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C'est un échec. A l'heure de faire les comptes, le constat est implacable : mon capital de départ s'est amaigri d'un bon tiers. Sur 5.000 euros investis, je ne suis parvenu à récupérer que 3.282 euros. Une perte sèche de 34 %... Ce n'est pas le scénario que j'avais imaginé en lançant le défi du Bitcoin Challenge. A la mi-janvier, je m'étais fixé un objectif ambitieux : doubler ma mise en trois mois. Trop ambitieux, visiblement. Tout avait pourtant commencé sous les meilleurs auspices. Fin 2017, le bitcoin crève les plafonds, atteignant un niveau jamais connu auparavant. Juste avant les fêtes, le cours de la monnaie virtuelle dépasse les 16.000 euros ! L'enthousiasme bat son plein dans le petit monde des cryptomonnaies. Intrigué par cet univers étrange et attiré par des amis enthousiastes, je cède aux sirènes du jeu et de l'argent facile. Persuadé de pouvoir, comme eux, faire flamber mes placements, je me lance dans la crypto-arène, alors que le marché aborde une première phase de décrue. Pensant que le phénomène ne serait que passager et conscient de la haute volatilité du secteur, je suis relativement confiant dans mes chances de réussite. Mais rien ne se passe comme prévu.Le 17 avril, au moment de rapatrier mes euros sur mon compte en banque, je dois me rendre à l'évidence : le pari est perdu. Que s'est-il passé ? La réponse est simple : en trois mois, j'ai accumulé une série d'échecs cuisants. Malgré quelques bonnes opérations et certains choix plus judicieux que d'autres, la balance a fini par pencher du mauvais côté. Il est temps de faire le bilan de mes différents investissements. C'est mon placement le plus important. Au total, j'ai investi 3.200 euros - ce qui représente 64 % de mon capital de départ - dans le bitcoin. Problème : la star des cryptomonnaies a connu une véritable descente aux enfers durant mon expérience. Entre la mi-janvier et la mi-avril, le cours du bitcoin est passé de 11.000 euros à 6.000 euros environ. Une chute mémorable de 45 % ! Si l'on se réfère au point le plus haut atteint par le bitcoin à la mi-décembre (16.000 euros) et son point le plus bas depuis lors (5.500 euros début avril), on peut même parler de véritable effondrement du marché. Dans un tel contexte baissier, difficile de résister. Pas étonnant que j'enregistre des pertes sur mes placements en bitcoin. Pourtant, proportionnellement aux montants investis, ce n'est pas sur la monnaie virtuelle numéro un - le bitcoin représente 38 % du marché crypto selon le site spécialisé Coinmarketcap - que j'enregistre mes plus grosses pertes. Je me raccroche à ce lot de consolation : je suis parvenu à faire mieux que le marché ! Explication : je n'ai pas investi tous mes euros en une fois dans le bitcoin. J'en ai acheté à différentes étapes : aux alentours de 11.000 euros, 10.000 euros, 8.000 euros et enfin 6.000 euros. Ce choix d'investissement par paliers a été bénéfique. " Ce qui t'a sauvé, c'est d'avoir gardé du cash et de l'avoir investi correctement sur la fin du challenge. Compte tenu du marché, tu n'as pas fait une mauvaise performance ", pointe Mathieu Jamar, ingénieur spécialisé dans les cryptomonnaies. Par contre, en analysant les courbes du bitcoin, il apparaît clairement que j'aurais pu réussir mon défi en investissant pile au bon moment. C'est ce que m'avait pointé à l'époque Solène, une investisseuse aguerrie sur le marché des cryptos. En achetant au plus bas le 5 février et en revendant 11 jours plus tard à l'occasion d'une flambée (passagère) du cours, je doublais quasiment ma mise. Evidemment, ce genre d'analyse est plus facile à faire a posteriori. Selon Mathieu Jamar, il était quasiment impossible de détecter cette fenêtre d'opportunité. A l'inverse, selon ce spécialiste, j'aurais été plus inspiré de patienter... voire même d'attendre la toute fin de mon expérience (vers le 11 avril) pour commencer à investir, quand le marché donnait des signes plus évidents de redressement. Depuis la fin de mon expérience, le bitcoin semble en effet suivre une nouvelle courbe ascendante. On appelle ça la loi de la vexation universelle. Au fur et à mesure de mon expérience, j'ai acheté différentes cryptomonnaies, qui se sont développées à l'ombre du bitcoin. Le choix est vaste : le site spécialisé Coinmarketcap recense près de 1.600 monnaies virtuelles alternatives, dénommées altcoins dans le jargon crypto. Au total, bitcoin compris, j'ai investi dans 10 cryptomonnaies. J'y ai placé des sommes relativement modiques (entre 150 et 300 euros environ par actif) pour éviter de tout perdre en cas de raclée qui toucherait une devise en particulier. Ces altcoins m'ont procuré des rendements plutôt variables ( voir le tableau intitulé " Mes investissements sous la loupe "). Malheureusement, la plupart d'entre elles n'ont fait qu'enfoncer mes pertes. Mention spéciale au nem, dont la valeur a plongé de 67 %. J'ai acquis cette monnaie alternative suite au piratage de Coincheck, une plateforme d'échange japonaise. A cette occasion, 500 millions de nems (valant à l'époque 426 millions d'euros) se sont volatilisés, faisant chuter brutalement la valeur de cette devise. L'idée était d'en acheter à bas prix et d'attendre une remontée des cours pour les revendre. Ce qui n'est jamais arrivé. Pari raté. Pour mes autres investissements " alternatifs ", je me suis dirigé dans un premier temps vers les cryptomonnaies les plus établies sur le marché. L'ether et le litecoin, tous deux présents sur la plateforme Coinbase, très populaire auprès des amateurs, ont rapidement fait partie de mon portefeuille. J'ai ensuite élargi mon spectre d'achats vers d'autres devises. Je me suis essentiellement fourni dans des catégories d'actifs faisant l'objet d'une certaine traction sur le marché, comme neo, stellar, iota et ripple, qui font partie du top 10 des cryptomonnaies les mieux valorisées. J'ai aussi investi dans des monnaies plus " exotiques " comme enjin, icon et airswap. A l'autopsie, seules deux devises digitales m'ont permis de faire des gains... plutôt appréciables. L'airswap a franchement décollé : j'en ai retiré une belle plus-value de + 73 % ! Même chose pour le iota, ma dernière acquisition, réalisée sur le fil avant de clôturer le challenge : il a bondi de 17 % en quatre jours à peine. Même si ces investissements alternatifs ont dans l'ensemble été infructueux, la stratégie suivie était probablement la bonne. Diversifier ses placements, c'est un conseil qui reste valable sur le marché des cryptos, comme sur les marchés plus classiques. " Diversifier, c'est toujours une bonne idée, abonde Solène, investisseuse et crypto passionnée. Personnellement, je possède une bonne dizaine de cryptos. Avec un portefeuille diversifié, c'est sans doute plus difficile de faire des gros coups. Mais ça te permet de limiter les pertes. Si tu étais resté exposé uniquement en bitcoin et en ether, tu aurais perdu encore plus. " Effectivement, l'ether a fortement chuté pendant le challenge, m'occasionnant de solides pertes. Quant à mes pertes en bitcoin, si elles sont restées relativement modérées, c'est aussi grâce à mes divers achats de monnaies alternatives. Pour acheter des altcoins, j'ai en effet dépensé des bitcoins, et non pas des euros. Cela signifie que pour certaines monnaies alternatives, j'ai bénéficié d'une évolution favorable du taux de change de ces alts par rapport au bitcoin. En résumé, si le cours d'une monnaie alternative progresse plus vite que celui du bitcoin pendant que je la détiens, je suis gagnant. Cela m'a permis de grapiller quelques gains supplémentaires au moment de la conversion de mes monnaies virtuelles vers le bitcoin. Malheureusement, j'ai aussi pu constater que, de manière générale, le cours des monnaies virtuelles alternatives est corrélé à celui du bitcoin. " La question de la corrélation entre les différents actifs, c'est quelque chose que l'on maîtrise sur les marchés traditionnels. On sait que si le marché américain des actions part à la baisse, cela aura un impact sur le marché européen, observe Raphaël Abou, managing director d'Allyum, bureau spécialisé en corporate finance. Sur le marché des cryptos, ça a l'air d'être assez comparable, avec en plus un phénomène d'amplification qui augmente l'impact des hausses et des baisses. " Lorsque le bitcoin saute dans le précipice, les altcoins suivent comme des moutons de Panurge. Il est donc très difficile de faire des arbitrages entre les différentes devises en espérant que l'une ou l'autre performe tandis que d'autres stagnent ou plongent. Le bitcoin reste le maître étalon, ce qui réduit l'effet positif d'une diversification de portefeuille. Pour pallier mes lacunes en matière de trading et de stratégies d'investissement, j'ai fait appel à un robot trader. Pour 20 euros mensuels versés sur le site Cryptohopper, j'ai choisi un abonnement d'entrée de gamme, qualifié de bunny (petit lapin) et lui ai confié l'équivalent de 250 euros. En quelques jours à peine, mon robot a réalisé frénétiquement plus de 200 opérations d'achat et de vente. Avec très peu de succès. Sans vouloir lui chercher des excuses, il n'a pas bénéficié d'un environnement très favorable. Quand le marché baisse, difficile de réaliser de beaux coups. Mais j'attendais quand même mieux de sa part. Sur les conseils d'un investisseur qui a analysé de nombreuses solutions de robot trading, j'ai donc tenté de mieux configurer mon compagnon numérique. Hélas, mes nouvelles consignes ne lui ont visiblement pas plu. Il a en effet cessé toute activité, restant bloqué avec du dash, une monnaie virtuelle alternative, jusqu'à ce que je le désactive. Même si les pertes se sont finalement avérées limitées, l'expérience est clairement peu concluante. " Un robot trader qui te fait toujours gagner de l'argent, ça n'existe pas, pointe Jérémy, spécialiste du trading et des cryptomonnaies. Il faut toujours accepter un certain niveau de risque. Généralement, les robots traders perdent tout dans les frais de transaction, vu le nombre d'opérations qu'ils réalisent. " Je pensais naïvement pouvoir gagner un peu d'argent grâce à cette activité étonnante. Mais je n'ai pas trouvé la formule miracle. Les cryptokitties sont de petits chats virtuels que l'on peut collectionner, accoupler et revendre. Pour les acheter, les mettre en vente et les inviter à se reproduire, les paiements se font en ether, la deuxième monnaie virtuelle la plus utilisée après le bitcoin. Je me suis donc lancé dans l'élevage de crypto-chatons avec la ferme intention de tomber sur la perle rare que les amateurs s'arracheraient. Malheureusement, aucun des matous que j'ai achetés ou obtenus suite à un croisement ne m'ont permis de faire la moindre plus-value. A l'heure d'écrire ces lignes, certains de mes kitties sont encore en vente et cherchent désespérément un acquéreur. Avis aux amateurs ! Heureusement, je n'ai pas investi de sommes folles dans cette activité amusante mais vaine. C'est probablement mon erreur la plus grossière. Fasciné par la pratique du minage, j'ai absolument tenu à participer à cette grande aventure. Le minage est l'activité exercée par les mineurs de bitcoins, qui valident les transactions en cryptomonnaies et génèrent de nouveaux bitcoins. Pour réaliser ces tâches essentielles au bon fonctionnement des échanges sur la planète crypto, les mineurs mettent à disposition du réseau leurs capacités informatiques. En échange, ils reçoivent des " récompenses " sous forme de bitcoins. Au bureau, j'ai réussi à convaincre notre informaticien de brancher un ordinateur inutilisé sur un plan de minage de bitcoins. Ne disposant pas de matériel ultra- performant, je me suis inscrit dans un pool, une équipe composée de plusieurs centaines de personnes dans le monde, qui mettent leurs capacités en commun pour miner du bitcoin. Problème : je me suis un peu précipité dans le choix de mon service de cloud mining (minage décentralisé). J'ai investi l'équivalent de 250 euros sur Minergate, sans signer le moindre contrat. D'après mon tableau de bord accessible en ligne, cette activité de minage me rapporte... moins d'un euro par jour. A ce rythme-là, il me faudra plus d'un an pour récupérer mes billes. J'ai déjà tenté de retirer les bitcoins générés, mais c'est impossible. D'après Minergate, je dois attendre d'avoir obtenu 0,01 bitcoin, ce qui représente au cours actuel environ 75 euros. Aux dernières nouvelles, je n'en ai " miné " que la moitié.