La Belgique sur le podium : notre pays est le troisième plus grand marché européen sur le terrain de la gestion de portefeuille robotisée. C'est du moins ce qu'il ressort d'une récente étude du cabinet de conseil Roland Berger qui analyse le poids des robots-conseillers dans le monde bancaire. Intitulée Robo-advisory : Can David challenge Goliath ?, cette étude évalue chez nous à 45.000 le nombre d'utilisateurs et à 386 millions d'euros le montant des actifs gérés par des robots-conseillers, également connus sous le nom de robo-advisors. Ce qui fait donc de la Belgique un des marchés les plus importants d'Europe, derrière le Royaume-Uni (400.000 utilisateurs) et l'Allemagne (210.000 utilisateurs). Qui plus est, les actifs belges gérés par des robots devraient, d'après Roland Berger, grimper chaque année de 60 % d'ici 2023 pour atteindre 3,7 milliards d'euros ( voir l'infographie plus bas).
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La Belgique sur le podium : notre pays est le troisième plus grand marché européen sur le terrain de la gestion de portefeuille robotisée. C'est du moins ce qu'il ressort d'une récente étude du cabinet de conseil Roland Berger qui analyse le poids des robots-conseillers dans le monde bancaire. Intitulée Robo-advisory : Can David challenge Goliath ?, cette étude évalue chez nous à 45.000 le nombre d'utilisateurs et à 386 millions d'euros le montant des actifs gérés par des robots-conseillers, également connus sous le nom de robo-advisors. Ce qui fait donc de la Belgique un des marchés les plus importants d'Europe, derrière le Royaume-Uni (400.000 utilisateurs) et l'Allemagne (210.000 utilisateurs). Qui plus est, les actifs belges gérés par des robots devraient, d'après Roland Berger, grimper chaque année de 60 % d'ici 2023 pour atteindre 3,7 milliards d'euros ( voir l'infographie plus bas). Bien sûr, il ne s'agit là que de prévisions, et l'avenir dira si le marché belge de la gestion robotisée franchira bien la barre des trois milliards d'euros en cinq ans. Mais Frederick Van Gysegem, senior project manager chez Roland Berger et qui a piloté l'étude, estime que la demande est là. " Certaines banques sont plus avancées que d'autres, mais toutes étudient la possibilité d'ajouter une solution de robo-advising à leur offre. Un des freins réside toutefois dans le fait qu'il n'existe pas encore vraiment d'historique en matière de performances de gestion. " Le phénomène est, en effet, relativement jeune. Il est même quasiment " tout nouveau en Belgique ", plante Geoffroy de Schrevel, CEO de Gambit. Cette start-up de l'ULiège rachetée par BNP Paribas élabore des algorithmes pour les banques et se positionne également depuis deux ans sur le marché des investisseurs particuliers avec un service de gestion de portefeuille automatisée au travers de son application Birdee. Cette dernière, ainsi que d'autres offres émanant d'acteurs venant de la fintech, comme Easyvest, est de fait assez récente. Alors que les premiers robo-advisors (Betterment, Wealthfront) sont nés aux Etats-Unis dans la foulée de la crise de 2008, ils ne sont apparus chez nous que fin 2015 avec le lancement par Keytrade d'une formule de gestion discrétionnaire en ligne entièrement automatisée baptisée Keyprivate, avant ensuite donc l'éclosion des Birdee et autres Easyvest. Quant aux acteurs plus traditionnels du monde bancaire, ils n'ont pas encore osé pénétrer le marché. Jusqu'ici, seul Belfius a franchi un petit pas avec le lancement en décembre de Belfius Track, une solution de gestion des avoirs 100 % pilotée par des robots et qui investit dans un portefeuille de trackers (ces fonds indiciels cotés en Bourse). Chez BNP Paribas Fortis, c'est au travers de sa filiale Hello bank ! qu'elle s'apprête à dévoiler sa solution de robo-invest Hello Fins ! , dont une poignée de clients pourront tester une version pilote avant " un lancement définitif prévu plus tard en 2019 ", précise la banque. Dans ces conditions, on ne sera pas étonné d'apprendre que le marché reste encore limité. Au regard de la taille gigantesque de la gestion d'actifs conventionnelle et des centaines de milliards brassés à travers la planète, " il reste relativement petit, en Belgique comme à l'étranger ", observe Frederick Van Gysegem. " Aujourd'hui, ce marché totalise environ 500 milliards d'euros, soit un peu moins de 1 % de l'ensemble des actifs sous gestion dans le monde. " Cela étant, outre les 270 milliards qui dorment sur les comptes d'épargne belges, l'expert de Roland Berger estime que plusieurs facteurs jouent en faveur, dans notre pays, d'une future croissance à deux chiffres de ces fonds gérés par des robots. " Il y a d'abord l'historique des performances qui va petit à petit s'étoffer et apporter de la crédibilité, poursuit-il. Les frais de gestion moindres que dans les fonds classiques sont également un avantage, surtout à l'heure où la nouvelle directive MiFID pousse vers plus de transparence sur les coûts de produits financiers. Et puis un jour, il y aura un basculement des générations. Celles plus âgées et moins digitales céderont la place à des générations plus jeunes qui n'hésitent plus à confier certains aspects de leur vie à des algorithmes. " " d'ici trois ou quatre ans, on devrait effectivement voir si la mayonnaise prend ou pas ", prédit Geoffroy de Schrevel. Dans ce contexte, ce sont les banques traditionnelles qui, selon Frederick Van Gysegem, sont les mieux équipées pour tirer profit de cette montée en puissance de la gestion de portefeuille automatisée. Comme l'a fait Belfius avec sa nouvelle offre Belfius Track, " les banques peuvent sans trop de difficultés rajouter une solution de robo-advising à leur offre de produits existants et la pousser auprès de leur base de clients actuels, explique Frederick Van Gysegem. A l'inverse, les robo-advisors indépendants ne disposent pas de cet accès direct à une masse de clients potentiels. En outre, c'est un marché très concurrentiel, soumis à une forte pression sur les frais et aux coûts d'acquisition de nouveaux clients élevés. La taille est importante. Devenir profitable est donc difficile pour ces robo-advisors indépendants. D'autant que les clients n'ont pas naturellement confiance, vu l'absence d'interaction humaine. " Un problème que n'ont pas les banques qui, " malgré la crise de 2008, ont en grande partie conservé celle des clients ", note Geoffroy de Schrevel. Mais alors, pourquoi se montrent-elles si frileuses à l'idée de se lancer à fond ? Tout simplement " parce qu'elles risquent de cannibaliser leurs activités de gestion de patrimoine existantes telles que le private banking ou la gestion de fonds, indique Frederick Van Gysegem. Elles pourraient en effet perdre des revenus si leurs clients passent massivement à une solution de robo-advising aux frais de gestion nettement moindres. " Ce n'est donc sans doute pas un hasard si dans son communiqué de presse relatif au lancement de son offre de robo-advice Belfius Track, Belfius parle d'un produit s'adressant aux millennials et non à l'ensemble de sa clientèle. La banque veut certes tenir compte de ces clients à la recherche d'un rendement supérieur et qui n'imaginent pas gérer leurs finances autrement que via leur smartphone, PC ou tablette, mais veut éviter de se tirer une balle dans le pied. " Il faut bien identifier le groupe cible sur lequel on souhaite se concentrer avec une offre de gestion robotisée, décrypte Frederick Van Gysegem. Approcher l'un de ses propres segments de clientèle réduit les coûts d'acquisition des clients, mais il faut être conscient du risque de cannibalisation sur ses propres services de gestion de patrimoine. Par contre, si le ciblage d'un nouveau segment de clientèle - la génération des millennials, par exemple - entraîne un coût d'acquisition plus élevé, il peut s'avérer gagnant à moyen terme et augmenter le total des actifs sous gestion grâce à des flux d'argent qui ne seraient jamais venus autrement. " Pour Geoffroy de Schrevel, ces précautions témoignent en fait du bouleversement culturel que représente l'adoption d'un robot-conseiller par un grand réseau bancaire. " Il y a énormément de résistance au changement dans beaucoup de grandes institutions financières. Celles-ci se concentrent encore sur des procédures ou sur une manière de gérer les relations clients et les risques qui appartiennent au passé. Le système informatique de la plupart des grandes banques n'a pas la capacité d'offrir des transactions en temps réel sur l'ensemble d'une expérience client. Il y a donc souvent au moins une étape dans le parcours qui requiert un temps long comme passer en agence, envoyer un document physique ou attendre une intervention humaine. Mais la plus grande difficulté est d'abord culturelle. Les banques ont souvent du mal à envisager de placer le client au centre de leurs préoccupations quitte à cannibaliser à court terme une partie de leurs revenus. Il ne faut pas sous-estimer la révolution que cela représente. Les débats en interne (entre l'IT, la compliance, les gestionnaires de portefeuilles, le marketing, etc.) peuvent être très violents. " Selon le CEO de Gambit, les banques qui réussissent sont celles où le top management a franchi ce pas culturel et a réussi à convaincre la majorité de ces managers. " Ce sont celles qui comprennent que la technologie, c'est du business, qui sortiront gagnantes. " Challenge technologique, obstacles commerciaux, barrière culturelle... On le voit, les défis ne manquent pas pour les robots-conseillers, même si les opportunités sont là, y compris pour les banques. " Il est clair que la première qui se lancera sérieusement raflera une grosse partie du marché pendant les premières années, estime Geoffroy de Schrevel. On le voit bien avec les robo-advisors qui arrivent à proposer une offre relevante sur le marché qu'ils ciblent, aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni. Leur adoption par les consommateurs croît rapidement. " Un avis que partage Frederick Van Gysegem, qui va même encore plus loin. Selon lui, les robots-conseillers sont un test pour le monde financier. " Si le concept prend, il pourrait s'appliquer à d'autres domaines, comme l'assurance. En fait, c'est une nouvelle frontière de la digitalisation : le conseil personnel et en direct donné sans intervention humaine ", conclut le spécialiste de Roland Berger.