Le monde change à vive allure. Les forts d'hier sont les faibles d'aujourd'hui et vice versa. Hier, on disait aux jeunes enfants, termine ton assiette et pense à ces petits chinois qui n'ont pas de quoi manger. Aujourd'hui, les mêmes parents disent à leurs enfants, termine tes études, sinon, c'est un Chinois qui prendra ta place.

C'est vrai, plus que jamais. D'ailleurs, la dernière étude annuelle du Crédit Suisse a révélé que pour la première fois, la Chine compte plus de super-riches que les Etats-Unis. C'est une première historique qui montre bien le basculement du monde dans lequel nous évoluons.

Autre exemple: hier, les banques étaient les maîtres du monde. Aujourd'hui, ce sont les sociétés de la Silicon Valley qui sont les maîtres du monde. Et si vous en doutez, je vous incite à aller regarder le dernier rapport de la firme de consulting McKinsey. Selon l'étude qu'elle a réalisée sur plus de 1000 banques, Mc Kinsey arrive à la conclusion que 354 banques présentent une rentabilité anormalement faible.

En clair, sur 1000 banques, 35% d'entre elles dégagent une rentabilité d'à peine 1.6% ! C'est évidemment ridicule et beaucoup trop peu pour leur garantir un avenir serein. Ces banques fragiles sont situées en Asie et hélas aussi en Europe du Nord. Qu'est-ce que cela signifie ? Que dix ans après la crise, les banques qui paient aujourd'hui les pots cassés, sont asiatiques et européennes.

C'est ce qu'on appelle refiler la patate chaude à quelqu'un d'autre. Pourquoi ces banques ont elles une rentabilité aussi faible ? Car, 1.6%, c'est vraiment maigrichon comme rendement. La réponse est simple : c'est à cause des taux d'intérêt bas, voire négatifs. Avec des taux très bas, les banques n'arrivent plus à gagner correctement leur vie. Jusqu'à présent, ces banques ont réussi à garder la tête au-dessus de l'eau en jouant sur le volume de crédit, en prêtant massivement surtout dans le Nord de l'Europe. Mais selon McKinsey, cette politique a atteint ses limites car la croissance ralentit partout dans le monde. Il faut aussi faire attention à un retournement de conjoncture qui pourrait provoquer des dégâts auprès de ces banques fragilisées.

Bien entendu, McKinsey est une société de consultance et pas de bienfaisance. Donc, c'est clair, qu'on peut la soupçonner de noircir le tableau pour pouvoir vendre ensuite ses services de consultance. Mais cette étude montre qu'il y a trop de banques dans le monde, et que comme dans d'autres secteurs, il faut rationaliser. C'est ce que font d'ailleurs toutes les banques ; elles réduisent la voilure et se concentrent sur ce qu'elles savent faire et sur leur aire géographique.

La preuve de ce mouvement se mesure à un seul chiffre : entre 2008 et 2018, plus de 600.000 emplois bancaires ont disparu dans les 28 pays de l'Union européenne. C'est aussi la preuve que la comparaison avec la sidérurgie n'est pas idiote, sauf que les banques ont plus de moyens et qu'elles peuvent se permettre de diminuer la voilure doucement et sans drame social. Oui, le monde change, 35% des banques n'ont plus d'utilité et il y a plus de super-riches en Chine aujourd'hui qu'aux Etats-Unis. C'est ça aussi le monde d'aujourd'hui.