nouvelle, en revanche, c'est l'inflation qui reste trop basse en zone euro. "C'est préoccupant", observe le gouverneur. Certes, des éléments conjoncturels (essentiellement la baisse des prix du pétrole et des matières premières) expliquent la situation, mais la grande crainte est que cette baisse de l'inflation nominale "contamine l'inflation sous-jacente et les anticipations d'inflation", dit-il. Ce qui est provisoire pourrait devenir définitif, car les agents économiques (ménages et entreprises) s'attendraient à ce que les prix ne montent plus. Or, sans inflation, il y a deux risques. Le premier est de tomber en déflation, une très grave maladie économique, car les gens retardent leurs achats. Mais une absence d'inflation voire une déflation pèse aussi très fort sur ceux qui sont endettés, puisque si leur dette reste stable, leurs revenus risquent de baisser. Voilà qui nous mène au dernier point : les finances publiques. Les États européens sont en effet très endettés, mais le nôtre avec une dette de 106,5% du PIB, l'est au-delà de la moyenne. Le problème réside dans la faiblesse des recettes (en raison de la mollesse de l'économie) plus que dans la maîtrise des dépenses. En pourcentage du PIB, les dépenses primaires (hors charges d'intérêt) ont en effet baissé : elles sont passées de 52,3% en 2013 à 51,2% en 2015 (selon les estimations de la BNB). Mais les recettes elles aussi ont diminué, passant de 52,7% à 51,2%. Heureusement, grâce aux taux bas, les charges d'intérêt se réduisent : elles représentaient 3,3% du PIB en 2013, elles ne pèsent plus que 2,8% en 2015, ce qui permet de réduire le déficit final : le solde de financement passe de 2,9% en 2013 à 2,8% en 2015 (toujours selon les estimations de la BNB). Mais on voit que la situation est précaire. Il suffirait d'une remontée des taux pour aggraver notablement la situation.Quel effort préconise la Banque nationale ? Un effort structurel (donc indépendant de mesures exceptionnelles comme des ventes d'actifs) de 2% du PIB. La BNB estime en effet, comme la Commission européenne, que notre déficit structurel est de 2,5%, et non de 1,2% comme le dit le gouvernement. Ici non plus, Jan Smets ne désire pas mettre entrer dans la polémique. "Les comptes publics seront publiés à la fin du mois de mars. Nous pourrons alors vérifier si la Belgique a réalisé des efforts structures suffisants, dit-il".Mais cet effort est nécessaire : "Il convient de poursuivre la consolidation budgétaire pour réaliser l'équilibre structurel en 2018, afin de créer les marges nécessaires pour assurer le financement des coûts du vieillissement et pour être apte à absorber des chocs négatifs". En d'autres termes, si nous voulons payer nos retraites et avoir la capacité de résister à la prochaine crise, il convient de faire encore un effort...