De l'avis de la ministre des Consommateurs Nathalie Muylle (CD&V), les banques commencent à pousser le bouchon un peu trop loin. Elle a donc diligenté une étude quant à la nécessité de superviser les frais bancaires et envisage d'imposer une tarification jugée raisonnable aux deux banques publiques (bpost banque et Belfius) pour les opérations effectuées sur papier ou avec l'intervention d'un employé.
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De l'avis de la ministre des Consommateurs Nathalie Muylle (CD&V), les banques commencent à pousser le bouchon un peu trop loin. Elle a donc diligenté une étude quant à la nécessité de superviser les frais bancaires et envisage d'imposer une tarification jugée raisonnable aux deux banques publiques (bpost banque et Belfius) pour les opérations effectuées sur papier ou avec l'intervention d'un employé. C'est BNP Paribas Fortis qui a mis le feu aux poudres en annonçant, pour le 1er avril prochain, de nouvelles hausses tarifaires relatives aux opérations courantes. C'est la deuxième fois cette année que l'institution bancaire adapte ses tarifs. Belfius et Axa Banque ont publié sur leur site, également pour la deuxième fois cette année, une nouvelle liste tarifaire qui entrera en vigueur début avril. " Rien n'empêche les banques d'ajuster leurs tarifs en janvier et d'apporter encore des changements en cours d'année ", constate Danièle Bovy, qui suit de près les services bancaires pour l'organisation de défense des consommateurs Test-Achats. Selon le site de comparaison TopCompare.be, les banques, petites et grandes, réajustent leurs tarifs de plus en plus souvent. Le consommateur a donc tout intérêt à examiner régulièrement ses extraits de compte et la correspondance de la banque pour éviter des frais exagérés. Selon TopCompare.be, les hausses annoncées pour 2020 concernent non pas les forfaits comprenant un compte à vue et d'autres services mais surtout les transactions spéciales. " Les tarifs des comptes à vue demeurent inchangés dans la plupart des banques ", précise Niels Saelens, de TopCompare.be. Les banques ING Belgique et Belfius font figure d'exceptions. Le 1er janvier, ING a majoré le forfait annuel du Compte vert de 40 à 44 euros. Au 1er avril, Belfius augmentera de 1 euro les tarifs mensuels de tous ses comptes à vue, soit 12 euros supplémentaires par an. Seul le compte à vue gratuit Belfius Pulse échappe à cette hausse... mais certains services, jusqu'ici gratuits dans un forfait, deviendront payants. Outre l'augmentation de certains coûts, de nouveaux frais font soudainement leur apparition. Ainsi, par exemple, les clients d'Axa ont tout intérêt à vérifier que leurs comptes soient suffisamment approvisionnés pour permettre le paiement des factures. A partir du 1er avril, le tableau des tarifs comprendra une case supplémentaire : " transactions refusées ". Toute transaction refusée coûtera désormais 5 euros, débités du compte. Axa n'est pas la banque la plus onéreuse dans ce domaine. BNP Paribas Fortis facture depuis cette année 6 euros pour chaque transaction refusée, contre 4,5 euros en 2019. ING va même jusqu'à tarifer 7,26 euros en cas de solde insuffisant, depuis l'an dernier. L'erreur est humaine mais très coûteuse pour les clients de certaines banques. Pourquoi payer des sommes folles pour des services comme les comptes à vue qui sont proposés gratuitement par certaines banques ? Malheureusement, celles-ci sont de moins en moins nombreuses. Argenta est la seule banque classique qui propose encore un compte à vue gratuit avec carte de débit et de crédit. " Argenta offre gratuitement de très nombreux services, payants ailleurs. Tant pour les clients traditionnels que les clients électroniques ", explique Danièle Bovy. Europabank limite son alternative gratuite aux clients qui ne viennent jamais en agence. Les titulaires d'un compte Eco d'Europabank paient toutefois 1 euro chaque transaction effectuée au guichet. " Les banques Internet offrent, elles aussi, moult services gratuits mais ne proposent évidemment aucune aide au guichet ", souligne Niels Saelens. Keytrade Bank va même jusqu'à encourager les transactions sur le compte à vue en les créditant de 5 centimes. La carte de crédit Keytrade Bank n'est plus gratuite depuis longtemps, sauf la première année ou si le client effectue suffisamment de transactions. Une banque réputée pour ses tarifs super avantageux peut fort bien changer de politique par la suite. " Le profil de la Deutsche Bank a bien changé. En 2018, un couple pouvait posséder un compte à vue et un compte d'épargne avec deux cartes de débit et deux cartes de crédit sans aucun frais, un service qui coûte aujourd'hui 88 euros par an ", ajoute Danièle Bovy. En 2019, le client de Deutsche Bank devait déposer au moins 10.000 euros pour bénéficier d'un DB E-Account gratuit. En 2020, le plancher a été relevé à 25.000 euros. Sauf pour les clients de moins de 25 ans qui effectuent au moins une transaction par trimestre et paient déjà pour le service DB Personal ou Private Banking. Tous les autres clients Deutsche Bank paient 12 euros par trimestre, soit 48 euros par an pour un compte à vue, c'est-à-dire 50% de plus qu'en 2019. La tarification du compte à vue de cette institution bancaire a sérieusement augmenté. La carte de crédit DB Titanium, encore gratuite en 2018, coûte désormais 20 euros. Test-Achats préconise depuis février 2019 le gel des frais bancaires et l'étoffement du service bancaire de base dont le coût est plafonné à 16,26 euros par an. Ce forfait comprend un compte à vue avec carte de débit, ainsi que certaines opérations comme les retraits d'argent et les virements. La pétition lancée par l'association de défense des consommateurs compte déjà plus de 23.000 signatures. Test-Achats souligne par ailleurs le renchérissement de services spécifiques. " Toutes les opérations demandant l'intervention d'un collaborateur de la banque deviennent beaucoup plus chères, explique Danièle Bovy. Deux clients sur trois se disent satisfaits de la numérisation bancaire et effectuent facilement leurs opérations chez eux. Mais a contrario, cela signifie la possible exclusion d'un tiers des clients. " Certaines banques font la distinction entre les clients qui demandent à l'employé, par téléphone ou au guichet, d'exécuter un transfert (transaction manuelle) et ceux qui remettent un bulletin de versement rose standard à l'agence (transaction papier). Chez BNP Paribas Fortis, par exemple, à partir du 1er avril, ceux qui demandent une transaction manuelle payeront 6 euros par opération (contre 1,5 euro jusqu'à présent). " Cela concerne à peine 0,7% des transactions. Il s'agit de clients demandant l'exécution immédiate de leur transaction au guichet ", tempère un porte-parole de la banque. La palme revient à ING Belgique qui facture depuis longtemps de 9,68 à 11,68 euros pour l'intervention d'un employé pour encoder manuellement la transaction dans l'ordinateur. " Il s'agit de clients qui se présentent au guichet sans bulletin de virement ou avec un bulletin non complété et demandent explicitement à l'employé d'effectuer la transaction. Les employés mettent tout en oeuvre pour que ce genre de situation ne se reproduise pas, en aidant le client à faire lui-même le payement via l'application ou le kiosque ", réagit un porte-parole. Le dépôt d'un bulletin de versement rose coûtera également plus cher chez BNP Paribas Fortis. Son prix passe de 1,5 à 2 euros, soit une augmentation de 50% et un doublement par rapport à 2018. Le coût des retraits d'argent au guichet augmente aussi considérablement. Les machines dans les agences BNP Paribas Fortis sur lesquelles les clients peuvent effectuer leurs transactions disparaîtront au cours des prochains mois. De toute évidence, BNP Paribas Fortis privilégie les clients numériques. Contrairement aux autres banques, BNP Paribas Fortis ne fait pas d'exception pour les personnes âgées. Le 1er avril prochain, la banque publique Belfius rehaussera ses tarifs pour les transactions standards au guichet à 2 euros, sauf pour les plus de 70 ans. En 2018, la transaction papier ne coûtait encore que 75 centimes. Le retrait d'argent au guichet Belfius coûte 0,5 euro depuis un bon moment, un prix provisoirement inchangé. KBC facture ces deux services 1,5 euro mais l'institution fait une exception pour ses clients à partir de 65 ans. Les moins valides peuvent eux aussi revendiquer cette gratuité. En février, la petite banque Crelan a fait passer le prix d'une transaction effectuée au guichet de 0,7 à 1,5 euro, hormis pour les plus de 65 ans. Pour Test-Achats, les plus de 65 ans ne sont pas les seuls à qui l' Internet banking pose problème. Ce sont souvent les personnes les plus vulnérables qui vont en agence pour gérer leurs opérations. Pour l'organisation de défense des consommateurs, il est primordial de pouvoir gérer ses comptes en toute autonomie. " C'est une question de dignité humaine ", insiste Danièle Bovy. Changer de banque est une option à envisager pour éviter le coût exagéré des transactions manuelles. Les personnes qui aiment faire appel à un employé pour régler leurs questions financières ont tout intérêt à choisir Argenta. Une agence Argenta avec des horaires convenables dans les environs constitue sans conteste une alternative intéressante pour les personnes qui se débrouillent moins bien sur Internet. Comme l'a constaté Danièle Bovy, les banques font tout pour décourager l'utilisation d'argent liquide. Chez BNP Paribas Fortis, le prix du retrait d'argent au distributeur d'une autre institution a été multiplié par sept pour les titulaires d'un compte à vue classique. Les frais de retrait sont inclus dans le forfait mensuel pour les titulaires d'autres comptes à vue. Les clients concernés, très minoritaires, paient non plus 0,1 mais 0,7 euro par retrait au distributeur d'un réseau autre que celui de BNP Paribas Fortis. " Prenez l'exemple des jeunes qui veulent retirer de l'argent pour boire un verre en ville, raconte Danièle Bovy. S'ils sortent de l'argent à un distributeur autre que celui de leur banque parce qu'il n'y en a pas d'autres à proximité, ils paient des frais à chaque retrait. Ils ne s'en rendent probablement pas compte car cela ne coûte à chaque fois moins d'un euro et qu'ils ne vérifient probablement pas leurs extraits de compte souvent. " Il est de plus en plus courant de se voir facturer des frais pour le retrait d'argent au distributeur d'une autre banque. L'an dernier, bpost a même envisagé de réclamer 0,5 euro pour le retrait d'argent dans son propre réseau de distributeurs aux titulaires d'un compte à vue b.compact et à partir du deuxième retrait dans le mois. " Nous n'avons pas hésité à qualifier cette mesure de 'prise d'otage' de l'épargne, rappelle Danièle Bovy. Je trouve très choquant de devoir payer pour récupérer son argent. " Face à la vague de protestations à son encontre, bpost a fini par renoncer. Cela dit, les titulaires d'un compte b.compact paient toujours 0,5 euro à partir du deuxième retrait dans le mois à un distributeur n'appartenant pas au réseau bpost. Et l'institution n'est pas la seule à agir de la sorte. Test-Achats s'inquiète aussi de ce qui pourrait advenir si les grandes banques font installer des distributeurs par des tiers, comme elles l'ont annoncé. Ces distributeurs seront-ils considérés comme propres à la banque ou non ? Et dans ce cas, les retraits seront-ils payants ? " Si une banque commence à compter des frais pour les retraits d'argent de ses propres distributeurs, les autres banques suivront, c'est certain ", assure Danièle Bovy. Mieux vaut donc ne pas ouvrir la boîte de Pandore...